
13/12/2008 (09h00)
• Ça fait plaisir de te revoir, Coumba !
- Moi aussi. Et je suis également ravie d’être ici.
• Tu viens de participer à un concert qui était également un hommage à Myriam Makeba. Comment as-tu appris la mort de cette femme qui fut ton idole ?
- J’ai appris sa mort sur une chaîne internationale, alors que j’étais à la maison. J’étais profondément touchée. J’ai été également très surprise, car notre dernière rencontre remonte à un an. C’était lors de son dernier séjour au Sénégal. On avait beaucoup échangé. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’elle m’avait appris la chanson Malaïka.
• Comment vois-tu désormais l’avenir sans elle ?
- Je vois l’avenir prometteur, rempli de belles surprises. C’est triste de ne plus la voir à mes côtés. Mais l’avenir est toujours prometteur. Je pense que ce qu’elle aurait voulu, c’est que ses proches continuent de vivre heureux.
• Si tu devais lui adresser un mot là où elle se trouve, ce serait quoi ?
- Qu’elle se repose bien. Elle a besoin de reposer en paix. Je crois qu’elle a laissé une belle image derrière elle dans le monde et dont elle peut être fière.
• Parlons de toi. Ta musique est-elle une façon de perpétuer la tradition de tes ancêtres ?
- Absolument. Vous savez, la musique est vaste. Et je pense que le meilleur moyen de communiquer, de véhiculer des messages, c’est à travers la musique. Et moi, j’ai eu la chance d’appartenir à une famille d’artistes. Et c’est un plaisir pour moi de continuer à lancer le message de mes grands-parents. (…). Je suis l’aînée d’une famille composée de deux filles et quatre garçons. Nous sommes six.
• Et que penses-tu de ton parcours, depuis tes débuts jusqu’à maintenant ?
- Quand je pense à mon parcours, je rends grâce à Dieu. Je le remercie d’avoir fait de moi ce que je suis, de m’avoir épaulée et de m’avoir permis d’arriver là où je suis aujourd’hui. Je pense que je suis contente de mon parcours. C’est très difficile de s’en sortir dans la musique au Sénégal. Mais je dirai que c’est partout pareil en Afrique. Parce que j’ai un regard global là-dessus. Je trouve qu’en Afrique, on n’accorde pas de valeur à l’art. Ce qui est très dommage. Il y a beaucoup de femmes artistes au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou ailleurs qui ont des difficultés à s’en sortir. Mais je pense qu’en y croyant, en se battant tous les jours, on peut parvenir à s’en sortir.
• L’idée de faire un featuring avec une artiste ivoirienne te tente souvent ?
- J’aime beaucoup tantie Aïcha. D’ailleurs, je l’appelle tantie, parce que c’est ma tante (en guise de respect, ndlr). Je trouve que c’est une très belle femme, très douce, très sensuelle. C’est une grande diva qui a réussi vraiment, et c’est l’une des rares chanteuses ivoiriennes, à faire sa carrière en restant au pays. Et ça, c’est tout à fait à son honneur. J’aimerais beaucoup faire quelque chose avec elle. On n’en a pas parlé, mais je suis sûre que le jour où j’émettrai l’idée, elle en sera vraiment ravie. C’est ma tante et c’est mon amie.
• O.K. En tant qu’ambassadrice de bonne volonté du PNUD, quelle est ta récente action ?
- C’est la reconstruction d’une école à Tivaouane, ma ville natale qui se trouve à une heure de Dakar. Pour une valeur de 150 millions, en partenariat avec la Coopération française du Sénégal. Pour vous dire que dans mes objectifs, il y a aussi le soutien à l’éducation. Parce que je pense que tout passe par l’éducation. Une nation doit éduquer ses enfant afin d’avoir des hommes responsables demain. La reconstruction de cette école est notre plus belle action. Elle sera livrée en Février prochain.
• En le faisant, que gagnes-tu en retour ?
- Je le fais avec du plaisir et beaucoup de joie. J’aime beaucoup les enfants, j’aime les soutenir et je pense qu’on a besoin de l’implication de personnes comme nous pour véhiculer les messages sur les OMD (Objectifs du millénaire pour le développement, ndlr). Je n’attends rien en retour. Si ce n’est la satisfaction d’avoir contribué à faire avancer les choses.
