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  BABULAX LEE  
  “Ma solution pour sauver le couper-décaler”  

Après avoir travaillé avec la reggaestar Alpha Blondy ainsi que Ismaël Isaac, Soum Bill, M.A.M, et bien d’autres artistes de renom, le musicien-arrangeur et ingénieur de son, Babulax Lee, avait posé ses valises au Togo depuis 5 ans. Propriétaire d’un studio d’enregistrement à Lomé, il a réalisé les albums de Toofan, Les 109 Connexion, Nino Gnassingbé… Depuis quelques semaines, Babulax Lee est à Abidjan sur sollicitation de la maison Boss Playa. Dans cette entrevue, il parle de son expérience togolaise, du couper-décaler et de l’ascension de la musique nigériane.

 

09/09/2012(13h00)

• Babulax, c’est le retour au pays ?

- Oui, je suis à Abidjan sur sollicitation de la Maison Boss Playa pour travailler sur certains de ses projets artistiques. J’étais hors de la Côte d’Ivoire depuis 2007 pour un contrat professionnel au Togo. J’avais aussi des deals au Benin et au Nigéria.

• Tu reviens après 5 ans passés au Togo. Quel était le but de ta mission dans ce pays ?

- J’étais allé monter un studio d’enregistrement. Parallèlement, je m’occupais de la carrière de certains artistes dont Nono Gnassingbé, l’un des fils de Feu le Président Eyadema.

• Qu’est-ce que ce séjour t’a apporté sur le plan humain et professionnel ?

- Je me suis fait beaucoup de relations. J’ai aussi partagé mes connaissances avec des arrangeurs et d’autres stars locales telles que le groupe Toofan, Masta Joss, Korones, Ilan Touré, Solar (ivoiro-togolaise), Terra Belle…

• Ton avis sur les Toofan…

- Oh, ce sont mes enfants, les Toofan. J’ai participé un peu à l’explosion de ce groupe. Ils m’ont contacté pour élargir leur musique et la faire sortir des frontières du Togo. J’ai apporté ma petite contribution à ce groupe et aujourd’hui, ces jeunes gens tournent beaucoup. Et je suis même leur ingénieur de son pendant leurs tournées. J’étais avec eux le 12 août dernier lors d’un concert au Stade de Lomé. Il y a eu plus de 20 000 mille personnes.

• Y a-t-il d’autres groupes à part les Toofan qui émergent au Togo ?

- Au Togo, il y a un autre groupe qu’on appelle Les 109 Connexion. Cette formation bouge beaucoup au au plan local. C’est elle qui a créé la danse, ‘’Le koulkatché’’. Le leader de ce groupe est le grand-frère de Barabass, le deuxième de Toofan. Les Toofan ne sont que les ambassadeurs de cette danse. Les 109 Connexion sont N°1 au Togo. Ils sont à leur deuxième album (‘’je vais péter les plombs’’) qui cartonne là-bas.

• De plus en plus la musique nigériane prend le pas sur le Couper-Décaler. Qu’en penses-tu ?

- Bon, les jeunes ivoiriens avaient le marché en main. Le couper-décaler était bien parti. Mais ces artistes ne composent pas. Il y a trop de concepts. Chaque jour que Dieu fait, il y a au moins trois concepts qui se créent. Cela fait que les gens ne se retrouvent plus. Il y a une bonne musique qui les accompagne et c’est tout. Ils crient trop au lieu de chanter. Les Nigérians ont compris la chose. Ils ont récupéré notre couper-décaler, ils ont cassé le tempo. Ils écrivent des textes et créent de belles mélodies sur lesquelles ils chantent. C’est le couper-décaler ralenti qui devient aujourd’hui la musique nigériane. C’est le couper-décaler avec un tempo plus cadencé. C’est la même musique, sauf qu’ils chantent en Ibo, en Yoruba ou en anglais. Le monde entier les réclame aujourd’hui. Quand je vois P. Square qui signe de gros contrats aux USA, c’est parce qu’ils ont travaillé dur. Ce qui fait qu’ils sont basés aujourd’hui aux USA. Ils ont des featurings avec Akon et Rick Ross.

• Le couper-décaler est en train de prendre du plomb dans l’aile, alors ?

- Si nos jeunes artistes ne travaillent pas dur, le couper-décaler risque de chuter. Regardez, la musique togolaise est en train de prendre de l’envol. Lorsque vous écoutez aujourd’hui les Toofan, c’est la musique ivoirienne. Ils ont compris. Ils travaillent dur et apprennent à chanter.

• Quelle stratégie mettre en place pour sauver la situation?

- Bon, il n’y a pas longtemps la musique ivoirienne était bien structurée. On va repartir à la case départ et réorganiser cette musique. C’est notre rôle d’aider nos jeunes frères. Si je suis respecté au Togo, Benin, Nigéria, etc. c’est à cause de la musique ivoirienne. Je vais participer à la réorganisation de notre musique avec les Henri Kattier, Claude Bassolé et bien d’autres.

