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CAUSERIE
 

ALAIN TAILLY, Ingénieur culturel

“Cessez d’infantiliser les artistes”

Depuis quelques jours, Alain Tailly séjourne aux pieds des pyramides, en Egypte. Avant de s’envoler, l’homme a bien voulu passer en revue l’actualité culturelle marquée par les décès en cascade des artistes et la guerre que se livrent le Burida et l’Unartci. Sans oublier son départ fracassant du Ministère de la Culture.

 

22/03/2008 (09h00) - • La Côte d’Ivoire pleure l’artiste Joëlle C. La connaissiez-vous ?  
- Oui. J’ai connu Joëlle pour qui j’avais beaucoup d’admiration et qui me le rendait bien en m’appelant affectueusement “tonton”.

• Comment l’avez-vous connue ?  
- Grâce à Marcellin Yacé, mon alter ego qui a arrangé son premier album, “Jala”.

• Quel sentiment a suscité en vous sa disparition ?  
- C’est David Tayorault qui m’a annoncé le décès de Joëlle. J’ai pleuré comme un gosse. Après avoir perdu Ruth, cette mort était la mort de trop.

• Partant de son décès, qu’est-ce qui pourrait expliquer, selon vous, ces décès en cascade chez nos artistes ?  
- Cela me rappelle l’année 1996 qui a été une année sombre pour la culture ivoirienne. Beaucoup des nôtres sont partis dans cette période : Eugène Afri Lué, Gazékagnon, Vieux Foulard et j’en passe.
Ces décès sont la conséquence de plusieurs maux. D’abord, la pauvreté qui sévit dans le milieu des artistes qui n’ont pas le minimum pour se soigner convenablement. Ensuite, notre propre hygiène de vie qui nous expose bien souvent. Enfin, il ne faut pas le négliger, les empoisonnements mystiques et les pratiques de sorcellerie pour empêcher l’autre d’émerger.


- Il est normal que les hommes meurent. C’est le rythme de la vie. Mais il est anormal, voire inacceptable que des icônes de la nation, ceux qui nourrissent nos rêves et embellissent notre quotidien meurent ainsi en vague sans que l’autorité ne réagissent. Personnellement, je ne suis pas un croque-mort. Je préfère aider mes frères pendant qu’ils sont encore en vie, plutôt que de venir verser des larmes de crocodile à leurs obsèques.
 
• Parlons maintenant de votre départ du ministère de la Culture. D’abord comment vous êtes-vous retrouvé là-bas ?  
- Quand le ministre Mel Théodore est arrivé à la tête du ministère, je me suis dis ça y est. On va pouvoir travailler pour faire bouger les choses. Et sans hésiter, je lui ai proposé mes services, moi qui m’étais juré de ne jamais travailler dans l’administration publique.

• Et quel poste vous y occupiez ?  
- Le ministre m’a fait l’honneur de me nommer conseiller technique en charge des affaires culturelles et artistiques.

• Ça consistait en quoi ça ?  
- Toute la question est là. A quoi sert un conseiller technique dans un ministère en Côte d’Ivoire ? A répondre au courrier du ministre. A faire de la représentation sans budget, quand on sait que lors des cérémonies les gens s’attendent toujours à une enveloppe du ministre et qu’on vous soupçonne d’avoir détourner les sous parce que vous venez les mains vides.

• Qu’est-ce qui vous a éloigné de votre patron (l’actuel ministre)
- Petite précision. Quand le ministre Mel a été nommé à la ville, j’ai jugé bon de rester à la Culture parce que j’estimais n’avoir pas bien rempli ma mission au ministère de la Culture. J’avais des choses à donner, de nombreux rêves à partager. Alors, je suis resté à la culture, ma famille naturelle. Mais après six mois, j’ai du déchanter. Vous savez, je suis un travailleur culturel, pas un politicien. C’est ainsi que je suis parti du ministère pour me consacrer au développement de mon cabinet d’ingénierie culturelle ATP. 
 
• Ça ne peut pas être là la raison de votre départ…
- La culture est la soeur jumelle du développement, l’indispensable mode d’emploi qu’il nous faut pour comprendre et impulser le développement. On ne doit pas la cantonner aux arts, car la culture est aussi et surtout valeur de civilisation (le travail, le respect de l’autre, la solidarité, etc.), économie à travers les industries culturelles qui peuvent créer la richesse et de nombreux emplois. Voici le nouveau défi de notre génération !

• Vous estimez que le ministère n’offrait pas cet aspect de la culture ?
- Aujourd’hui, j’ai quarante ans. Après avoir travaillé pour les autres, j’estime qu’il est temps de travailler pour moi-même.

