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BOULE NOIRE, TROPICANA, TABOU BAR, BRACODI BAR, ETOILE DU SUD…

Là où la musique et les shows d’Abidjan ont commencé

Depuis les années d’avant l’Indépendance, il existait en Côte d’Ivoire des dancings où les noceurs allaient s’éclater. Top Visages a fait une incursion dans l’histoire de ce qui était autrefois les hauts lieux de la musique et des shows abidjanais : les ancêtres des boîtes de nuit modernes que l’on voit aujourd’hui.

 

 

11/10/2008 (11h00)

Treichville, Adjamé et Cocody.
Ce sont ces trois quartiers qui constituaient autrefois les principaux pôles d’attraction de la ville d’Abidjan. C’est aussi dans ces quartiers que sont nés les orchestres autrefois célèbres tels que les Fétiches, les Djins music, les Djinahourou, les Black Devils, les New system pop… Et surtout, ces bars mythiques : Boule noire, Tabou bar, Tropicana, Bracodi bar, Etoile du sud, Toulouroux. Tous ces éléments réunis en un même lieu et vous avez une idée de l’époque fiévreuse de la musique pop avec ces jeunes inféodés au «mouvement» Yéyé qu’Alpha Blondy évoque avec nostalgie dans sa chanson du même titre. C’est dans ces bars et dancings que la musique ivoirienne a véritablement débuté.
Avec, notamment un nom comme Amédée Pierre, à l’Oasis du désert. Aujourd’hui, ces anciens bars réunissent à eux seuls, plus d’un siècle d’existence. Et des milliers de souvenirs. Si la génération actuelle de noctambules n’a pas eu la chance de les fréquenter, les témoignages laissent entendre cependant, que ces célèbres orchestres et dancings ont fait transpirer de hautes personnalités sur leur piste de danse. L’Etoile du Sud : 78 ans et autant d’années de show dans la nuit. Lundi, 8 octobre 2007. L’Etoile du sud. Trois petits vieux sont assis dans un coin de la boîte et bavardent à voix basse. Ils évoquent le passé. Un passé vieux comme le bar, fait d’un assemblage de boiserie et de béton, situé à Treichville, en bordure du boulevard Valéry Giscard D’Estaing. L’Etoile du sud, ce témoin silencieux du passé qui porte si bien son nom, traîne environ quatre vingts ans d’histoires derrière lui. Premier dancing à voir le jour en 1930, l’Etoile du sud battait son plein déjà quand la Côte d’Ivoire accédait à l’indépendance. Propriété de M. Georges Kassi (né en 1886 et devenu Trésorier général du Syndicat agricole africain dont Félix Houphouët Boigny fut le Secrétaire général), l’Etoile du sud avait, à l’époque, la réputation d’être un lieu sélect où ne venaient que les européens de toute classe sociale (gouverneurs et employés de l’administration coloniale). Avant qu’elle ne devienne plus tard, le point de passage des noceurs abidjanais férus de musique pop et de salsa jouée en live tous les soirs. C’était la plus grande et la plus branchée. Et parmi ceux qui venaient là, il y avait un certain Félix Houphouët-Boigny. 
Le fait de savoir lire et écrire faisait partie des conditions d’accès à l’Etoile du sud. C’était une boîte haut standing, puisqu’elle était la seule à posséder à la fois un bar et un dancing. Le droit d’entrée était de 250 F CFA les jours de grande affluence. C’est là qu’un jour, avec des amis, Houphouët- Boigny, alors médecin de son état, aurait lancé l’idée de créer un parti politique. Le Pdci est porté sur les fonts baptismaux dans ce dancing le 9 avril 1946 (et devient aussi la section ivoirienne du RDA, après le congrès de Bamako, ndlr). D’après les témoignages, à cette époque, son homologue guinéen, Sékou Touré, était employé des Ptt à Bouaké. C’est plus tard que ce dernier regagne son pays où il prend, en 1952, la direction du Pdg (Parti démocratique de Guinée). D’autres intellectuels comme Modibo Kéita (du Mali), Maurice Yaméogo (de la Haute Volta, aujourd’hui Burkina Faso), Amani Diori (du Niger) suivront l’exemple un peu partout en Afrique occidentale…
Houphouët, comme nombre de ses camarades, a vécu l’ambiance des boîtes de nuit de l’époque. Mais la jeune génération pourrait croire que cet homme avait toujours cette mine sereine qu’il affichait pendant les spectacles. Un homme, Bamba Bakary, qui l’a fréquenté, lui avait posé cette question un jour, en sa résidence de Yamoussoukro. Le président lui avait fait cette confession : «Mon fils, on a trop dansé quand on était jeunes. Tu sais, moi, je fumais la cigarette ! Je buvais l’alcool et j’ai dragué pas mal de femmes… Mais, c’était avant. Depuis ma conversion, ce sont des choses que j’ai laissé tomber. J’ai vécu des choses…»
Ces choses, Houphouët les a sans doute vécues à l’Etoile du Sud. 
Plusieurs décennies après, l’actuel propriétaire de cet établissement, André Kassi, 76 ans (fils du fondateur) se souvient du passage de quelques personnalités de l’époque : «La Côte d’Ivoire a commencé ici. J’étais encore tout petit, mais je voyais arriver de hautes personnalités : Houphouët-Boigny, André Kassy (son père, ndlr) Germain Coffi Gadau, Jean-Baptiste Mockey, Konan Kanga, Mory Kéita et bien d’autres dignitaires du vieux parti. Nous étions encore petits, donc on ne nous permettait pas d’entrer dans la boîte, la nuit, et pendant les jours des booms», raconte-t-il. Tous les samedis, l’Etoile du sud organisait des soirées spéciales où le smoking était de rigueur. Tout comme au Toulouroux, un autre dancing célèbre situé également à Treichville.
Ravagé par un incendie en 1975, l’Etoile du Sud est aujourd’hui le seul rescapé de ces dancings.
Ce bar est devenu un night club adapté au goût de la nouvelle génération d’aficionados. Réhabilité, il comporte aussi un restaurant bar. Les musiques en vogue y sont d’actualité. A la place des anciennes limonades (la Gazelle, Orangina) ainsi que des grosses bouteilles de bière d’autrefois, on trouve des boissons gazeuses, des vins, de la liqueur et des bières allemandes beaucoup plus raffinées. Si les personnes qui y ont passé d’agréables moments sont aujourd’hui très vieilles ou décédées pour la plupart, cependant l’Etoile du Sud, quant à elle, est toujours là.

