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15/07/2012(09h00)
• Bonjour. Vous êtes à Abidjan dans le cadre de la 8è coupe du monde francophone de taekwondo. C’est plutôt surprenant, aviez-vous déjà pratiqué le taekwondo ?
- Oui, j’ai pratiqué le taekwondo, il y a 42 ans. J’ai d’ailleurs retrouvé les traces de ma première leçon de taekwondo au stade Houphouët-Boigny avec Maître Arsène Zirignon et le Général Ouassenan Koné. C’est un beau souvenir. Aujourd’hui, je suis membre de la fédération burkinabè de taekwondo. Nous sommes venus avec 7 combattants, des dames et des hommes pour la 8è coupe du monde francophone de taekwondo (Ndlr : les 16 et 17 juin 2012).
• Comment le taekwondo est arrivé dans votre vie ?
- Ecoutez, je suis un sportif qui bouge dans toutes les disciplines. Malheureusement, je suis très passionné de celles que je n’ai jamais pratiquées à savoir la boxe et le rugby.
• Aujourd’hui, on vous appelle Commissaire grâce au succès du film Commissariat de Tampy. D’où vous est venu votre amour pour le 7è art ?
- Je suis rentrée de la Côte d’Ivoire le 10 septembre 1979 pour des raisons de famille. A l’époque, la Haute-Volta cherchait à créer un quotidien qui finalement verra le jour sous la Révolution sankariste. Dounia était le quotidien du RDA, le parti au pouvoir. Les jeunes cadres qui animaient ce journal ont vu en moi quelqu’un qui pouvait leur apporter une contribution professionnelle. C’était une période d’instabilité politique, on est passé du général au capitaine. Mais, c’était quand même une belle époque que nous avons vécue et qui a permis de toucher à tout. En 1981, le cinéaste Gaston Kaboré m’a approché par l’entremise d’El Hadj Zéo qui est cameraman à la télévision nationale. Kaboré me donne un rôle dans son film Roger le fonctionnaire où je campe le personnage principal. C’était un fonctionnaire bien zélé qui n’hésitait pas à servir le matériel de l’état à ses relations, ses parents (cousins, neveux…). Il était bien écouté parce qu’il rendait de grands services. Après on m’a dit que le rôle était bien rendu et c’est le top départ. A la suite, j’ai joué dans pas mal de films. Mais autant le souligner tout de suite, quand j’étais à Fraternité Matin, je jouais en même temps dans la troupe de Moussa Kourouma.
• Puis arrive le Commissariat de Tampy avec lequel on vous décou-vre hors des frontières du Faso…
Dans un milieu bien restreint, on m’appelle le général Noriega. Alors, quand le réalisateur de la série Commissariat de Tampy, Missa Hébié, est venu me voir, il m’a dit : le général, j’ai une série à tourner et tu vas jouer le rôle de commissaire. Je n’ai pas fait de casting. Et hop c’est parti pour la première saison de 26 épisodes. Et puis la 2è saison avec 26 autres épisodes. Il faut dire Le Commissariat de Tampy est arrivé après la série Les Bobodiouf qui avait connu un grand succès. Hébié a proposé une série policière où les histoires qui sont racontées, mises en scène répondent au quotidien du Burkinabè, de l’Africain qu’il soit de Dakar, de N’Djamena, de Yaoundé, d’Abidjan ou de Ouagadougou.Ce sont des reflexes africains qu’il a essayés de faire vivre aux Africains.
• Vous avez tellement bien tenu le rôle que beaucoup pensaient que vous étiez de la police…
- Là, vous me donnez l’occasion de remercier tous les commissaires de police que j’ai rencontrés et qui m’ont toujours adressé des félicitations, des encouragements. J’ai croisé un commissaire ivoirien qui m’a demandé si j’étais commissaire de métier. Je lui ai dit non. Je joue de façon naturelle. Je n’aime pas quand c’est mou. Je suis journaliste sportif et je suis chaud dans la tête. Je prends la vie en pleine gueule. J’aime déconner mais déconner positivement. En fait, j’ai connu de nombreux commissaires qui m’ont beaucoup marqué et je voyais comment ils se comportaient.
• Comment jugez-vous le cinéma burkinabè ?
- Le cinéma burkinabè est en train d’exploser. Parce que tous les cinéastes, comédiens, toutes les personnes qui ont, un tant soit peu, une relation avec cet art, ont pris conscience que Ouagadougou n’est pas la capitale du cinéma africain par hasard. Donc, il faudrait donner une très belle image de ce cinéma africain qui fait notre fierté. Alors, on s’y est mis nonobstant le manque de moyen. C’est pareil partout en Afrique, les acteurs ne vivent pas de leur art. D’aucuns croiraient que les huit acteurs de base du Commissariat de Tampy n’ont plus de souci d’argent. Et pourtant Dieu seul sait, comment on se bat. Tout simplement parce que nous voudrions accompagner notre réalisateur qui a créé un esprit de famille dans sa série. Dieu merci, on vient de terminer la 3è saison du Commissariat de Tampy qui, je l’espère, fera plaisir et apportera plus d’animation et de joie dans les foyers africains.
• On n’entend plus les anciens Etalons d’or comme Idrissa Ouédraogo et Gaston Kaboré.
