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LES COUPLES EN BOÎTE DE NUIT

 
  Où sont passés les slows ?  

Les amoureux n’auront-ils plus l’occasion de danser collé-serré en boîte de nuit ? Top Visages a fait le tour des night-clubs. Le constat est inquiétant.

 
 


19/09/2012 (12h00)

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les pistes de danse de nos night-clubs semblent avoir perdu leur côté fleur bleue, romantique. Il est rare aujourd’hui de voir des couples tendrement enlacés, s’amourachant au rythme d’un bon slow anglais ou français. L’amour et la douceur ont-ils foutu le camp dans le cœur des noceurs ou dans celui des DJ ?

«…On ne verra plus, ces joues contre joues, entre deux inconnus qui n’avaient pas de rendez-vous…Et si ce soir on dansait le dernier slow comme si l’air du temps se trompait de tempo ? Et si ce soir on dansait le dernier slow, un peu de tendresse au milieu du disco».

Cette jolie chanson de Joe Dassin est un standard en matière de musique slow, mais comme bien d’autres chansons du genre, on ne l’entend pratiquement plus si ce n’est sur certaines radios lors des moments de pause entre midi et deux ou encore en soirée. Faites un saut dans la plupart des espaces de loisirs qui diffusent de la musique en Côte d’Ivoire et vous constaterez que les slows ont perdu de leur superbe. C’est d’ailleurs avec beaucoup de regrets que l’homme des nuits chaudes des années 70-80, Magiste Boulard s’exprime à ce sujet : «A notre époque, les séquences de slows étaient programmées sur deux, voire trois heures de temps. Et c’était l’opportunité pour les jeunes gens que nous étions, pour les casanovas surtout de tomber les nanas. Les lumières s’éteignaient littéralement  et c’était des moments agréables, même si à notre époque, nous étions prudes, vertueux et imaginaires sur la piste de danse».

Il faudrait préciser qu’au pays, une  «boum» ne réussissait que lorsqu’il y avait de bonnes séquences musicales slows. Et les jeunes, les adultes attendaient avec impatience ce moment pour «kaposer» les filles avec tendresse, attention et respect. Dans l’obscurité, on pouvait même voir les yeux de certains briller tellement ils étaient étreints par d’intenses émotions. Et quand la séquence finissait, ils avaient bien du mal à se détacher de leur partenaire. Des instants magiques qu’on voudrait prolonger encore et encore.

Zêrê, célèbre dinosaure de la nuit ne dit pas le contraire : «Ce que je regrette aujourd’hui et chez nos jeunes Dj, c’est qu’ils ne jouent plus tous les rythmes musicaux. Nous, on jouait toutes sortes de musiques dans la boite. La rumba, la salsa, la biguine en passant par le tango, la musique africaine… Il y a des clients de ces rythmes musicaux. Ils ne vont plus en boîte, parce qu’on ne joue plus ça. Un DJ qui joue de la Valse, du RNB, de la Rumba, il est complet. Et que dire de notre bon vieux slow ! Aujourd’hui, il n’y a plus de slow, c’est le Zouk qui le remplace. et comment ? Le slow est important, pas pour ce que les gens pensent couramment : à savoir que les hommes profiteraient de leurs cavalières. Mais le slow offre des occasions aux couples de se parler intimement…, de se dire des choses qu’ils ne se disaient plus. C’est une occasion pour les couples en difficulté de se réconcilier. Il permet aussi de trouver, pourquoi pas, son âme sœur !» 

Nous nous sommes donc amusés à faire le tour de quelques boîtes de nuit, plusieurs jours de suite, histoire de prendre le pouls de la situation, même si des mois auparavant, nous avions déjà fait ce constat. Mettez un slow ou même un zouk après une série de sons couper- décaler, zouglou ou autres et la piste de danse devient pratiquement déserte. Les noceurs profitant de l’accalmie pour reprendre un verre, se reposer ou essuyer la transpiration provoquée par des pas de danse endiablés sur des airs bruyants ou rythmés.

