
21/02/2010 (10h00)
• Tu as décidé de te réinstaller en France depuis le mois de septembre dernier…
- Oui, précisément à Grenoble dans le sud-est de la France. J’y suis avec ma femme et 7 de mes enfants. J’en ai huit au total. Deux filles et six garçons. Le plus grand est informaticien à Abidjan. Il ne va pas tarder à nous réjoindre. Je suis très soucieux de l’avenir scolaire de mes enfants. C’est surtout pour cela que je me réinstalle en France. Et ,parallèlement, je vais continuer ma carrière musicale.
• Dans les années 80-90, tu vivais plutôt en région parisienne. Pourquoi es-tu allé cette fois à Grenoble ?
- C’est parce que Paris est trop bruyante que je suis parti avec les enfants à Grenoble. C’est une ville plus calme et propice pour les études. Les enfants sont plus tranquilles. Il y a la sérénité lorsqu’ils vont à l’école. Quant à moi, pour mes activités artistiques, je me déplace sur Paris.
• De 2002 à 2009, tu étais en Côte d’Ivoire. Que faisais-tu exactement?
- J’étais venu de Paris en 2002 avec mon album ‘’Peine capitale’’ et la guerre a éclaté. Tout est tombé à l’eau. Après, j’ai monté un espace musical dédié au reggae, Le Jamaïca City. Je me suis attelé à cela et tous les reggaemakers venaient s’y exprimer. Après, j’ai créé Le Kingston. Cela a inspiré des petits frères qui ont ensuite ouvert Le Parker Place. Ils ont tous fait leurs classes avec moi. Par la suite, Alpha Blondy qui avait son projet d’espace reggae, Le Temple, m’a fait appel pour qu’on travaille ensemble. Avec lui, nous venons de finir aussi l’enregistrement d’une compil reggae sur laquelle j’ai fait trois titres. Alpha est très content du résultat. Nous avons travaillé sérieusement là-dessus. Cette compil, est une sorte de fusion avec d’autres artistes comme Ras Goody Brown, Miss Flo, Kalujah… Elle sera bientôt sur le marché ivoirien et international.
• C’est tout en 9 ans ?
- Bon… j’étais occupé aussi à faire les albums d’Alpha Blondy. Je suis son choriste. J’ai en fait plus de quinze depuis le début de sa carrière en 1983. J’étais aussi en tournée avec lui. Cela m’empêchait de m’occuper véritablement de ma carrière solo.
• Tu viens d’ailleurs d’une tournée en Suède avec le Solar System…
- (Il sourit) Oui ! Le concert était très énergique. Alpha Blondy a assuré. Il faut lui tirer le chapeau pour son âge (la soixantaine), pour le parcours qu’il a et ce qu’il réalise encore sur scène. Alpha Blondy est l’un des grands artistes au monde à l’heure actuelle, toute modestie mise à part.
• Depuis 1983, tu bosses avec Blondy. Et cela dure près de 30 ans…
- C’est sûr qu’on a fait beaucoup de choses ensemble. Au départ, j’étais dans l’orchestre de la RTI. Et parallèlement à mon travail à la Télé pendant cinq ans (de 1979 à 1984), j’étais aussi avec Alpha Blondy. Nous avons fait beaucoup de tournées à travers le monde. Des Etats-Unis, en Afrique, en passant par l’Europe. Ça fait, 1000, 2000, 3000, 4000 concerts.
• Avec toutes ces tournées, comment fais-tu pour ne pas être blasé ?
- Bon. c’est vrai que les scènes se ressemblent. Mais, chaque public est un nouveau public. Qui vibre d’une autre façon. C’est un autre peuple que tu découvres. C’est de nouvelles sensations. Un nouveau challenge. Et si j’arrive à tenir, c’est aussi parce que j’ai choisi de faire de la musique mon métier.
• Quand on t’a connu, tu faisais beaucoup d’interprétations à l’ORTI. Etais-tu très reggae au départ ?
