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CAUSERIE
 

ISSA SANOGO

“Je n’ai pas braqué”

Au détour d’une rue au Plateau, en un après-midi pluvieux de ce mois de Juin, une frêle
silhouette presse ses pas.
Le petit homme est émacié, mais l’expression de son visage et son sourire sont restés les mêmes. Il s’agit bien du chanteur Issa Sanogo. Tombé dans l’anonymat pour nombre d’Abidjanais, Issa avale goulûment un sandwich en plein Plateau sans attirer d’autres regards que le nôtre.

 

23/06/2008 (09h00)

• Issa, tu es toujours aussi méconnaissable…
- Moralement, je me sens très bien pourtant. Côté physique, ce n’est pas encore ça parce que je viens d’arriver à Abidjan après des années de galère à Ouaga. La galère n’a pas du tout été facile à vivre.

• Comment tu as fait pour venir à Abidjan vu la galère noire dans laquelle tu étais à Ouaga ?
- Je suis passé par Korhogo. De Ouaga à Korhogo je n’ai rien payé comme transport, c’est des Ivoiriens qui venaient à Korhogo qui m’ont déposé. Après, je suis venu à Bouaké où j’ai participé à l’émission Tempo et avec mon cachet, j’ai payé le transport pour venir à Abidjan.

• Et à peine arrivé à Abidjan que tu commences à braquer ?
- On m’a passé trois fois au journal télévisé pour une affaire de braquage. Mais je n’ai jamais été mêlé à ce genre de chose. Je ne suis pas un voleur, je ne suis pas un braqueur !

• Sous l’effet de la drogue, tu peux aller braquer sans te rendre compte…
- J’ai fait dix ans dans la cocaïne et pendant ces années, quand j’étais en manque, je n’ai jamais volé, je n’ai jamais braqué pour m’acheter de la drogue alors, ce n’est pas aujourd’hui que je vais braquer.

• A Abidjan, tu vis où ?
- Je vis à Koumassi, chez ma mère.

• Tu as quel âge ?
- J’ai 38 ans.

• …
- Je sais ce que tu vas me dire.
A mon âge, je devrais vivre chez moi avec ma femme et mes enfants. Je n’ai pas de chez moi, je n’ai pas de femme, je n’ai pas d’enfant. Je suis quelqu’un qui est tombé dans la musique à l’âge de 9 ans. Je suis aussi tombé dans la drogue sans m’en rendre compte. Au bout de quelques années, Je suis devenu dépendant de la drogue…

• Pour parler de tes problèmes avec la drogue, tu as eu plusieurs occasions de te réhabiliter mais tu ne les as pas saisies.
- On a tellement gâté mon nom avec cette histoire de drogue que même quand des gens veulent m’aider, ils hésitent. Mais je le répète, en 2004, j’ai subi une cure de désintoxication au Pays-Bas. J’étais dépendant à la cocaïne et c’était très difficile de m’en débarrasser. Mais grâce à Dieu, aujourd’hui, je ne suis plus dépendant.

• Sans blague ! A Ouaga, tu étais comme un junkie.
- Au Burkina Faso, ce n’était pas la drogue qui me fatiguait, c’était la galère. Je n’avais rien, je n’avais personne sur place pour m’aider à vivre de la musique, je n’avais pas de spectacle.

• …
- Aujourd’hui, tu m’as vu dans la rue, je n’avais pas de drogue. J’avais juste un morceau de pain, j’étais en train de manger. Avant, quand j’étais dépendant, je ne mangeais même pas, je ne pensais qu’à chercher de la drogue.

• Comment tu te procurais la drogue quand tu avais encore les moyens d’en acheter ?
- J’ai des amis qui me fournissaient chaque fois que j’en avais besoin, puisque j’avais les moyens d’en acheter, à l’époque.

• Si tu n’es plus dépendant de la drogue, d’où vient-il que la police t’arrête chaque fois dans les coins réputés pour être des repaires de drogués ?
- En fait, avec la police, j’ai des
problèmes à cause de ma réputation.

• Tu n’as pas répondu à ma question.
- Oui, mais dans quel quartier d’Abidjan il n’y a pas de fumoir ?
Il y a des fumoirs partout. Si c’est ça qu’on veut regarder pour arrêter les gens, c’est toute la population qui passe à côté des fumoirs sans le savoir qui va se retrouver en prison. On m’a souvent arrêté dans une ruelle. Souvent, je suis simplement en balade et je tombe par hasard sur un contrôle de police.

• Ah bon !
- La dernière fois qu’on m’a arrêté, je n’étais pas en train de consommer de la drogue et je n’avais pas de drogue en ma possession. A partir de là, le délit n’est pas constitué. Je pense que c’est pour cela que je suis en liberté et pas en prison.

• Tu n’es pas très convaincant Issa.
- O.K., d’accord ! Considérons que je suis allé chercher de la drogue. Mais quand on m’arrêtait, je n’avais pas de drogue sur moi. On m’a arrêté parce que j’étais dans le coin au mauvais moment.

• Un ancien drogué, retombe très vite dedans surtout quand la drogue est à portée de main ?
- Un ancien drogué renoue facilement avec la drogue, je sais. Mais, mes amis sont dans le ghetto, j’ai quand même le droit d’aller les voir.

• …
- J’ai été en prison avec des
personnalités comme Abou Dramane Sangaré, Souleymane T Senn…

• Arrête cette comparaison, eux, c’étaient des prisonniers politiques. toi, tu étais en taule en tant que drogué…
- Je ne me compare pas à eux. Je sais que j’étais à la Maca à cause de la drogue et qu’eux étaient des prisonniers politiques, mais on était quand même en prison au même moment. Ces personnalités, je peux aller leur demander de l’aide, mais on a tellement sali mon image qu’elles ne vont même pas accepter de me recevoir.

• Si tu as arrêté la drogue dure  comme tu dis, pourquoi tu n’arrêtes pas aussi le joint ?
- Je peux fumer un joint si j’ai un spectacle. Mais si je n’ai pas de spectacle, je ne sais pas pourquoi je vais fumer un joint pour avoir faim après. Surtout que je n’ai même pas d’argent pour me nourrir.

• Et la musique dans tout ça ?
- Moi, j’ai plein de compositions, je peux entrer en studio demain même si j’ai quelqu’un qui veut mettre les moyens pour me produire. Là, en ce moment, je prépare un single.

• Comment fera-t-il pour te joindre, le producteur qui aurait envie de te produire ?
- Je n’ai pas de contact à Abidjan parce que je n’ai pas encore eu les moyens de m’acheter un téléphone portable.

 

Par Usher Aliman | usheraliman@yahoo.fr

 
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