Bracodi bar : devenu une mosquée 
La commune d’Adjamé comptait deux bars : Bracodi et Tabou bar. Créé vers 1970, Bracodi bar accueillait des orchestres. Des artistes comme le Malien Salif Kéita (qui habitait le quartier) venaient jouer là. Pour voir Ernesto Djédjé ou Sam Mangwana tous les soirs, il fallait s’y rendre. Bracodi Bar était situé du côté de «Wrangler» dans un quartier connu autrefois sous le nom d’Adjamé Nord-Est, mais réputé pour son insécurité. Pour rappel, c’est là que Seydou Koné, alias Alpha Blondy, qui ne chantait pas encore, venait passer le clair de son temps chez l’un de ses potes Clément. Un jour, se rappelle un témoin, «il s’est fait poignarder là-bas au cours d’une bagarre par un couturier nigérien». Tabou bar, se trouvait quant à lui, face à l’ancien cimetière devenu aujourd’hui la gare Stif. C’est là que venaient jouer les Djins music, l’orchestre de Wedji Ped avec ses copains.
Aujourd’hui, dans le quartierd’Adjamé, Bracodi et Tabou bar n’existent plus que de nom. Demeurant un peu comme une légende pour certains jeunes de la génération actuelle, nés dans cette agglomération et qui en ont tout juste entendu parler. Très peu parmi eux, d’ailleurs, parviennent à localiser le site. A l’heure actuelle, une mosquée est bâtie à la place de ce dancing. S’épanouissant en plein milieu d’un quartier qui porte désormais son nom. Chaque jour, à la même heure, de nombreux fidèles musulmans viennent se prosterner sur les ruines.

Boule noire, Tropicana, Tabou bar… les illustres disparus          
Un peu plus récente, la Boule noire à Treichville était l’une des meilleures boîtes des années 60-70. Si l’Etoile du sud était la plus grande, la Boule noire était en revanche, la plus huppée. Fréquentée essentiellement par les fonctionnaires et les Blancs. Propriété de M. Tall (Sénégalais), le tarif d’entrée était de 500 F, tous les soirs. Mais les jours de fête (indépendance, Noël, etc) il fallait débourser le double. A l’intérieur, on vendait de la bière. Les limonades comme la Gazelle, le Youki soda, le Tip Top café et les Coca-cola, considérées à cette époque comme des boissons de luxe, coûtaient la rondelette somme de 35 F en boutique. Mais 300 F à la Boule noire. Tout comme dans la majorité des autres bars d’ailleurs. Il y avait également du sirop (rouge, vert) à 25 F la bouteille. Quand il évoque la Boule Noire, Bamba Bakary se souvient de cette soirée au cours de laquelle il a eu une chaude empoignade avec un jeune de sa génération : «Je me suis battu là-bas avec un type. Je ne me rappelle plus pour quelles raisons, mais en tout cas, c’était chaud, hein. Moi-même, j’avais enlevé ma chemise. Les gens essayaient de nous séparer, mais je ne voulais pas…», raconte-t-il. Cependant, la Boule noire a fermé il y a plus de vingt ans. Aujourd’hui, elle fait place à un nouvel immeuble de couleur ocre à l’avenue 15, rue 12.
Quant au Tropicana, il était à Cocody, à l’hôtel Ivoire. Bien entendu des endroits plus ou moins connus comme la salle des anciens combattants au Plateau, l’UFOCI à Treichville, ont eu leurs moments de gloire.

 

 

Le look du dandy à l’époque yéyé

Les tenues de l’époque étaient faites essentiellement dans des tissus. tels que le tergal, l’alpaga, le pied de poule, le velours, la popeline, etc. Parmi cette panoplie de tissus le tergal et l’alpaga étaient les plus prisés. Parce que ces types de tissu ne se froissaient pas facilement. Les plis pouvaient rester même après le lavage. Il y avait également le petit pois. Comme son nom l’indique, il présentait des petits ronds semblables aux petits pois. Un tissu de luxe importé. Il était très prisé des grandes dames et coûtait très cher (enfin, à l’époque) : 1.500 F. Dans ce haut de gamme se trouvait, en outre, la gabardine. Comparable au «super 100», il était également importé. Mais seuls les Européens et quelques privilégiés Africains se l’offraient. Bref, à côté de ce choix de tissus que l’on pouvait coudre à son goût, il y avait les chaussures et les coiffures aux noms tout aussi évocateurs. La coiffure coq, par exemple, rappelait la crête du coq par sa coupe caractéristique. Pour 5 F, on vous rasait le contour du crâne pour ne laisser qu’une superbe touffe de cheveux au sommet. Cette coiffure aurait connu un grand succès. Il n’était donc pas rare d’entendre des clients dire : «fais-moi la coiffure coq». Une autre coupe, un peu semblable à la précédente (inspirée sans doute par le footballeur brésilien Pélé), avait été baptisée à juste titre, mode Pélé.

 

 

 

 

 
Par François Yéo| yeo_fat@yahoo.fr
 
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