- C’était la période d’apprentissage lorsque j’étais dans l’orchestre de la RTI. Je faisais de la variété pour apprendre vraiment la musique. Et puis un matin, on écoutait Bob Marley. J’interprétais les titres de Bob Marley à l’ORTI. L’artiste est venu révolutionner la musique dans le monde. Et à cette période, les voix du tiers-monde s’élevaient. Alpha Blondy vient avec un feeling local qui nous ressemble. Il nous apprend comment on est rasta. Il nous apprend comment on peut jouer le reggae à la sauce africaine. Ça nous sied et c’est le déclic. Parce que c’était un nouveau feeling. Cela va renforcer mon amour pour le reggae. Et depuis, je suis devenu reggaemaker et rasta.
• Avec seulement deux albums à ton actif en 30 ans. N’est-ce pas trop peu ?
- C’est possible que ce soit peu. Parce que finalement, je n’ai sorti que ‘’Démocratie’’ (1995) et ‘’Peine capitale’’ (2002). Mais, si on compte les albums que j’ai fait avec Alpha Blondy qui ont eu du succès, ça fait beaucoup. J’ai été son directeur artistique pendant une quinzaine d’années. Tant que je gagne des sous en faisant des albums avec Alpha Blondy, je suis tranquille. Ce qui m’intéresse, c’est le travail que je fais avec lui et qui est reconnu. Il ne suffit pas de faire un album solo et venir s’asseoir à la maison. Ça marche ou ça ne marche pas et je frime. Non ! Cela ne m’intéresse pas.
• C’est plus rentable pour toi alors les festivals, les studios, les tournées avec Alpha Blondy…
- Ah oui ! Je pense qu’un musicien, c’est d’abord le travail. Parce que si j’ai du boulot avec Blondy, je suis tranquille. Avec lui, je travaille encore plus. Beaucoup plus que si je voulais m’arrêter, trouver un budget et faire un album à moi. Avec Blondy, j’ai une rémunération très conséquente et une grosse reconnaissance internationale.
• C’est dire que si tu fais des albums solo, ce n’est pas sûr que tu gagneras plus ?
- On peut le dire en quelque sorte. Avec lui, j’ai quand même une assurance.
• Cela amène certains mélomanes à dire que tu es un peu un gâchis. Pourquoi ne pas être un Alpha Blondy toi-même au lieu de l’attendre pour faire carrière ?
- Etre un Alpha Blondy, Pourquoi pas ? Mais, c’est Dieu qui décide. J’aurais pu l’être en me dispensant de cette collaboration. Mais, c’est un choix que j’ai fait depuis cette époque-là et j’assume.
• En 30 ans de musique, es-tu satisfait de ton parcours?
- Oui, je suis assez satisfait. Parce que je nourris ma famille avec la musique, sans problème. Je suis satisfait d’avoir laissé mon nom dans l’arène musicale. On sait qui est Waïper Saberty.
• Quels sont les succès qui t’ont marqué avec Alpha Blondy ?
- Il n’y en a beaucoup. Par exemple, ‘’Brigadier Sabari’’, ‘’Sweet Fanta Diallo’’, ‘’Politiki’’, ‘’Rasta Poué’’, etc.
• Tu as eu l’occasion de rencon-trer des jamaïcains sur scène?
- Les jamaïcains, on se croise. Sur mon album ‘’Démocratie’’, j’ai fait un duo sur le titre ‘’Treichtown’’ avec un jamaïcain du nom de Martins qui vit en Angleterre. Ce sont des amis, les Jamaïcains.
• Lorsque vous vous retrouvez sur des scènes, il n’y a pas un certain complexe ?
- Il y avait plutôt une admiration vis-à-vis des jamaïcains à l’époque. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous jouons ensemble sur des scènes. Ils sont étonnés par le genre de reggae que nous faisons. Il arrive parfois qu’ils veuillent faire des duos avec nous et vice versa. Le mythe est brisé. Ce sont eux qui veulent venir aux sources pour chercher l’inspiration en Afrique.
par Eric Cossa coll. Patrick Bouyé
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