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05/07/2012(09h00)
• Comment vont les activités de Martika Production ?
- ça va. Deux ans après la crise, on essaie de reprendre. Mais cela ne signifie pas qu’on baisse les bras. Teenager a commencé en termes de production avant la période électorale. On a fait deux ans et demi de tournage car les acteurs étaient des jeunes scolarisés dont la priorité est l’école. Teenager étant une alternative à l’école, les tournages se faisaient les week-ends et quelques fois pendant les vacances. Le jeune élève devait d’abord gérer ses cours avant de donner du temps au film. Il fallait que les tournages soient un loisir pour lui.
• Finalement, qu’elle idée se cachait derrière Teenager ?
- C’était de produire une série pour ados. Dans les grandes télévisions, il y a des programmes pour toutes les cibles. C’est ce que nous essayons de faire à Martika Production. Après avoir produit pendant 15 ans des émissions de débats, des documentaires et des talk-shows, on a essayé autre chose en entrant dans l’univers des séries télé. Ce qui était appréhendable tout de suite, c’était les années collège. En ce temps-là, on ne s’y connaissait pas encore en série télé. Class’A s’appelait au départ Le fric, c’est chic, le titre d’une chanson. Class’A, c’est les 18-25 ans. Or il y a une autre cible derrière : c’est les 10-17 ans qui se disent que Class’A est la série de leurs aînés. par ailleurs, on a constaté que les séries ados venaient toujours d’Europe ou d’Amérique. On a donc décidé de faire quelque chose pour cette cible en produisant Teenager.
• Quel statut donnes-tu à ces enfants ? Comment et combien sont-ils payés ?
- Ce sont des acteurs. Il y a un contrat sur la notion de confidentialité. Ce que je peux dire à la limite, c’est que ce ne sont pas des choix professionnels quand les acteurs tournent dans mes programmes de sorte à dire que leur avenir passe par Class’A ou Teenager.
A Teenager, ce sont des enfants. Tout ce qu’on leur a payé a été viré dans des comptes bancaires bloqués, ouverts par leurs parents. Ils ne pourront toucher l’argent qu’à 21 ans. Le montant a fait l’objet d’un accord entre les parents et Martika Production.
• Est-ce qu’ils vont continuer avec Martika Production ?
- Chacun a au moins tourné une saison. ça peut changer car je n’ai pas un engagement à vie avec chacun d’eux. Je ne vais pas servir les mêmes visages en saison 2. Ce ne sont plus les mêmes histoires. A la saison 1, c’était sous-titré Incursion dans le monde des ados, c’est-à-dire école-maison. La saison 2, ce sera l’espace entre la maison et l’école.
• Pourquoi certains producteurs n’arrivent-ils pas à continuer après un premier film ?
Ce n’est pas parce que l’idée n’y était pas qu’ils n’ont pas continué. L’environnement en Côte d‘Ivoire n’est pas encore à un niveau où les partenaires arrivent à temps pour rendre plus forts les créatifs. Quelquefois, les partenaires font des promesses qui n’aboutissent pas. Malheureusement, ils sont majoritaires. Du coup, le producteur se re-trouve souvent dans une situation catastrophique après son film.
• Comment arrives-tu à tenir, toi ?
- Je ne suis pas le seul à tenir. Beaucoup d’autres tiennent. En fait, je ne suis pas un producteur à Martika. Le producteur c’est Martika Production. L’entreprise a un esprit plus fort que l’individu. Beaucoup de gens connaissent Martika Production mais pas ma personne. Et c’est mieux ainsi. Par exemple, la RTI fait confiance à Martika Production. Ce n’est pas une affaire de Jean Hubert Nankam.
• En te faisant des facilités et des faveurs…
- Mais la facilité, c’est le parcours ! Quand une télévision voit que vous avez produit plusieurs programmes de façon régulière pendant plus de 5 ans et que vous lui demandez un accord de diffusion, elle vous le donne. Ce qui fait la différence avec les autres producteurs est que je ne présente pas un programme à la RTI si je n’ai pas commencé à le faire.
• Comment Martika arrive-t-elle à s’entendre avec la RTI alors que les autres producteurs se plaignent de ses méthodes parfois contraignantes ?