• Que reprochez-vous au ministère concrètement ?
- D’être une administration conservatrice et rétrograde. De refuser les changements et finalement de condamner la culture à être le marche-pied de l’économie moderne, alors qu’aux États-Unis ou au Japon elle en est la sève vivifiante. Tant que la dictature des professeurs sera de mise au ministère de la Culture et que les partis politiques y règneront à tour de rôle, il n’y aura pas de développement culturel en Côte d’Ivoire. Ceux qui attendent une révolution peuvent rêver debout!

• Hier, le burida d’où vous êtes parti et aujourd’hui le ministère dont vous claquez la porte. Finalement n’est-ce pas Alain Tailly le problème ? 
- Vous savez, je suis un mauvais Ivoirien, parce que je rends la monnaie quand on m’envoie faire des courses. Je suis un éternel incompris parce que j’ai une façon de fonctionner qui est différente. Alors quelquefois, le “petit Blanc” que je suis peut déranger avec son franc-parler et son obsession pour la justice. À votre avis pourquoi, mes trois ans aux PSIC (un programme de l’Union européenne) ont été couronnés de succès ?

• Au chômage ? Ou à quoi consacrez-vous votre temps ?  
- Aujourd’hui, je partage mon temps entre mon cabinet ATP, mes enfants, l’écriture et ma ferme. J’aime la nature. J’aime le silence de la campagne et le parfum d’un épis de maïs braisé au feu de bois.

• Alors plus de projets culturels ?  
- Un spectacle monté à partir d’une Nouvelle de Flore Hazoumé, la sortie d’un second livre, la tournée sous-régionale de mon spectacle Western blues, des formations dans l’espace Uemoa, et plein d’autres choses que vous me permettrez de ne pas dévoiler ici.

• Venons-en à la guéguerre Burida-UNARTCI. Etes-vous membre de l’Unartci ?
- Je n’ai pas de carte de l’unartci. Disons que je suis un observateur.
 
• Comment alors percevez-vous de loin une telle association ? 
- L’idée de réunir tous les artistes au sein d’une même organisation est géniale. Mais je suis sceptique quand à la composition de l’unartci qui épouse l’ancienne géographie du burida. Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

• D’où alors cette guerre de tranchées entre les pro-Burida (Valen, Noël Dourey) et pro- unartci ?  
- C’était prévisible. Et lors de la cérémonie officielle de lancement de l’unartci au Palais de la Culture, j’avais mis les artistes en garde contre les risques de désunion. Cette énième crise est regrettable. Laissez-moi dire que le burida est le sismographe de la culture ivoirienne. C’est lui qui indique si ça va ou non. Chaque remous au burida indique que la culture est malade en Côte d’Ivoire et chroniquement malade.

• Un récent toilettage des textes a maintenu l’article faisant du burida une structure du ministère. 
- Einstein a dit qu’un problème sans solution est un problème mal posé. Il ne s’agit pas de faire du burida une structure du ministère, il s’agit de traduire la promesse du chef de l’Etat en acte. Il faut cesser de nous infantiliser, nous les artistes et nous donner la possibilité de faire nos preuves par nous-mêmes. 

• Conséquence, l’unartci menace de se constituer en une société de droit, qu’en pensez vous ? Est-ce possible ?
- C’est son droit, mais ce serait illégal, car la loi de 1996 n’autorise qu’un seul organisme de gestion collective du droit d’auteur. En revanche, il est tout à fait possible de mener des actions en direction de l’Assemblée Nationale et de la Présidence de la République pour qu’un nouveau texte de loi autorisant la création d’autres structures soit pris. Je suis pour la concurrence.

• Alors, quel pourrait être l’avenir du Burida selon vous ?
- Soit, nous sommes un Etat responsable et nous prenons des décisions pour le bien des artistes qui sont aussi des citoyens. Ou bien, nous laissons faire et un jour, c’est avec des fusils que la question du burida se réglera. Quand un homme a faim, quand il a perdu sa dignité, que lui reste t-il ?
 

 

 

 

 

 
 
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[-- "Perspectives Etoiles", grand rendez-vous musical avec la participation de nombreux artistes ivoiriens, le dimanche 11 janvier 2009 au Palais de la Culture de Treichville à partir de 18h30. -- ]

[-- "Haut de Gamme", la soirée de distinction des meilleurs artistes ivoiriens, initiée par le BURIDA se tiendra le 17 janvier 2009 à 20h au Palais de la Culture de Treichville. -- ]

[-- Un forum international de renforcement des capacités des opérateurs économiques pour le développement du partenariat entre la Côte d’Ivoire et l’Etat de Pennsylvanie aux Etats-Unis, le premier du genre, se tiendra du 26 au 31 janvier 2009 à Philadelphie. -- ]

[-- Les 5, 6 et 7 mars 2009, le Palais de la Culture de Treichville abritera la Première édition du Salon International de la Femme, Letagonin 2009 ou Femme battante en langue Gouro. -- ]

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