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  TITI CAMARA, Ministre des Sports Guinéen, ancien international  
  “Il nous manque de grandes équipes”  

Ancien international de football, ancien capitaine et ancien entraineur du Sily National, Titi Camara dirige aujourd’hui, le ministère des sports de la Guinée-Conakry. Le 17 juin dernier, Monsieur le ministre a remis les crampons pour participer au jubilé d’Abdoulaye Traoré au stade Félix Houphouët-Boigny. Dans les loges du Félicia, il a accepté de parler de son projet pour le sport guinéen et donne son point de vue sur le football africain.

 

12/07/2012(09h00)

• Bonjour M. le ministre ! Qu’est-ce que ça vous fait de participer au jubilé d’Abdoulaye Traoré dit Ben Badi ?

- C’est un honneur pour moi de participer au jubilé d’Abdoulaye Traoré surtout pour ce qu’il a pu apporter au football ivoirien et africain en général, en participant à plusieurs coupes d’Afrique des nations. Il fait partie de nos aînés et nous les jeunes Guinéens, avons découvert Abdoulaye Traoré et sa génération à la CAN’86. Et la consécration est arrivée en 92 au Sénégal quand les Eléphants ont remporté la Coupe d’Afrique des nations. C’était une génération dorée qui a écrit les plus belles pages du football ivoirien. Même si Abdoulaye n’a pas réussi dans l’Hexagone, tout le monde sait ce qu’il a apporté à l’épanouissement du football ivoirien surtout africain. C’était donc nécessaire que je sois là pour l’honorer et aussi lui transmettre la reconnaissance et les remerciements du gouvernement et du peuple guinéens avec à sa tête, le professeur Alpha Condé. C’est une nouvelle vie qui commence pour lui et on lui souhaite bonne chance. Après une carrière footballistique comme celle qu’il a eue, ce n’est pas évident de rentrer dans la vie active. Le public a répondu présent à la fête. Je crois que c’est important que les générations de maintenant ou du futur prennent l’exemple sur les anciens qui ont mouillé le maillot.

• Qu’en est-il de la qualité du joueur, Abdoulaye Traoré ?

- Je crois qu’il était le plus doué de sa génération. Il n’a laissé à la postérité que de bons souvenirs. C’est pour cela que ça a été un plaisir pour moi d’être parmi ses invités.

• Et vous, ce n’est pas encore la fin de la partie surtout que vous portez le costume de ministre des sports ?

- Oui, je porte le costume de ministre grâce à un Président de la République qui a vécu 40 ans dans l’opposition. Il a pensé que pour sauver le sport en général, il faut y mettre un ancien athlète, comme ça se fait dans certains pays. Si j’arrive à bien accomplir cette mission délicate, je souhaiterais que d’autres chefs d’Etat emboîtent le pas au professeur Alpha Condé. On a vécu longtemps dans ce milieu et nous connaissons tous ce qui est marketing, logistique… Mais l’administration, c’est un autre milieu. On peut apprendre à tout moment et pour le moment, ça se passe bien. C’est certain qu’il y a des difficultés et je pense que quand la guinée atteindra le point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvre très endetté), cela nous soulagera. On aura plus de moyens pour mettre les infrastructures en place. Le peuple de Guinée souhaite organiser la coupe d’Afrique des nations en 2019. Ce sera l’opportunité pour notre peuple de rentrer dans l’histoire sur le plan sportif. En organisant la coupe d’Afrique, cela va créer des emplois pour beaucoup de jeunes.

• Est-cela l’objectif fixé par votre ministère ?

- Tout à fait. On a déjà déposé la lettre de garantie du gouvernement. Nous attendons maintenant le point d’achèvement du PPTE et après on va commencer les travaux. On a signé un partenariat avec le ministère des sports français. Qui va nous aider à monter le cahier de charges. Vous savez, la Guinée est membre fondatrice de la confédération africaine de football (CAF). C’est à son tour d’organiser la phase finale de la plus grande compétition sportive en Afrique. Nous avons huit ans devant nous. Nous allons nous préparer à relever ce défit.

• Le constat est qu’après votre génération, ça ne décolle plus trop en Guinée côté football.

- Oui, c’est vrai que depuis Afia 77 et le Horèya qui a gagné une coupe des coupes en 98, la Guinée n’a plus gagné un trophée continental. Nous espérons qu’avec la nouvelle génération et surtout avec ce que les jeunes ont montré pendant la 28è édition de la CAN, la Guinée va montrer un autre visage. Nous souhaitons que cette équipe soit soudée et qu’on puisse conserver ce noyau-là pour l’avenir. J’espère que cet avenir ne soit pas lointain. Aujourd’hui, notre équipe nationale se repose sur des bi-nationaux qui évoluent en Europe. Ce n’est pas la même mentalité que les jeunes qui sont nés en Afrique. Ce qui pose souvent un problème mais nous essayons autant que faire se peut d’avoir l’osmose entre eux. Il faut leur signifier qu’il est vraiment important de jouer pour la patrie et surtout quand on a la chance de porter le Rouge Jaune Vert. Ce qui n’est pas donné à tout le monde.

• Un mot sur le niveau du football africain. On a l’impression qu’il baisse…

- Non, il ne baisse pas. C’est vrai qu’à la dernière CAN au Gabon et en Guinée-Equatoriale, de grandes nations de football comme le Nigéria, le Cameroun, et l’Egypte étaient absentes mais le football africain a beaucoup évolué. Quand on voit l’organisation des coupes d’Afrique des nations, cela prouve que notre football va de l’avant. Ce qui manque, c’est de grandes équipes, la cohésion des équipes qui peuvent dominer pendant des décennies comme certains pays le font à l’image de l’Espagne actuellement en Europe. En Afrique, il y a l’Egypte qui a été certes absente à la dernière CAN mais c’est une grande nation de football qui va revenir. Il y a le grand Nigéria aussi qui a perdu une belle génération comme les Okocha, et la Côte d’Ivoire qui n’arrive pas à gagner cette coupe malgré cette constellation de talents et de stars que représentent la génération actuelle des Eléphants. Il y a également le Sénégal qui a des individualités… Ce qui manque au football africain, c’est l’ambition, la logistique et surtout la discipline. Quand on voit avec le recule tout ce que l’Egypte arrive à faire avec l’équipe nationale composée essentiellement de joueurs locaux. je pense que certains pays peuvent aussi le faire.

• N’y a-t-il pas un problème de moyen également ?

- Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème de moyen pour les joueurs car la plupart d’entre eux évoluent en Europe.

• Comme ceux qui évoluent dans les championnats locaux ne sont pas aussi bien traités que leurs camarades des championnats européens, alors, tout le monde fuit vers là-bas

- De toutes les façons, l’avenir, c’est l’Europe. Il faut qu’on se dise la vérité. L’avenir du football mondial, ce n’est pas encore en Asie ni en Amérique du sud, c’est en Europe. L’Europe a pu garder ses valeurs et en mettant plus de moyens aux clubs et aux championnats, ils ont le résultat. Quand on prend le spectacle dans les championnats anglais, espagnols ou allemands, cela prouve que ces pays-là sont vraiment en avance. Même en Europe, les pays de l’Ouest aussi sont en avance par rapport à ceux de l’Est. Ces pays ont su vraiment prendre à temps les devants et c’est pour cela que ça fait des siècles que l’Europe domine le football mondial.

Par Omar Abdel Kader
kadertani@topvisages.net

 
   
     


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