- Je collabore avec la RTI depuis 1994 avec chaque fois de nouveaux programmes. Quand on arrive à ce niveau de production, il y a un à priori positif. Je ne sais pas ce qui se passe avec les autres producteurs : comment ont-ils présenté leurs programmes ? Quelle était la qualité de ce qu’ils ont présenté ? Je n’en sais rien. Seulement je dis ceci : autant on se plaint de la RTI, autant sans être la RTI et me mettant à sa place, je reconnais qu’elle a aussi quelques difficultés face à des producteurs qui viennent à elle sans des programmes conséquents, des programmes qui peuvent faire l’objet d’une saison complète…
• On a souvent l’impression que la RTI a des exigences financières face auxquelles certains producteurs sont contraints à l’abandon de leur projet…
- La RTI ne m’a pas encore exigé de l’argent. Mais on discute quand j’ai un programme. La production doit se faire de façon modeste. Quelqu’un qui n’a pas encore produit mais quand il est en train de faire le casting formation, on l’entend déjà en ville. Il annonce déjà le succès de son projet, il roule les mécaniques. Quand ils vont à la RTI, on a l’impression que tout ce qu’ils ont conçu a été fait à base d’une commande de cette télévision. Ce qui n’est pas du tout le cas. En règle générale, on présente sa production à la RTI qui a la liberté de dire oui ou non. Qu’elle accepte ou refuse, cela ne la rend pas responsable de l’échec d’un producteur. Une télé mérite qu’on lui présente un produit qui soit un plus. A la limite, amener un programme à la RTI de telle sorte qu’elle dise : «waouah, il nous le faut ce programme.» Malheureusement, Il y a des programmes qui sont les copies des autres.
• Pourquoi d’un programme tu sautes à un autre ?
- Un programme a une durée de vie qu’il faut respecter. Sauf si c’est une grande émission dans une grande chaîne internationale avec de grands moyens. il y a des émissions qui durent 20 ans. “Challenge”, ma première production était une émission économico-politique qui recevait des institutionnels comme les Premiers Ministres, les ministres et autres. On l’a produite pendant 7 ans. Pour “Différences”, l’idée était d’amener les jeunes à faire des débats entre eux. Ça a duré aussi 7 ans. “Echanges”, c’était des cadres d’entreprises qui venaient donner leur point de vue d’autant plus qu’ils étaient eux-mêmes animateurs de leurs plateaux.
• A quand un long-métrage signé Martika Production ?
- J’y pense sérieusement. J’ai besoin d’un long-métrage dans mon parcours. Tu touches-là un point intéressant car Martika en tant que société doit avoir une palette de productions. Pour le long-métrage, je suis à la recherche d’un scénario. On a des histoires simples, bien écrites, bien racontées et le tout dans l’émotion, montrant une Afrique qui émerge et qui sera au rendez-vous demain. C’est dans ce sens que je veux faire un long-métrage.
• Vas-tu au cinéma ?
- Quand j’étais à Paris, j’allais souvent au cinéma. Mais en Côte d’Ivoire, c’est un peu difficile.
• Qu’est-ce que tu regardes à la télé en dehors de tes productions ?
- Je ne suis pas trop télé. Mais quand j’ai un bout de temps libre, je suis National Geographic, Planète, les grandes émissions de débats qu’on peut trouver dans toutes les chaînes, LC2, Canal2 au Cameroun et les chaînes françaises. En général, je reste devant la télé au-delà de 10 minutes quand il y a quelque chose à apprendre. C’est pourquoi, je regarde beaucoup de documentaires sur l’histoire. Les émissions scientifiques m’intéressent aussi mais la variété, non.
• Est-ce à dire que tu n’écoutes pas la musique ?
- Si. J’écoute la salsa, le rnb, la country quand j’étais plus jeune et cela à cause de l’influence de mes aînés, la kompa ou le funana (la musique du Cap-Vert). Il faut ajouter aussi que j’écoute beaucoup la musique camerounaise. Un Camerounais qui n’écoute pas son Makossa, son Mangabeu ou son Bikutsi est un Camerounais bizarre. Je dois dire qu’on a ces fondamentaux. Tout part de là et après, ça arrive sur Richard Bona.
• Et en Côte d’Ivoire ?
- Je vais citer Meiway, Axel Govinda que je n’entends plus. Je ne vais pratiquement plus en boîte. Dans le milieu couper-décaler, celui qui m’a vraiment capté, C’est Arafat DJ mais pour le style Kpango. Il y a du génie dans la gestuelle de Kpango. J’apprécie plus le danseur pour ce qu’il apporte sur le plan de la chorégraphie. La Côte d’Ivoire est le pays où il y a beaucoup de créativité. C’est le pays où l’on peut trouver des gens qui peuvent vite devenir acteurs en 2 ou 3 mois.
• Es-tu football comme tout bon Camerounais ?
- Oui !!! football, Quand la compétition arrive aux quarts de finale. Sinon, mon sport préféré, c’est le basket-ball que j’ai pratiqué, le tennis parce que je suis un passionné de Roland Garros. Il y a aussi le pingpong, le tennis de table que je pratiquais quand j’étais gamin.
• Vie de famille ?
- Célibataire depuis 3 ans après 8 ans de vie commune qui n’a pas marché. C’est pourquoi je travaille autant. J’étais marié et j’ai deux enfants de 30 et 20 ans. Je suis aussi grand-père. Mes enfants vivent en France.
• Ton plat préféré ?
En dehors des plats camerounais, c’est le tchep et le yassa car la mère de mes enfants était sénégalaise. En Côte d’Ivoire, c’est le fameux attiéké-poisson-alloco mais l’alloco à la camerounaise et le poisson à l’ivoirienne.
Par Omar Abdel Kader
kadertani@topvisages.net
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