- Ils sont là et ils travaillent. Mais il faut reconnaitre qu’il y a une nouvelle génération de cinéastes qui est exceptionnelle. Elle a des idées. Après avoir puisé à l’expérience des anciens que sont les Gaston Kaboré, Kolo Sanou, Idrissa Ouédraogo, cette nouvelle génération imprime sa marque. Ils sont nombreux et plein de talent : Boubacar Diallo, Boubacar Zida Sidnaba, Tasséré Ouédraogo, Missa Hébié… Les anciens sont tous derrière les jeunes qu’ils poussent. En gros, ils se fréquentent tous.
• Mais qu’est-ce qui explique qu’ils ne soient plus en tête du groupe ? On a l’impression qu’ils ont du mal à s’adapter au numérique.
- Bon, ça, c’est une question d’école et cela existe partout. Ce n’est pas seulement au cinéma. Ce sont des relations générationnelles qui datent de Mathusalem. Même chez les journalistes, il y a une question d’école qui se pose. Ceux qui ont été formés à Dakar, ceux de Yaoundé et de France se battent. Chez les médecins, c’est la même chose. Les rouges, c’est-à-dire ceux qui se sont formés en Russie, rivalisent avec ceux de Dakar, de Paris et de Ouagadougou. Il y a toujours une sorte de complicité mais qui pousse vers la rivalité. C’est un phénomène générationnel, naturel et propre à l’homme.
• Est-ce le cas aujourd’hui dans le cinéma burkinabè ? Si oui, cela profite-t-il vraiment au 7è art ?
- C’est le cas aujourd’hui mais avec beaucoup plus d’intelligence. Parce qu’il n’y a pas une rupture, une méchanceté. Les jeunes n’hésitent pas à aller poser des questions, s’informer et s’abreuver à la source des anciens. Tout comme les anciens qui se tournent souvent vers les jeunes. Même nous les acteurs, on se rencontre. Il n’y a pas une démarcation nette et c’est cela l’avantage du cinéma burkinabè.
• Un mot sur le cinéma africain ?
- Le cinéma africain est en train de faire de gros progrès. Mais il faudrait que dans certains milieux financiers on comprenne que la culture est tout ce que l’Afrique a de propre à elle. La culture est le domaine qui exprime le mieux notre africanité, notre appartenance à ce continent et qui donne une personnalité propre, qui n’est pas à négocier et qu’il faut protéger pour ne pas l’inféoder.
• Quelle valeur donnez-vous à l’Etalon d’or quand le film primé n’est pas vu à Ouaga, Abidjan, Bamako ou Johannesburg ?
- C’est une excellence question. Et c’est la plaie même du cinéma africain qui est soulevée ici. L’Africain aime voir un film fait par des Africains pour les Africains. Mais l’Afrique a un problème de distribution. Tous les films sont piratés. Et les cassettes piratées font qu’il n’y a même plus de salles et celles qui existent ne sont plus rentables. Dans certaines villes, il n’y pas de salle. Comment voulez-vous que le cinéma africain progresse, prospère, nourrit son homme quand il y a en face une telle concurrence ? Il faut que les Africains comprennent que la piraterie ne peut permettre le développement du cinéma, leur cinéma.
• Vous avez dit que vous êtes un bon vivant. Aimez-vous sortir et au rythme de quelle musique aimez-vous danser ?
- A l’image de ma vie, je suis un butineur. Je n’ai pas été très stable, je le reconnais. Je suis un touche-à-tout. A l’image du basketteur, du footballeur, de l’athlète… que j’ai été, je suis instable dans la vie. Je danse toutes les musiques mais j’aime plus la salsa. Quand j’entends cette musique, je ne cherche pas à savoir qui est à côté ou en face de moi ni à quel endroit je suis et je me mets à danser…un peu comme un idiot, un vrai bougre heureux. Souvent, je n’ai pas de cavalière mais ça ne me dit rien. J’aime m’évader. J’aime être libre.
• Côté repas, quel est votre préférence ?
- Je suis un gros mangeur. Je mange du tout sans être un cochon. Je ne refuse jamais un repas qui m’est servi. Depuis que je suis marié à mon épouse, je n’ai jamais dit que telle sauce est pimentée, telle autre manque du sel… J’ai toujours un appétit égal pour ce qu’elle me cuisine comme plat.
• Est-ce qui vous donne cette résistance ?
- J’ai un mental costaud. Je suis un costaud naturel et rien ne m’émeut. Rien dans la vie ne m’étonne ni me surprend. Je trouve normal toutes les choses qui arrivent dans la vie. Quand on est vivant, il faut s’attendre à tout. Il faut essayer de positiver toujours et prendre la vie du bon côté. La spontanéité est ce qui sous-tend ma vie. Je suis toujours partant, sans calcul ni réserve.
• Vous avez des enfants ?
- Oui, trois filles et trois garçons.
• Quel est votre plus grand rêve dans le cinéma ?
- Je rêve de jouer le rôle d’un général d’armée. Je veux me sentir dans la peau d’un général.
• C’est fini le journalisme ?
- Non, je suis à Savane FM où j’encadre les jeunes. Je fais des analyses et des réflexions sur des évènements sportifs.
Par Omar. A. K kadertani@topvisages.net
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