• Malgré ces bonnes actions, l’Afrique n’avance toujours pas. Et la misère gagne chaque jour du terrain…
- Oui et cela m’attriste beaucoup. C’est vrai que l’Afrique, par rapport aux autres contients, dame le pion sur ce point-là. Parce que tout simplement, je pense qu’il n’existe pas de plans de gestion dans nos pays. Il n’y a pas de chronogrammes établis sur plusieurs années, par rapport aux actions à mener. Donc, il n’y a pas suffisamment de planification. Et maintenant que la crise sévit dans le monde, c’est plus difficile encore. L’Afrique gagnerait à mieux s’organiser et nos dirigeants à être beaucoup plus démocrates.
• Es-tu optimiste quant à l’avenir de ce continent ?
- Moi, je suis optimiste. Tous les jours que je me réveille. Même si les malheurs de la terre s’abattaient sur moi, je ne suis jamais du genre à baisser les bras et à pleurer. Je me dis toujours : il faut se relever ! Demain sera un autre jour.
• Quand même, il t’arrive parfois d’avoir des doutes, non ?
- D’abord, le doute c’est très bien ! On est des êtres humains, et heureusement qu’on a des moments de doute. C’est le doute qui nous rend forts. Et celui qui ne doute jamais n’est pas normal. Parce que le doute nous amène à nous remettre en question, à nous corriger, à nous améliorer, à nous surpasser. Seulement, il ne faut pas rester éternellement dans le doute. Il faut avoir quelques moments de doute. Et essayer de se battre pour s’en sortir.
• Alors, toi qui luttes aussi en faveur du bien-être de la femme, que penses-tu de la polygamie ?
- Ecoutez, la polygamie, c’est une religion… La polygamie va au-delà d’une simple coutume. C’est une religion pour ceux qui y sont. Si vous regardez bien, ce n’est pas seulement en Afrique que ça existe. Même en Europe, les Blancs vivent la polygamie.
• Etonnant !
- Bien sûr ! Seulement, ils sont moins francs que nous. Nous, on est francs, on est sincères. On affiche notre polygamie. Alors que les blancs ont une femme et une maîtresse. Et ça, c’est une autre forme de polygamie. Tu n’es pas d’accord avec moi ?
•…
- Avoir une femme et une maîtresse, c’est une sorte de polygamie. Même la religion (musulmane, ndlr) l’a dit : épouse une autre femme si tu veux. Mais pourvu que tu les aimes de la même façon…
• Personnellement, tu te verrais bien partager ton mari avec une autre ?
- Moi, en tant que femme, je ne suis pas très partisane de ce principe. Parce qu’aucune femme n’aimerait partager son homme. C’est vraiment douloureux. Moi, je n’aimerais pas. Mais en tant que musulmane, je ne juge pas ma religion. Je ne juge pas non plus les hommes qui le font, ni les femmes qui l’acceptent.
• Tu veux dire que si tu te maries, tu aimerais avoir ton mari rien que pour toi seule ?
- Ce serait mon souhait. Pour le moment, je ne sais pas si le destin va en décider autrement. Donc, pour l’instant, je ne peux rien confirmer.
• O.K. Que prévois-tu pour ton anniversaire (le 29 janvier prochain) ?
- (Elle rit). Je ne sais pas encore. Plein de choses, mais je ne sais pas encore. En revanche, j’aime qu’on me fasse des cadeaux, moi. C’est une marque d’attention.
• Qu’aimes-tu recevoir comme cadeau ?
- Un cadeau, quelle que soit sa valeur est très important. Déjà, le geste a une valeur inestimable. Donc, juste le geste me suffira. Mais j’aime beaucoup les fleurs… Les parfums aussi.
• Des projets pour 2009 ?
- Je prépare une tournée en Afrique. On est en train de travailler également sur mon prochain disque international. Et puis, nous travaillons aussi pour la réalisation d’autres projets dont je vous parlerai le moment venu.
• Des vœux ?
- Je souhaite la paix dans toute l’Afrique : à tous les Sénégalais, aux Ivoiriens qui m’ont reçue sur leur terre. J’aime beaucoup la Côte d’Ivoire. Quand je viens ici, j’ai le cœur rempli de bonheur. Parce que tout est là pour qu’on soit heureux. Il y a la verdure à tout bout de champ. C’est déjà magnifique ! Il est reconnu que les plantes procurent du bonheur, de la joie et de la gaieté. Je remercie les Ivoiriens de m’avoir considérées comme leur fille. Et c’est un plaisir pour moi à chaque fois que je viens ici. Bonne et heureuse année 2009 à tous ! Et surtout beaucoup de bonheur dans tous les foyers.
• Quand va-t-on te revoir ?
- Mais c’est très bientôt ! Désormais, j’habite dans ce pays. Je viens très souvent. Car, je me sens chez moi, ici.