
17/10/2012 (09h00)
Y a-t-il un problème entre Magic System et les autres groupes et artistes ivoiriens ? Non, à priori. Et pourtant, il se murmure toujours dans le milieu de nombreux reproches faits au groupe ivoirien le plus médiatique. On reproche en effet aux magiciens entre autres de faire cavalier seul depuis plus de 10 ans de règne. Sans jamais tendre la perche aux autres. En clair, les autres chanteurs souhaitent une collaboration musicale avec Magic System. C’est-à-dire faire des featurings ou jouer en première partie de leurs spectacles. Sur la question, A’salfo se dit ouvert. Mais, il précise : «normalement, les featurings, ce n’est pas forcément à but commercial. C’est une expérimentation sur quelque chose. C’est deux projets qui se rencontrent. C’est un style musical qui va à la rencontre d’un autre», dit le leader des Gaous qui estime que «ce n’est pas forcément faire un featuring avec Magic System qui va ouvrir les portes. On l’a essayé avec Dézy Champion ou le groupe burkinabè Yeleen, ce n’est pas allé bien loin.» Pour A’salfo, il faut aller plus loin qu’un simple featuring. Par exemple, «il faut plutôt trouver des stratégies pour développer la carrière d’un artiste. Cela passe par l’aménagement du staff managérial, du suivi de la carrière de l’artiste, des comportements dans la vie qu’il faut adopter, des sacrifices à consentir sur soi…», conseille-t-il.
Mais à Abidjan, beaucoup d’observateurs du show-biz accusent les Gaou Boyz d’avoir refusé de participer à la réalisation de la chanson Abidjan Farot d’Espoir 2000. Et Pat Saco a longtemps entretenu cette accusation en laissant entendre qu’A’Salfo et ses amis avaient boycotté le projet de partenariat avec son groupe. Mais de son côté, le leader des Gaous ne voit pas les choses de cette façon. Il explique : «Pour faire un featuring, il y a des normes auxquelles il faudrait s’adapter. Ce qui n’était pas le cas avec Espoir 2000. J’ai donc refusé», dit-il avant d’ajouter : «Je suis venu de France et on a travaillé avec Olivier Blé. Après Abidjan, j’ai proposé qu’Olivier et Espoir 2000 viennent en France pour qu’on fasse la chanson dans un studio parisien. Qu’on mette une sonorité un peu plus occidentale pour donner à la chanson l’étiquette d’un label français. Pour que les médias français sentent que le produit a un lien avec la France. Comme ça, ils le joueront plus facilement.»
Selon A’Salfo, Olivier Blé devrait assuré les arrangements et un DJ français se chargerait en suite du mixage du produit pour lui donner une ouverture sur le marché occidental. Mais Espoir 2000 et son producteur n’ont pas accepté ce deal. Sans doute pour éviter de dénaturer leur zouglou. «Le résultat est là, dit A’Salfo : le titre (Abidjan Farot) est effectivement bon. Mais, il est resté coincé en Afrique. Et c’est exactement ce que je voulais qu’on évite», fait-il remarquer.
Aujourd’hui, Pat Sako revient sur ses propos en affirmant qu’ils n’ont pas pu travailler avec les Magiciens «parce qu’il y a eu effectivement un problème de calendrier. Magic System avait une tournée de deux mois en Europe. Nous (Espoir 2000), on a trouvé le temps trop long. On a donc décidé de faire sans les Gaous». Pour le reste, il s’agissait d’aller faire une nuit de studio à Paris et le tour était joué. «Notre producteur a dit qu’il n’avait pas les moyens de payer des billets d’avion et le studio en France, avoue Pat. A’Salfo avait la volonté de bosser avec nous puisqu’il a acheté son billet d’avion pour venir nous assister en studio à Abidjan.» Voilà qui clarifie une fois pour toute cette affaire.
Cet épisode clos, le groupe Magic System doit se défaire d’une autre étiquette : celle du groupe qui se sert à la soupe des dirigeants politiques du pays.
Réaction d’A’Salfo.
• Quand on est leader comme Magic System, est-ce qu’on est obligé de composer avec un pouvoir politique en place ?
- Non. Je n’ai pas à composer forcément avec un pouvoir politique et les pouvoirs politiques eux-mêmes savent que je ne composerai pas avec eux. J’ai été toujours disponible au nom de la République mais sans parti pris. Tout le monde m’a vu ici avec le Président Gbagbo. J’étais avec lui et j’étais ouvert à lui. Toutes les missions qu’il pouvait me confier, je les accomplissais. C’est pareil pour le Président Ouattara. Quand on a reconnu officiellement quelqu’un comme Président de la République, je me mets à sa disposition. Pas pour mener forcément ses actions mais pour jouer mon rôle de citoyen et d’ambassadeur entre guillemets. Ce que je faisais avec Gbagbo, je le continue avec Ouattara. Quand ce sera quelqu’un d’autre, je serai avec ce dernier pour jouer mon rôle. Mais il y a une chose dans laquelle je ne vais jamais me mettre : chanter les louanges d’un président, chanter pour un parti politique ou chanter contre quelqu’un. C’est ce qu’on appelle prendre parti et je ne le ferai jamais.
• Chanter pour la fondation de la première Dame, c’est tout comme chanter pour le Président de la République, non ?
- Non, je suis désolé, mais ce n’est pas pareil. Nous sommes parrains de la fondation Children of Africa depuis 2006. Quand nous avons rencontré la Présidente de Children of Africa en 2008, cela avait causé un tollé parce que tout le monde s’est dit que je suis allé soutenir le RDR (Rassemblement des Républicains, parti du Président Ouattara ndlr). Mais moi, j’étais sur les bases de fondement de mon festival. J’étais en train de monter un projet et il me fallait l’expérience des gens qui s’y connaissaient dans le social pour m’apporter leurs contributions et leurs conseils.
• Le problème est que cela donne l’impression que malgré la stature internationale du groupe Magic System, il est obligé de manger à tous les râteliers.
- La vérité est que Magic System ne mange jamais avec un pouvoir. Je mets quiconque au défi de me dire que Magic System a rasé les murs pour aller voir un Président de la République. C’est pourquoi, on ne se cache pas pour le faire. Pour chanter pour une œuvre sociale, on n’a pas besoin d’être Mme Ouattara pour avoir Magic System. On a chanté pour le téléthon de la Page Blanche et le gala de Servir ici à Abidjan. On a participé à des campagnes de lutte contre le SIDA en France.
Par Omar Abdel Kader
kadertani@topvisages.net
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