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16/09/2012(09h00)
• Vous aimez vous désigner comme le serviteur des artistes. Qu’entendez-vous par ce terme ?
- Serviteur, simplement parce que chaque année j’ai la possibilité de faire un évènement qui met en valeur les artistes africains, les reconnait, les récompense par des trophées et fait leurs promotions à l’international. C’est à ce titre-là que j’estime que je suis un peu leur serviteur.
• Où en sommes-nous aujourd’hui avec les Kora ?
- Les Kora sont un évènement que j’ai créé en Namibie et qui ont existé en Afrique du Sud pendant 10 ans. Après, Alpha Oumar Konaré, alors Président de la commission de l’Union africaine, nous a demandé de parcourir le continent Africain. Nous sommes donc allés au Nigeria, mais ça a été très compliqué. On a failli nous mettre dans la corruption. Ensuite, nous avons organisé les Kora à Ouagadougou que je qualifie de petits Kora. On voulait en faire un bon, malheureusement, il y a eu une inondation le 1er septembre 2009 alors que les Kora devraient avoir lieux en décembre 2009. Les mêmes sponsors que les autorités avaient trouvés pour nous accompagner ont été appelés à la rescousse pour aider les sinistrés et du coup, nous avons été emmenés à faire un Kora supposé être soutenu par deux pays, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Nous avons donc repoussé l’évènement au 4 avril 2010 à Ouaga dans des conditions très difficiles. Nous avons fait fabriquer la scène des Kora en Afrique du Sud, et à quelques jours de l’évènement, l’ouvrage commandé était toujours à Johannesburg. Le public ne savait pas ces difficultés que nous avons surmontées pour que l’évènement ait lieu. C’est le jour de la manifestation que certains donateurs nous ont donné ce qu’ils nous avaient promis. Quand on sollicite des mécènes ou des sponsors, ce n’est pas pour qu’ils donnent de l’argent le jour même de la fête ou après. Nous sommes dans la culture, parent pauvre de tous les gouvernants africains. et quand on veut faire de grandes choses et qu’on fait des promesses qui ne sont pas tenues, ça nous met dans des situations très difficiles. Les Kora ont quand même eu lieu à Ouagadougou en 2010. Cette année, les Kora auront lieu à Abidjan le 29 décembre 2012, suivi d’un concert le 30 décembre 2012, au Palais des congrès de l’hôtel Ivoire.
• Les Kora n’ont plus vraiment eu une grande audience après l’Afrique du Sud.
- Je n’aurais jamais accepté d’aller au Nigeria si je savais dans quel pétrin je m’embarquais.
• Dans le même temps, il y a eu les PABHA (Awards des arts au Nigeria : Ndlr) au Nigeria qui étaient les concurrents directs des Kora ?
- Ça m’étonnerait. Je n’ai pas peur de la concurrence qui est bonne pour nous, les spectateurs et les artistes. Mais le plus important, c’est de voir où chacun de nous arrivera. Moi, je ne rends compte qu’à moi car les Kora, c’est ma chose, donc quel intérêt j’ai à me rouler, à économiser ? Oui, le Nigeria a été un problème. On a fait dix ans en Afrique du Sud sans rater une année, mais les gens ne savent pas que nous souffrions. On était dans un pays où il y avait le racisme. La manifestation était taxée d’évènement de Noirs mais nous ne pouvions pas aller chercher les Blancs de force chez eux. On a fait avec. J’essaie simplement de dire que nous essayons d’être le plus grand possible mais aussi le moins injuste possible. Les Kora valorisent la culture africaine aux yeux du monde. Les Kora sont un évènement transparent et juste, avec un jury. Nous-mêmes les organisateurs, n’avons pas accès aux résultats. Nous n’intervenons que quand il y a des ex aequos.
• Koffi Olomidé aurait exigé quatre trophées avant de se rendre en Afrique du Sud…
- Ce n’est pas vrai. Il ne faut pas écouter les menteurs, les petits voleurs… Ce n’est même pas possible car nous avons la possibilité d’empêcher la participation d’un artiste qui commet un impair. Cette année-là, Koffi devait être disqualifié parce qu’il a refusé de faire des répétitions. Il a eu une attitude déconcertante pour le comité d’organisation et on a donc demandé qu’il soit disqualifié. Mais le vrai problème, c’est que Koffi était en compétition avec Papa Wemba qui malheureusement n’est pas venu en Afrique du Sud. Avec le système des votes et des points, Koffi s’est re-trouvé vainqueur. Il y a eu d’autres artistes importants de ce continent qui ne veulent pas venir aux Kora tant qu’on ne leur donne pas la garantie d’un trophée.
