30/06/2008 (09h00)
• Quelles sont les nouvelles, Billy ?
- Les nouvelles, c’est que le 7 août, il y aura le concert de Billy Billy. Mon tout premier concert live. C’est le jour de la commémoration de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Ce jour-là, on ne proclamera pas encore l’indépendance du pays. Moi, je vais proclamer l’indépendance de la jeunesse de Côte d’Ivoire. On verra, ce jour, le véritable Billy Billy avec son lagadigbeu style qui sera en action. Ce jour-là, le coq va chanter, ce sera un moment d’échange et de partage de toute la jeunesse. Parce qu’il est temps que la jeunesse se réveille de son profond sommeil et comprenne que l’heure est grave.
• C’est pour ça que tu dis parler au nom de la jeunesse ?
- Parce que je suis jeune, parce que la jeunesse, c’est la majorité. La jeunesse, c’est le bouclier de la nation. Vous voyez, quand quelqu’un te protège et puis tu le frustres, ce n’est pas bon. Il y a de quoi à en parler. Je sens qu’il y a aujourd’hui une sorte d’injustice, de négligence…Il y a plein de choses que la jeunesse subit.
• Que reproches-tu à l’Etat de n’avoir pas fait pour la jeunesse ?
- Je me dis quand le pays s’endette, c’est pour faire quelque chose pour les générations à venir. Mais force est de reconnaître que ce n’est pas le cas. Voyez, il y a des diplômés qui sont sans travail. Il y a quelque chose à faire. Il y a des choses vraiment élémentaires que l’Etat doit faire mais qui ne sont pas faites. A l’université, les étudiants prennent les cours à même les pelouses. J’arrive de Korhogo, là-bas, la réhabilitation de l’université n’est pas encore achevée.
Et les étudiants prennent les cours pendant qu’il pleut sur eux. Il y a quelque chose à faire.
• Alors, tu décides d’être la voix de cette jeunesse…
- Je crie pour la jeunesse. Mieux, je chante pour la jeunesse parce que je suis un coq. Je parle au nom de cette jeunesse exclusivement. Quand je prends le micro, c’est au nom de la jeunesse. C’est la cause de la jeunesse que je défends.
• C’est pourquoi ta façon de chanter ressemble à quelqu’un qui règle des comptes ?
- Ce ne sont pas des comptes que je règle. Ce sont les problèmes que je pose. Il est temps qu’on pose ces problèmes. Que ceux, censés nous représenter qui vont à la présidence, au lieu de chercher les enveloppes, ils doivent poser les problèmes.
Il y a des choses simples peut-être que les décideurs ignorent ou qu’ils savent mais font semblant. Mais moi, je pense qu’il faut leur dire. Nous sommes en période d’examens et il se trouve des élèves qui n’ont pas de profs. C’est dangereux ! Alors que des diplômés au chômage qui peuvent enseigner sont là…Mais on leur demande de l’argent pour qu’ils soient profs. Le pays est renversé. Il y a quelque chose à dire.
• Comment Billy Billy définit sa musique ?
- C’est un slam. Mon rap, je l’appelle lagadigbeu style. En réalité, je ne chante pas. Je prêche. Ma musique se veut révolutionnaire, dénonciatrice.
• Tu portes une canne et un coq…
- La canne, c’est généralement les vieux qui la portent. En Afrique, un vieux, c’est le symbole de la sagesse. J’aspire à être sage. Quant au coq, c’est la parole. C’est lui qui annonce le lever du jour. Quand Billy Billy chante ce n’est pas le village qui se réveille, ce sont les consciences qu’il éveille.
• Le torchon brûlerait entre toi et Garba 50…
- Non, je ne suis pas au courant. Ma seule préoccupation, c’est mon concert du 7 août. Aujourd’hui, je n’ai pas le temps de m’arrêter à ces choses-là. Si cela dépendait de moi, nous sommes en bonne amitié. Ils ont toujours été cool avec moi. On fait tous la même musique, voilà ! Seulement chacun a sa façon de voir et de rendre cette musique.
• C’est sans doute ta toute première participation à la célébration de la fête de la musique. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?
- C’est un honneur d’être invité sur l’une des meilleures scènes de cette fête. Mais surtout un challenge. Il m’a été demandé de jouer en semi-live, ce qui n’était pas évident. Il me fallait relever ce challenge. Pour moi, c’est le signe que l’on reconnaît le travail qui se fait à notre niveau. Evidemment, c’est un motif d’encouragement à persévérer. Aujourd’hui, c’est la résidence de l’ambassadeur de France, peut-être que demain ce sera en pleine France même. Inch’Allah.