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01/09/2012(09h00)
Jeune agent au Complexe d’Education Télévisuelle à Bouaké, Boli Zèrè Raphaël ne s’imaginait pas un jour derrière une platine et dans une cabine d’animation. Mais un jour, plutôt un soir des années 70, le destin passe par-là. L’amour du métier de DJ et du travail bien fait a fait le reste.A force de travail (je passais mes journées chez les vendeurs de disques à écouter toutes sortes de musiques. Avec ces chansons, je faisais moi-même des «medley» qui plaisaient aux clients), la célébrité ne se fait pas attendre. Il est consacré meilleur DJ de Côte d’Ivoire dans les années 90. Ses prestations confèrent leurs lettres de noblesse aux boîtes de nuit comme «Le Village», «Le Savannah» à Bouaké, «Le Sugus» à Yamoussoukro «le Jet Set», «le Crystal», «le Z» à Abidjan. Aujourd’hui l’homme a pris de l’âge. Mais rien des réalités de la nuit ne lui est étranger. Parce que «la nuit, c’est ma vie».
• Que devient Zèrè ?
- Je suis là, je suis en Côte d’Ivoire…Depuis que je me suis retiré de la nuit. Je vis ma vie comme je l’entends. Je ne fais rien d’autre pour le moment.je travaille sur des projets.
• ça ressemble à une retraite, non ?
- Est-ce qu’on peut sortir du ghetto ? Dans la nuit, il n’y a pas de retraite. Disons que c’est en quelque sorte un recul... Le jour où il y a des gens qui me sollicitent, on redémarre. Sinon ma vie, c’est la nuit. Hormis la nuit, c’est vrai que je fais autre chose, mais l’essentiel de ma vie c’est la nuit.
• Tu restes bien silencieux sur ton actualité, mais de quoi vis-tu ?
- Je suis-là, c’est ça le plus important.
• Est-ce que la nuit te manque ?
- Oui ! Mais telle que les choses se passent aujourd’hui, je dirai non. Quand je vais en boîte je m’ennuie. Les DJ font une animation pour eux-mêmes. C’est le constat que je fais et ce n’est pas une affaire d’époque. Je vais te faire une confidence : Le métier de Dj, c’est un métier noble. La musique que tu mets, les phrases que tu sors, ça compte. Aujourd’hui avec l’évolution, les jeunes ont créé leur concept, c’est bien. Mais beaucoup ne savent pas de quoi il s’agit.D’autre part, c’est vrai que je gagnais bien ma vie. Je gagnais jusqu’à 500 mille F par mois. Sans compter les pourboires des clients. Je ne payais pas de loyer… C’était une belle époque. Mais je suis là et ça va.
• C’est sévère ton jugement sur les DJ !
- Non, je suis sérieux. Ils ne jouent pas la musique pour le client. Ce sont eux qui imposent aujourd’hui leur musique aux clients. Généralement les gens viennent en boîte pour déstresser, s’éclater… Le Dj doit trouver et leur donner la musique qu’ils aiment et qui les retienne. Aujourd’hui le client subit. Ce n’est pas seulement les jeunes de leur génération qui vont en boîte. Ils ne pensent pas aux autres. Ils font plaisir à un groupe d’amis qui arrivent.
• Comment tu t’y prenais toi ?
- A notre époque, on faisait la cour aux clients pour qu’ils viennent danser. On le faisait sans bavardage. On joue la musique et quand l’ambiance se crée, on peut sortir quelques paroles pour égayer le client.
• C’est ce que tu ferais encore si tu reprenais du service ?
- Justement, si aujourd’hui je prends en main une discothèque, c’est ma musique que le DJ va jouer. Parce que ma musique, c’est pour la clientèle. Et ma clientèle, ce sont, certes, les gens de ma génération, c’est-à-dire de 50 à 70 ans, mais tout le monde. Parce qu’ils vont se retrouver dans ce qu’on va leur servir.
• Aujourd’hui il y a aussi le phénomène des Atalakus. Qu’en penses-tu ?
