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03/03/2008 (10h00) - Ces dernières années, les conflits autour du Burida n’en finissent pas. L’Etat ivoirien, à travers le ministère de la Culture et de la Francophonie, veut mettre de l’ordre dans la maison des auteurs. Une réforme du Burida a donc été engagée par le ministère. «Le Burida fonctionnait sous le régime d’association», explique le Pr Zadi Zahourou. «Cela ne pouvait pas aller dans le sens rationnel. Nous avons constaté que l’association privilégiait le copinage, le favoritisme… Nous avons donc proposé une réforme». Cette réforme transforme le Burida en société civile de type particulier. Mais, dans le fond, cette réforme comporte des points qui ont provoqué la colère des artistes. Notamment, la nomination du directeur général par le ministère de la Culture et la présence des représentants de trois ministères dans le Conseil d’administration. Ajouté à cela la prolongation de l’administration provisoire du Burida. Du coup, une guerre semble avoir éclaté entre le ministère et les artistes.
Mais pourquoi ces dernières années, les problèmes autour du Bureau ivoirien du droit d’auteur sont-ils aussi récurrents ? Pourquoi personne ne peut (ou n’a le courage de) y mettre un terme définitif ?
L’histoire de cette structure contient pourtant les causes du mal qui la mine ces dernières années. «Le Burida n’est pas né au cours d’une assemblée générale. Il a vu le jour par la volonté de l’Etat, à la suite d’une protestation des artistes. Par conséquent, l’Etat doit avoir un droit de regard sur cette institution», rappelle Zadi Zahourou.
En effet, l’Etat, garant de la protection du territoire, de tous ceux qui y habitent ainsi que de leurs droits, a décidé, en 1981, de créer le Burida. Lui concédant tacitement la position de monopole en matière de protection des droits des auteurs. L’Etat aurait dû susciter la création d’une société clairement privée et indépendante, comme c’est le cas partout dans le monde (En tout cas dans tous les pays qui ont été les premiers à créer une société de gestion des droits d’auteurs et qui ont inspiré la Côte d’Ivoire). Dans la plupart des cas, l’Etat, pour éviter toute dérive, a mis en place une commission qui contrôle la gestion de la société. Mais cela n’a pas été fait dans le cas du Bureau ivoirien de droits d’auteurs. Ici, c’est le ministère qui mène le jeu. Il nomme un directeur général selon ses affinités (ou ses intentions).
Mais, dans les années 80, sous le régime de parti unique, personne n’osait critiquer ou s’opposer. Mais, plus tard, au début des années 90, avec l’arrivée de la démocratie, des voix ont commencé à s’élever. Comme celle de Paul Wassaba (alors président du Conseil d’administration) pour réclamer que les artistes aient un droit de regard sur les décisions du Burida. Il se bat et finit par obtenir la deuxième signature sur le compte de la structure.
Pour les artistes, c’est une victoire. Mais très vite, cette victoire va installer le conflit qui ronge cette maison ces dernières années.
En effet, le ministère ayant le contrôle de la structure, le pouvoir accordé au représentant des artistes crée du coup une sorte de bicéphalisme au sein du Burida. Or, on le sait, il ne peut y voir deux capitaines dans un bateau. Sinon, rien ne marche correctement. Et pourtant, depuis plus de dix ans, il y a deux capitaines dans le navire Burida. Depuis plus de dix ans, les conflits continuent. Et ce n’est pas la réforme que le ministère effectue en ce moment qui va y mettre fin. Au contraire. Car tant que cette structure sera menée par lui, le problème sera toujours le même. Et peut-être plus grave qu’il ne l’est aujourd’hui.
Le rôle de l’Etat |
La volonté de transformer le Burida en une société, est, a priori, une bonne chose. Mais, dans la droite ligne du souci premier qui l’a amené à créer le Burida, l’Etat doit simplement tracer un cadre pour la mise en place et le bon fonctionnement du bureau du droit d’auteur, sans se mêler de la gestion. S’il a eu l’excellente idée de montrer aux artistes (il y a 27 ans) comment faire pour protéger leurs droits en mettant en place le Burida, ce n’est pas à lui de conduire son fonctionnement. En tant que garant de la protection de tous ceux qui vivent dans ce pays, l’Etat devrait discuter avec les artistes en vue d’un mode de désignation d’un directeur général qualifié pour la gestion de cette structure. Lequel DG serait choisi (comme l’indique l’avant-projet de décret de réforme du Burida) à la suite d’un appel à candidature. Comme cela a été le cas pour les régies financières. Après, un contrôle annuel peut être effectué pour s’assurer de la bonne gestion de la société. Mais là, s’arrête l’intervention de l’Etat. Car les auteurs sont les seuls propriétaires de cette structure. Par l’acte d’adhésion, ils acquièrent une part d’actionnaire. L’Etat ne subventionne pas le Burida. Par ailleurs, une société d’auteurs ne produisant pas de bénéfices, elle est une entreprise économique pas comme les autres. Et l’argent dépensé ici, c’est celui des droits d’auteurs. On peut aisément comprendre les artistes quand ils refusent que l’argent produit par leurs œuvres soit dépensé par des gens venus d’ailleurs et qui, de surcroît, ne leur rendent pas de compte.
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Et la lutte contre la piraterie ? |
Alors que la piraterie a gagné du terrain en Côte d’Ivoire et menace sérieusement la vie des artistes, ceux qui doivent lutter contre le fléau pour sauver les intérêts des artistes sont occupés à la réforme avec les conflits que cela soulève. C’est à croire qu’on a baissé les bras devant les pirates.
Jusqu’à présent, aucune campagne, aucune action d’envergure pour réduire la piraterie qui s’accroit de jour en jour. Quand est-ce que l’Etat prendra-t-il des mesures vigoureuses contre ce mal qui ronge la musique et l’audiovisuel en Côte d’Ivoire ?
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BURIDA : Quelles solutions ? |
Aujourd’hui, 27 années après la naissance du Bureau ivoirien des droits d’auteurs, le ministère de la culture devrait reconsidérer sa position vis-à-vis de cette institution. Beaucoup de choses ont changé et il est sans doute temps d’anticiper l’évolution future des choses en prenant des décisions qui peuvent garantir l’ordre et la prospérité du Burida.
Devant la situation que vit cette maison, deux schémas se présentent aujourd’hui.
Dans un premier schéma, l’Etat peut aider à la mise en place d’une société de gestion des droits d’auteur en lui gardant le monopole. Il met les balises et, ensuite, il se retire pour ne procéder qu’à des contrôles de la gestion.
Dans le second, l’Etat casse le monopole du Burida et autorise la création d’une ou plusieurs sociétés privées de gestion des droits qui seront mises en place par les auteurs eux-mêmes. Et il appartiendrait aux artistes de choisir à quelle société ils peuvent adhérer. Comme l’ont fait certaines grosses têtes de la musique ivoirienne qui, devant les errements du Burida, ont adhéré à la SACEM, en France.
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