
14/10/2012 (10h00)
• Que devient le Président du Parti Le Drômikan?
- Adama Dahico va bien. C’est vrai que ces dernier temps, je ne suis pas trop sur la place de l’humour en Côte d’Ivoire, mais sur le plan africain, je suis tout de même présent. Vous pouvez le vérifier dans les medias étrangers et aussi sur le net. Autrement dit, les nouvelles sont bonnes de mon côté. Je reviens au pays avec un trophée que je viens de remporter à Libreville au Gabon. J’ai aussi donné pas mal de spectacles à travers plusieurs capitales africaines, dont Ouaga, où j’ai présenté mon tout nouveau spectacle intitulé “Du CP1 à la CPI“.
• D’où sors-tu cet autre concept ?
- Je voulais devenir président de la République, on nous dit qu’il y a des règles. Donc (sur un ton d’humour), il faut se soumettre au “Choix du peuple Ivoirien “(CPI) et aussi faire acte de candidature «Candidat à la Présidentielle Ivoirienne» (CPI). On a remarqué aussi que beaucoup de candidats jouaient la «Comédie avec le Peuple Ivoirien» (CPI). Dans le même spectacle, il se trouve que je suis l’objet d’un mandat d’arrêt et qu’à tout moment je peux être transféré à la Cour pénale internationale (CPI), pour détournement d’électeurs pendant les élections et pour avoir également détourné des fonds de tontines d’une association de femmes pour payer les 20 millions de caution de ma candidature. (Rires). Vous voyez, je dois répondre bientôt de mes actes. C’est cette parodie que j’ai developpée lors de mes récentes tournées.
• Comment es-tu accueilli par le public dans tes différents spectacles ?
- Partout où je passe, les gens sont contents de me voir, parce qu’ils estiment que j’ai eu le courage d’affronter les grands de la politique de mon pays. Je suis très heureux de voir que les gens me portent encore dans leur cœur. On me voit désormais en tant qu’humoriste professionnel.
• On ne te voit plus faire des spectacles et passer à la télé. Qu’est-ce qui se passe ?
- Après la crise postélectorale, le président de la République a appelé tout le monde pour la réconciliation et la reconstruction du pays. Je me suis dit, je prends ma part de responsabilité en répondant à toutes les manifestations allant dans le sens de la paix. A ma grande surprise, on a demandé que mon image soit pour le moment occultée de la télé. Une des responsable de la RTI avait déclaré en son temps que «Adama Dahico n’a jamais été censuré. il fait partie des personnalités de ce pays et par conséquent, l’on ne doit pas utiliser son image à des fins commerciales». Quelques temps après, mon image passait sur le spot d’un spectacle à la télé, il a été retiré et on m’a fait comprendre encore que je suis au nombre des personnes qui doivent attendre pour le moment. J’ai compris tout de suite que je ne suis pas censuré mais je suis plutôt sanctionné. (Il rit). Si, (Il prend un air sérieux) Je n’ai pas d’espace pour m’adresser aux ivoiriens, il sera difficile pour eux de savoir ce que je deviens.
• Mais d’aucuns avancent que tu manques d’inspiration et que tu serais plutôt à court d’idées ?
- (Il éclate de rire et se reprend) Vous savez, l’inspiration, c’est Dieu qui la donne. J’ai créé le FIRA (Festival International de Rire d’Abidjan) ici en Côte d’Ivoire. Chaque année je produisais un nouveau spectacle au maquis le Drômikan. Durant des années, j’ai donné la joie au cœur des auditeurs de Fréquence 2 avec l’émission Allocodrôme animée par Tonton Bouba. Je suis également auteur de 3 livres.
• Humoriste, écrivain, chanteur, politicien, alors jusqu’où ira Adama Dahico ?
- Jusqu’où je me sentirai essoufflé. Je suis comédien de formation et comédien professionnel. Je le revendique. La musique, parce qu’elle n’est pas étrangère dans le métier de comédien. Car parler, c’est chanter. Homme politique, vous savez que depuis 1999 je fais de l’humour socio-politique, je suis même président d’un parti, celui du «Drômikan».
• N’as-tu pas peur d’avoir quelque peu, sacrifié ta carrière en voulant faire la politique ?
- (Il soupire) Vous croyez ? Moi je ne pense pas du tout. Je dirai même que mon passage à la politique a bien plus fait monter ma côte.
• Que retiens-tu de ton passage dans la politique ?
- Je retiens tout simplement que nous sommes dans une société où il y a beaucoup de méchancetés. Je retiens aussi que la démocratie, c’est la liberté de choix. Je fais le constat que nos populations pour leur bien- être, sont très exigeantes. On veut tout ici et maintenant. On manque de patience. En ce qui me concerne, je retiens que je suis en train de rentrer dans l’histoire, en tant que premier humoriste à se présenter à une élection présidentielle en Côte d’Ivoire.