- Pour moi c’est le racket déguisé. Selon moi, c’est devenu une sorte de vagabondage, de prostitution de notre métier. Le besoin de gains faciles. Les DJ ne travaillent plus. Il n’y a plus de travail. Avec nous, lorsqu’il y avait une personnalité, un minis-tre dans la boîte, tu dis simplement : ‘’le grand-frère est là’’. La personne se reconnaît. Celui qui est dans la boîte, ne peut pas savoir de qui je parle. Il n’y a plus d’intimité et de discrétion. Depuis la porte on sait que tel ou tel est là.
• Qu’est-ce qui gêne dedans ?
- Il n’y a pas de discrétion, parce que je ne sais pas comment ils font. Mais ils connaissent tout le monde. A notre époque, les gens cherchaient à nous connaître. On était des stars. Les DJ d’aujourd’hui se font passer pour des stars. Or ce comportement, je ne suis pas d’accord avec.
•…
- Nous, on jouait toutes sortes de musique dans la boîte. Aujourd’hui, les jeunes ne font plus ça. De la rumba, la salsa, la biguine en passant par le tango, la musique africaine… Il y a des clients de ces rythmes musicaux. Ils ne vont plus en boîte, parce qu’on ne joue plus ça. Un DJ qui joue de la Valse, du RNB, de la Rumba, il est complet. Aujourd’hui, il n’y a plus de slow, c’est le Zouk qui le remplace. Le slow est important pas pour ce que les gens pensent mais le slow offre des occasions aux couples de se parler intimement… Il y a des titres quand tu vas danser avec la fille, il y a des paroles qui sortent en fonction du slow. C’est aussi des occasions de trouver son âme sœur mais aussi de réconciliation dans les couples en froid.
• En plus d’être DJ, ils deviennent musiciens…
- Ils deviennent chanteurs forcés. Personnellement, je ne leur en veux pas. C’est de leur époque.
• Que penses-tu donc de leur mouvement, le couper-décaler ?
- Je ne me reconnais pas dans ce mouvement. Ça leur a apporté des relations et ils essaient de les monnayer comme il se doit.
• Zèrè, côté famille…
- Je suis marié et père de deux enfants. Je suis également grand-père.
• Une vie heureuse ?
- Je salue ma femme, parce que vivre avec un homme de nuit, ce n’est pas facile. Ma femme m’a supporté jusqu’aujourd’hui. Je lui tire le chapeau.
• Sur l’ensemble de ta vie de la nuit, c’est quoi ton meilleur souvenir ?
- C’est le jour où le Président Houphouët Boigny est venu dans la boîte et dans ma cabine. Ce jour-là, je me croyais dans un rêve. Il était arrêté près de moi et je parlais. Mais je n’ai pas réussi à le faire danser. Parce que lorsque je vais dans les boîtes aujourd’hui, les jeunes se plaisent à dire que je suis le seul DJ qui ait réussi à faire danser Houphouët Boigny. Je rectifie, je n’ai pas fait danser le président Houphouët. C’était un sage il ne danse pas comme ça.
•…
- Mais, il y a eu aussi un monsieur, Roger Fulgence Kassy ! C’était mon frère. Mon garçon porte son nom (RoFULKA). Je l’ai connu quand il est venu à Bouaké. Mon attachement à lui avait un sens. Ful m’a sorti de la drogue ! Il a entendu parler de moi et il a fait le déplacement jusqu’à Bouaké pour me voir. A cette époque, je «touchais» un peu la chose. Je suis allé dans les toilettes pour ma dose et Ful y est allé après moi. Il est ressorti en flèche et m’a trouvé dans la cabine. «Si tu n’arrêtes pas ce que tu fais, ne t’avise plus de m’approcher», m’a-t-il lancé ! J’ai eu la plus grosse honte de ma vie. C’est comme ça que nous sommes devenus amis et je lui ai demandé de permettre que je donne son nom à mon fils qui allait naître (ma femme était enceinte). Quelques années après, il m’a encore fait une de ces surprises… Il a enregistré et monté son émission RFK Show qui passait les samedis midi, et s’est arrangé pour arriver à Bouaké samedi avant midi. Nous avons regardé l’émission ensemble. Et c’est là que je découvre qu’il l’a entièrement dédiée à mon fils (son homonyme) dont c’était l’anniversaire. Pour cet anniversaire, je n’ai rien déboursé. Ful a tout offert : boisson, nourriture…. Et en guise de cadeau, il lui a offert une télé. Cela m’a beaucoup fait plaisir.
Par Claude Kipré
claudekipre@topvisages.net
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