
12/03/2010 (16h00)
• Où est passé le goaleador Abdoulaye Traoré, dit Ben Bady ?
- Je suis bien vivant (rire).
je bosse à la fédération ivoirienne de football (FIF) auprès du président Jacques Anouma. Depuis quelque temps, je suis chargé de mission auprès des jeunes des sélections cadettes, junior et A’ de l’équipe nationale de foot. Je suis le trait d’union entre l’encadrement technique et l’administration.
• On s’attendait à te revoir dans le milieu foot en tant que coach ou formateur ?
- Beaucoup de gens attendent de me voir prendre une équipe, apporter mon savoir-faire aux jeunes footballeurs ivoiriens. c’est un projet qui m’a toujours intéressé. je serai tôt ou tard entraîneur d’un club. Pour l’heure, je suis dans la formation des jeunes de l’équipe nationale avec Alain Gouaméné. ensemble, nous préparons la relève du football ivoirien.
• Grand talent, petite carrière internationale, penses-tu avoir été un beau gâchis ?
- (Il se met à rire) Sur mon compte, des tas de choses ont été dites. non, je ne pense pas avoir été un gachis. Vous savez, dans la carrière d’un footballeur il y a beaucoup de paramètres qui entrent en ligne de compte. je pense peut-être que tous les éléments n’étaient pas réunis pour me permettre de faire une grande carrière au plan international. Dans le foot, il y a aussi le facteur chance, l’environnement… Il ne faut pas passer le temps à regarder dans le rétroviseur. aujourd’hui, j’ai d’autres défis pour le foot ivoirien.
• Avec du recul, en toute franchise, es-tu satisfait de ta carrière ?
- Je dirai non. je reste encore sur ma faim. J’aurais pu faire mieux, je le pense. Et je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même. Je n’ai pas manqué d’ambition pour autant. Je pense que je n’ai peut-être pas frappé à la bonne porte, me faire entourer de personnes qui pouvaient me trouver des canaux au niveau international. L’homme propose, Dieu dispose. la vie continue.
• Aujourd’hui, le foot génère beaucoup d’argent, regrettes-tu de ne pas être de la génération actuelle ?
- (Un court silence) Je suis heureux pour tous ces jeunes qui s’ épanouissent aujourd’hui dans le foot, qui est devenu un véritable business. nous n’avons pas eu cette chance mais, c’est aussi une question d’époque. Les Laurent Pokou diront qu’à leur temps, ils n’ont pas bénéficié de tout ce que nous avons eu. A chacun son temps, quoi.
• On en vient à l’Asec. on se souvient qu’ avec le coach Philippe Troussier, ce n’était pas toujours facile…?
- (Sourire) Oh écoutez ! il n’y a jamais eu de problème Troussier- Abdoulaye. Troussier, c’est un grand coach, un entraîneur que j’admire beaucoup pour sa rigueur, son sens du devoir. c’est un homme de caractère. En son temps, Troussier avait toujours voulu que je me surpasse parce que pour lui, j’avais des potentialités. il a vu en moi un talent que je pouvais mettre au profit de l’équipe. Pour lui je ne jouais pas à 100% de mes qualités. il était toujours dans mon dos, en train de me tirer les oreilles pout cela. C’est un homme qui ne badine pas avec le travail. c’est un bosseur et il m’a forgé. j’ai beaucoup appris avec lui.
• Au dire de certains de nos compatriotes, Troussier est l’homme de la situation pour coacher les Eléphants. On parle aussi du Neerlandais GUUS Hiddink.
- La venue de Troussier chez les Eléphants pourrait faire beaucoup de bien à cette équipe qui regorge énormément de talents. Il connaît aussi bien la maison. Avec son caractère, sa rigueur, il pourra imposer la discipline et donner une âme à la sélection nationale. GUUS Hiddink a aussi le profil par rapport à son expérience internationale et sa grosse renommée dans le milieu.
• Justement cette équipe qui fait rêver sur papier va de déception en déception. Selon toi, qu’est-ce qui ne va pas chez les Eléphants ?
- Je me pose la même question que vous. Je le dis, c’est peut-être l’une des générations de talents que la Côte d’Ivoire n’ait jamais eues. J’accuse les joueurs eux- mêmes pour le manque de solidarité sur le terrain, l’absence de mentalité de gagneur. On ne cesse de répéter, le problème des Eléphants, c’est une question d’état d’esprit. Sinon je pense que le président Anouma a donné tous les moyens à cette équipe pour aller loin, mais hélas.
• O.k. si tu avais un jugement à porter sur votre génération (Sénégal 92) et celle des Drogba ?
- A Sénégal 92, notre génération n’était pas certainement la plus talentueuse, ça, c’est clair mais, notre force, c’était le mental, la solidarité parce que chacun était le policier de son voisin. On était soudés et on parlait d’une même voix. Je me souviens qu’à un match, on a mis Gadji Celi à l’écart. Parce que le capitaine de l’équipe n’était pas au mieux de sa forme. Ou encore Tiéhi Joël le buteur qui n’était pas à 100%. On était beaucoup guidés par l’humilité.
• L’humilité. justement.penses-tu qu’elle manque à l’équipe actuelle ?
- L’humilité, on le dit, précède la gloire. Et cette équipe gagnerait à être humble. On peut être séduisant sur le papier, mais sur le terrain être médiocre.
• Quel était votre source de motivation à l’époque?
- Notre source de motivation, c’était surtout le président Houphouët-Boigny. On se souvient qu’après chaque match à Sénégal 92, il nous envoyait des messages d’encouragement et de félicitation par le biais de ses collaborateurs dont M. Charles Konan Banny, avec des primes supplémentaires.
• On se souvient que le président Houphouët au lendemain de Sénégal 92, avait offert à chacun des héros un toit, qu’est- ce que tu as fait du tien ?
- Oh ! Vous savez beaucoup de choses qui ont été dites à cet effet. Les gens ont parlé. On a dit que certains ont vendu leur maison. Je ne vais pas encore revenir sur ce sujet parce que ce n’est pas nécessaire pour moi. Aujourd’hui, chacun mène sa vie. Nous avons des biens, ma petite famille et moi, voilà !
• Quel est ton meilleur souvenir de footballeur ?
- Mon meilleur souvenir reste évidemment Sénégal 92. Le trophée continental, on ne rêve pas mieux quand on est footballeur africain.
• Le pire ?
- Le pire des souvenirs, c’est Asec - Orlondo. la finale de la coupe d’Afrique des clubs champions. On a eu très très mal.
• Tu as parlé tantôt de famille, avec qui vis-tu aujourd’hui ?
- Je vis avec ma fiancée et je compte me remarier bientôt.
• Te remarier ?
- Je serai à mon deuxième mariage, après l’échec du premier célébré en 1995, deux semaines après le match contre Orlondo Pirates. Mais sur mon divorce, permettez que je ne puisse pas entrer dans les détails. Tout ça c’est du passé et c’est ça aussi la vie. Mais, on a gardé tout-même de bons rapports.
• Tu as aussi des enfants ?
- J’en ai trois, deux garçons et une fille.
• Envisages-tu voir l’un de tes gosses au foot ?
- C’est mon souhait le plus absolu. D’ailleurs, l’aîné, Mohamed qui a aujourd’hui 20 ans, a tenté une expérience à l’académie Mimosifcom avec les Arouna, Zézéto et Baky. Malheureusement, j’avoue qu’il n’était pas bon du tout (Rire). j’ai dû me rendre compte. Je vais peut-être essayer avec le cadet qui est encore tout petit (rire).
Par Inza D.
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