• Des regrets quelque part…?
- Si je dis que je n’ai pas de regret c’est que je ne suis pas conscient d’un certain nombre de faits. Ce que je regrette le plus c’est que pendant l’euphorie des campagnes du 2ème tour, on a eu à tenir des propos un peu déplacés. Pour cela, je continue de demander pardon.
• Ton domicile a été pillé, ta voiture volée, tu as dû libérer les locaux de ton bureau d’Angré qui est même le siège de ton parti, pas vraiment de spectacle en Côte d’Ivoire… comment tu fais aujourd’hui pour joindre les deux bouts ?
- Je suis aussi une victime de la crise postélectorale, peut-être qu’avec l’aide de l’Etat promise aux victimes, nous allons être tous dédommagés hein ! Un artiste ne vit pas à 100% de ses spectacles, je vis aussi de mes relations.
• Avec tout ce que tu as vécu, tu tiens encore à la politique ?
- A partir du moment où vous êtes considéré comme un artiste révélé et engagé, tout ce que vous faites, c’est la politique.
• Serais-tu donc prêt à te présenter aux échéances électorales prochaines ?
- Adama Dahico vous dira tout simplement «venez me poser cette question 12 mois avant les élections»
(Rires).
• Adama Dahico semble un peu isolé aujourd’hui, serait-t-il un homme seul ?
- Moi un homme seul ? non je ne crois pas. Il y a des passages obligés dans la vie. Il faut savoir reculer pour mieux sauter. Ce qui m’arrive, je l’assume.
• Revenons à ta carrière d’humoriste. Quelle est ton actualité ?
- Là, je viens de finir le manuscrit de mon prochain livre. Il sort bientôt. Par ailleurs, si tout se passe bien, je serai bientôt en spectacle pour un One man show sur mon concept : “Du CP1 à la CPI “.
• Il y a actuellement en Côte d’Ivoire, une floraison de jeunes humoristes, dont Le Magnific, Joël, Agalawal, Ramatoulaye... quel jugement portes-tu sur cette nouvelle génération ?
- Aujourd’hui tous ceux qui racontent des blagues se disent aussi humoristes. Je dis non, ce sont des blagueurs. On peut tous aller sur le net, recenser des blagues et les adapter. Cela suffit-il pour dire qu’on est humoriste ? Vous constatez que ces derniers n’ont même pas de répertoire. Mais dans 2 à 3 ans, le public finira par se lasser. Si j’ai un conseil à leur donner, c’est de se remettre au travail, et proposer un travail artistique en travaillant sur des thèmes, trouver des sujets originaux. Un humoriste, c’est quelqu’un qui sait faire d’abord une chronique. Mais je ne dirai pas pour autant qu’ils manquent de talent.
• Serais-tu jaloux, d’autant qu’ils ont le vent en poupe. Ils sont en train de damer le pion aux anciens?
- (Il rigole) J’ai 24 ans de carrière, 7 ans passé à faire des sketchs à la radio. j’ai animé “Titrologue” durant des années à la télé. J’ai créé le concept Drômikan. Quand j’ai sorti mon premier album «Eh dja», ils étaient certainement à l’école primaire pour certains. On n’est pas de la même époque. S’ils sont à la page, tant mieux, c’est dans la durée que le public jugera.
• Que devient le Fira dont tu es le créateur ?
- J’ai un pincement au cœur de ne pas voir ce festival se dérouler depuis des années. J’avoue que j’en suis triste parce que ce festival a révélé plusieurs jeunes. Qui continuent aujourd’hui de faire les beaux jours de l’humour en Côte d’ivoire. Je n’ai plus les moyens de le faire aujourd’hui. Des gens ont aujourd’hui copié ce festival dans plusieurs capitales africaines.
• Comment tu vois ton avenir ?
- Une carrière, c’est comme un plan de développement. Mon souhait à l’avenir, c’est de sillonner les capitales africaines pour apprendre cet art à tous ces jeunes africains qui veulent faire de l’humour un métier.
• Tu travailles avec Mamane à travers la structure Gondwana city prod. de quoi s’agit il ?
- Nous bossons ensemble depuis un moment. Je suis avec Digbeu Cravate, Gohou Michel… Le spectacle que nous jouons ensemble s’intitule «Election au Gondwana». Nous avons fait la grande première à Kinshasa, nous avons des tournées africaines en vue dans plusieurs pays dont la Côte d’ivoire.
Par Inzah D. enzo@topvisages.net
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