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SPECIAL TABASKI 2012

 
  Le bazin, une si longue histoire !  

Le jour de la Tabaski, la concurrence fera rage entre les femmes pour savoir qui aura le bazin le plus riche, le mieux brodé. En fait chez certaines femmes, le vrai dama (l’autre nom du bazin) suffit pour deviner la classe sociale de celui ou celle qui le porte. Mais d’où vient ce tissu qui fait dé-sormais partie des habitudes vestimentaires en Afrique noire ? Où est-il fabriqué ? Qui l’a introduit en Afrique ? Quelle est sa véritable histoire ?

 
 


23/10/2012 (15h00)

Un samedi matin de ce début du mois d’octobre 2012. Dans un des magasins de l’importateur de bazin Alou Yara à Treichville, avenue 11, rue 15. Le petit magasin grouille de monde. Les clients sont en majorité des femmes élégantes et richement vêtues. Entre les froufrous des balles de bazin fraîchement arrivées, les commandes arrivent, elles oscillent entre 50 000 et 100 000 f CFA, voire 150 000 f par cliente. La Tabaski étant très proche, chacune veut être la plus élégante possible. Et dans cette boutique LAM 1, le mètre de ‘’bazin très riche’’ se négocie autour de 8 000 f. Certaines femmes insistent lourdement pour avoir du bazin malien. Mais sur les balles de tissus, il est écrit ‘’made in Germany’’ ou ‘’made in China’’. La propriétaire du coin nous explique que le bazin porté en Afrique est entièrement importé d’Europe ou de chine. La légende veut que le premier importateur de bazin soit tombé sur ce tissu au hasard d’un voyage en Europe. Cet importateur était en voyage d’affaires en Allemagne quand il a remarqué la beauté d’une étoffe blanche et raide dont les Allemands se servent pour fabriquer des nappes de table et des rideaux. Quand l’importateur (un malien) a compris que cette étoffe pouvait se vendre en Afrique, il a demandé aux fabricants d’ajouter un peu de brillant pour que le tissu ait toutes les chances de plaire à sa clientèle en Afrique…
Les livres d’histoire, eux, racontent que le bazin était à la mode en europe, entre le 18e et le 19e siècle. Il était d’abord produit en Angleterre, ensuite en France. Joseph Lenoir Dufresne, l’un des fabricants français de bazin était même l’un des hommes les plus riches d’Europe grâce au bazin. Mais depuis le début du 20e siècle, la majorité des usines qui fabriquent le bazin sont localisées en Allemagne et en République Tchèque.
Les siècles sont passés, les générations sont passées, mais en matière de bazin, il n’y a toujours pas de transfert de technologies ni de délocalisation d’usines. Le tissu 100% coton damassé servant de base à la fabrication du bazin n’est pas encore produit en Afrique. Le continent noir ne dispose pas encore d’usine de textile adaptée à sa fabrication. Le label ‘’Bazin Mali’’ n’est utilisé qu’à but commercial parce que c’est au Mali que le bazin venu d’Europe est teint.
A Bamako, une multitude d’ateliers de teinture prospèrent aussi bien pour la consommation locale que pour le marché ouest-africain ou même celui de Château Rouge en France. Quand les ballots de bazin riches ou moins riches arrivent dans les ports africains, les étoffes sont de couleur blanche ou monocolores (bleu, vert ou rouge). Au début, on teignait le bazin de façon traditionnelle avec de l’indigo, principalement au Mali. Mais depuis les années 90, on juge la prtaique dangeeuse alors l’importateur qui commande le bazin peut aussi commander les teintures synthétiques et industrielles.
A côté du bazin super riche 100% coton fabriqué en Allemagne et en République Tchèque, on trouve sur le marché africain, du bazin de moins bonne qualité. Un mélange de coton et de fibres synthétiques qualifié de bazin moins riche ou de bazin léger fabriqué en Chine et au Nigéria. Depuis les années 80, ce bazin ‘’made in China’’ ou ‘’made in Nigeria’’ rivalise malgré tout avec le bazin riche grâce notamment à son prix très bas (autour de 2000 f le mètre). Mais il est décrié pour ses couleurs qui se conservent mal au fil des lavages.

Yara, le bazin de père en fils

Les familles Gagny Lah, Yara, Samassa… sont les premieres grandes importatrices de bazin au Mali. Aujourd’hui, le jeune Alou Yara, la trentaine, est un des héritiers de la famille Yara. Il est à la tête de plusieurs magasins de bazin à Abidjan et à Bamako. Son objectif est de faire en sorte qu’Abidjan soit un grand centre de négoce du bazin à l’image de Bamako. Et pour ce faire, il a l’intention d’inonder le marché abidjanais de dama pour faire baisser les prix (faire passer le prix du mètre de bazin riche de 7000 f ou 8 000 f à 5 500 f cfa). Pour ses commandes, Alou Yara n’a pas besoin de se déplacer. Entre lui et ses fournisseurs allemands, une confiance vieille de plus de 50 ans existe. Il lui suffit de choisir le type de motif qu’il veut dans un catalogue, d’envoyer un mail à l’usine, pour qu’il soit livré.

 

Profession, tapeur de bazin

Les connaisseurs de bazin vous le diront : un bazin riche ne se repasse pas. Pour qu’il reste éclatant et propre, on l’emmène chez des tapeurs de bazin (on les appelle finigochila au Mali). Ces tapeurs, munis de maillets en bois de karité qui pèsent environ 2 kilos, frappent le tissu pendant de longues minutes. A la fin de la séance, les fibres du bazin sont resserrées, le coton devient rigide et brillant, insalissable puisque la saleté ne peut pas s’y accrocher. Il se raconte que le fer à repasser détruit le brillant des bazinsde qualité. Mais mal payés, les tapeurs de bazin sont souvent obligés de veiller, surtout aux approches des fêtes musulmanes comme le ramadan ou la Tabaski, pour gagner plus.

 

 

 

Par Usher Aliman
usheraliman@topvisages.net

 

 
   
     


Hebdo N° 1001
 

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