• Les faiseurs de couper-décaler sont interpellés…

- Oui et tout ce que je leur demande, c’est d’écrire des textes. Ils ont de bons concepts, mais je leur recommande de chanter des textes et des thèmes. S’il y a des mélodies, des chants, suivis d’animation, ces jeunes vont exploser. A l’extérieur, les autres ont compris. Ils chantent et c’est au milieu qu’ils mettent des animations.

• Donc, les faiseurs de couper-décaler font du bruit jusque là…

- Ce n’est pas ça le problème. Malgré le bruit, il y en a qui sortent du lot comme Arafat. Ça plaît bien aux profanes. Mais pour nous en tant que professionnels, il manque des mélodies et ça me fait mal.

• Et c’est là que vous les musiciens, devriez les aider, non?

- Bien sûr. Et je demande aux artistes couper-décaler, d’approcher les instrumentistes, les compositeurs pour leur composer de belles mélodies et de belles chansons. Cela va les aider à chanter juste dans la gamme. Leur animation est bonne. Mais ils doivent trouver deux à trois phrases mélodieuses pour chanter dessus. Je pense que ça va cartonner. Je tire le chapeau à Bébi Philippe. Ce jeune artiste a su créer un rythme plus Dance, sur fond de couper-décaler.

• N’y a-t-il pas un manque d’organisation aussi ?

- S’ils suivent les conseils, ils seront bien organisés. Ce que je demande, c’est qu’ils travaillent en équipe avec un orchestre. Je pense que ça va leur profiter.

• L’arrangeur, David Tayorault se plaignait qu’on n’investit plus sur nos artistes. Partages-tu son avis ?

- Tout à fait. A l’époque, Claude Bassolé, Henri Kattier, Constant Anangonou et autres mettaient des millions dans la production d’un artiste. Mais il y a la piraterie qui freine les producteurs. Aujourd’hui, les gens arrivent et ils font un single. cela a découragé les investisseurs. Ils ont constaté que l’argent ne rentre plus. S’ils doivent investir sur un artiste, les producteurs réfléchissent plusieurs fois avant de s’engager.

• Conséquence, c’est la mode des singles moins chers…

- Malheureusement, on ne peut pas vendre avec les singles. C’est juste en principe pour tester le marché du disque et tu prépares un album ensuite. J’ai remarqué que ces jeunes le font et puis ils s’arrêtent là. Je ne vois plus trop d’albums, à part les chrétiens et les Zouglou.

• Que pensent les mélomanes nigérians de la musique ivoirienne ?

La musique ivoirienne est bien écoutée au Nigéria. Dans tous les endroits chauds du Nigéria, il y a des chansons ivoiriennes qui passent. Ils ne comprennent pas, mais ils dansent sur le rythme. Peut-être que c’est à partir de là qu’ils se sont inspirés de notre musique. Il y a aussi de grosses productions qui financent les artistes chez eux.

• Ce qui n’est plus le cas en Côte d’Ivoire…

- Oui, parce qu’il y a la piraterie et un problème d’organisation. Ce qui fait que les investisseurs ivoiriens se sont retirés.

• Vas-tu reprendre ta collaboration avec Alpha Blondy ?

- Je suis là et si Jagger se sent inspiré sur une chanson et qu’il me fait appel, je répondrai présent. Alpha Blondy sait comment lui et moi on travaille.

• Tu bosses aussi avec la structure Boss Playa…

- Boss Playa de Tony Adams m’a fait appel pour qu’on puisse travailler ensemble. Je suis dans cette structure en tant que monteur audio, créateur d’identité sonore pour les sociétés. Mais également pour faire des featurings avec certaines grosses têtes de la musique américaine. Tony Adams a aussi une autre maison Boss Playa à Miami (USA). Il est toujours en contact avec des artistes comme Akon.

• Donc, tu seras en retrait par rapport aux arrangements ?

- Pas vraiment, mais je suis arrivé à un niveau où je suis très exigeant. Celui qui vient me voir, je vais lui apprendre à chanter d’abord avant d’aller plus loin.

• Tu as travaillé aussi avec Claudy Siar…

- Oui ! Lorsque j’ai réalisé ‘’Bablee sous les cocotiers’’, en 2002, Claudy Siar a aimé. Il a même pris cette chanson pour le jungle de son émission ‘’Couleurs tropicales’’. Ensuite, il a mis ce titre sur une de ses compilations qui est sortie en France. C’est à partir de là que Claudy Siar m’a approché pour une tournée avec lui dans plusieurs cen-tres culturels français. Au cours de cette tournée, j’ai tenu en haleine le public pendant près de 15 à 20 mn chaque fois avec ma chanson qu’il connaissait déjà à cause de l’émission.

• Cela ne t’a-t-il pas donné l’idée de faire un concert ?

- J’y pense. Je vais faire un jour un One man show au Palais de la culture avec des instrumentaux. Je serai sur scène avec un batteur. Ce genre de concert live se fait en Europe et aux USA. David Guetta le fait très bien. Je peux le faire aussi et tenir des heures entières le public debout avec des musiques instrumentales. Les chanteurs ce jour-là seront le public.

 

Par Patrick Bouyé
patbouye@topvisages.net

 
   
     


Hebdo N° 1001
 

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