Le constat est très clair : on tend vers la disparition des slows dans les programmations musicales. Une situation qui pourrait s’expliquer selon Philo Inter (Animateur radio sur Nostalgie et Dj) par le fait que «Les DJ de maintenant n’ont plus la culture musicale. Ils jouent ce qu’ils connaissent. Mais en plus, c’est la plupart des clients qui imposent par leurs goûts les séquences à jouer. Le Dj ne voulant pas voir sa boite vide est parfois amené à modifier ses séquences si elles ne sont pas du goût des clients». On le sait, le public ivoirien de ces dernières années et surtout les noctambules ont de plus en plus un penchant pour les musiques d’ambiance genre couper-décaler, Ndombolo, musique nigériane ou à la limite RnB. Même la musique chrétienne a réussi à faire sa percée sur les pistes. Danser et bouger, au maximum, c’est la nouvelle orientation. D’ailleurs au cours d’une virée dans un point show de Yopougon, nous nous sommes marrés lorsqu’un client a lancé au Dj «On n’a pas dit on veut dormir, mets-nous de la bonne musique» tandis qu’un autre s’écriait «Ici-là ce n’est pas hôtel hein !» Ce dernier, dans une transition musicale, avait osé mettre une chanson de Garou et de Céline Dion («Sous le vent» !) Mais s’il n’y a pratiquement plus de slows, les clients avides de douceur et de contact peuvent se consoler avec des séquences zouk qui ne durent pas plus de trente minutes (un record d’ailleurs).

Il y a aussi la possibilité de faire le plein lors des soirées dites retro qui accueillent des personnes responsables ou âgées qui ont envie de replonger dans l’ère de leur adolescence. Bon plan, du côté de la Zone 4 où se trouve un bon nombre de bars climatisés, certains DJ qui animent en ces lieux nous ont indiqué qu’ils jouent par moments les slows, parce qu’ils ont une forte clientèle française. Mais il y a aussi le fait que les responsables qui y viennent n’aiment pas beaucoup les musiques d’ambiance qu’ils qualifient de bruit. Cela dit, «On peut quand même écouter et danser sur des slows en début de soirée dans les boites quand il y a une ou deux personnes sur les lieux. Mais ça ne dure pas plus d’une demi-heure, sinon les gens vont nous frapper», révèle Arsenal DJ en riant. Hé oui, c’est dommage, mais les slows sont vraiment tombés alors que «C’était vraiment bien de danser très doux et de se fondre au point d’oublier tout autour de nous».

Par Stéphie Joyce coll. Inzah D.

Il y a des exceptions

Danser ou écouter des slows en boîte de nuit, dans les bars ou les maquis ivoiriens aujourd’hui, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une motte de foin. C’est vrai que les temps changent. Mais comme tous les goûts sont dans la nature, il y a quand même de très rares exceptions dans les nuits chaudes (?) abidjanaises. Le célèbre Don Mike le Gourou, homme de la nuit nous éclaire : «Dans les boîtes africaines, franchement, c’est rare. même le zouk commence à disparaître. Au Best of, où je suis, on joue des slows, mais seulement en début de soirée. C’est surtout dans les boîtes européennes, qu’on a ce genre de musique et beaucoup plus en Zone 4 et à Biétry».

Cependant il y a des hommes de la nuit comme le manager Georges Kablan qui essaient tant bien que mal d’apporter un renouveau dans la programmation des titres proposés aux clients. «Ce n’est pas tout le monde qui aime et qui écoute les musiques d’ambiance. Souvent, on a des clients responsables qui veulent écouter des mélodies et des rythmes à l’ancienne comme la salsa, les slows, le rock…Il y a une demande à satisfaire. Franchement, le couper-décaler, ça nous fatigue !». Dans la plupart des établissements où il est passé, Georges Kablan mise toujours sur ces musiques rares qui font tout autant de bien que les autres. On le retrouve actuellement au Bar le Cavally, non loin de la clinique la Madone. Les fanas de slows peuvent lorgner du côté de l’Alizée à la rivièra Anono. On a aussi le Taxi brousse à cinq cents mètres du Wafou (au carrefour du boulevard de Marseille et de la rue des Marjolaines, l’ancien Voici Venise devenu BBM, du côté de la Rue Fleming ou le Ché Café toujours dans la même zone, pour ne citer que ceux-là. Il faudrait savoir que dans ces night-clubs et bars aux programmations particulières, les autres genres musicaux qui se font rares sont aussi à l’honneur : salsa, reggae, rock, disco, jazz…vous y attendent ! D’ailleurs, de plus en plus, certains se spécialisent dans les genres (c’est le cas du Cercle du Rail au Plateau qui fait la part belle à la Salsa) ou l’Acoustic Bar aux Deux plateaux Vallons qui épouse tous les genres et style se permettant même des soirées typiquement Jazz, tous les lundis.

S.J

 

 
   
     


Hebdo N° 1002
 

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