• Vous reconnaissez donc qu’il y a des artistes qui acceptent de participer aux Kora à condition qu’on leur donne un prix ?
- Oui et c’est pour ça qu’ils ne sont jamais venus parce qu’on accepte pas de chantage.
• Et il est aussi dit que pour gagner au Kora il fallait être produit soit par l’un des membres du comité exécutif ou encore par un tiers en rapport avec l’organisation ?
- On a appris ça plus tard. Vous savez, personne ne peut prétendre comprendre la musique africaine parce qu’il ya une différence entre toute ces musiques. C’est pour cette raison que nous choisissons des artistes de toutes ces régions du monde et nous prenons souvent des disc-jockeys pour venir les conseiller. Ce qui serait grave, c’est de classer un artiste jeune comme espoir alors qu’il a cinq albums, donc les disc-jockeys conseillaient le jury. Et plus tard, nous avons appris que ce sont ces disc-jockeys qui utilisaient les artistes à d’autres fins en leur disant que s’ils voulaient être Kora, ils devraient faire telle ou telle chose. on a donc arrêté de collaborer avec les DJ. En 2010, les P-Square ont gagné les Kora et on a tout entendu.
• Justement on allait en venir…
- Des artistes se sont retrouvés avec une autorité ivoirienne pour dire que les Kora sont biaisés. P-Square, où sont-ils aujourd’hui ? Il faut que les gens arrêtent. Nous sommes au moins heureux de savoir que nous sommes à la base de leur succès. Nous ne sommes pas une boite d’enregistrement pour les grands artistes, nous sommes supposés aller dénicher des artistes qui sont inconnus et d’en faire des vedettes. C’est ce qui fait notre plaisir. Il y a un artiste ivoirien qui m’a appelé un jour pour dire d’annuler la participation d’un autre aux Kora parce qu’ils font le même genre de musique. J’ai refusé car on ne procède pas comme ça aux Kora. Mais après, j’ai été vilipendé et cet artiste n’a même pas été capable de me défendre.
• Vous faites la cour aux politiciens afin d’attribuer les Kora au plus offrant ?
- N’importe quoi ! vous croyez que si je suis aujourd’hui en Côte d’Ivoire c’est parce qu’il y a l’argent dedans ?
• Oui…
- N’importe quoi…
• Combien coûtent la réalisation d’une édition des Kora ?
- Tout dépend du contenu de l’édition. On peut faire un Kora avec un million de dollars comme avec dix millions de dollars.
• Ne pensez-vous pas que c’est trop élevé pour qu’un pays vous soutienne ? Et que le peuple ne tarderait pas à critiquer le président qui accepterait de verser cette somme ?
- On voit par là qu’ils ne sont pas allés à l’école et n’ont rien compris de la vie. Ceux qui pensent qu’il y a eu la guerre en Côte d’Ivoire et qu’il ne faut pas mettre de l’argent dans les feux d’artifices ne savent pas ce qu’ils racontent. Moi, je veux vendre une image positive de notre continent. Faire quelque chose qui étonnera les gens de sorte que chacun soit surpris de ce que cela vienne d’Afrique.
• Vous n’arrivez pas à travailler toujours avec les mêmes personnes. Benson Diakité, Kiki Touré, Yves de Mbella… sont tous partis.
- Et où sont-ils allés ? Quand ils me voient, ils me saluent. Vous savez, je suis venu seul au monde, j’ai des principes auxquels je tiens. C’est aussi simple que ça. Quand ça ne va pas, il faut vous remettre en cause. Je choisis des personnes avec qui je m’entends, avec qui je partage les mêmes idéaux, avec qui on va dans la même direction. Je me séparerai toujours des gens avec qui je ne peux pas avancer, qui me tirent vers le bas.
• Kiki dit même qu’il vous cherche.
- Il me cherche, ah bon ? Je ne savais pas qu’il me cherchait, on entretient de bonnes relations pourtant. Je ne peux pas avoir de problème avec Yves de M’Bella qui a organisé un événement récemment et m’y a même invité. Mais des gens me disent : «Fais attention à lui, il t’en veut, il veut te nuire». Mais moi, je ne considère pas cela. Il a toujours parlé de moi en bien.
• Pourquoi sont-ils partis alors ? Benson Diakité vous a remis sa démission.
- Oui, mais ils ont le droit de partir, il faut que les Africains apprennent à démissionner. Quand tu ne partages pas les idéaux de quelqu’un avec qui tu travailles, tu t’en vas. Plusieurs personnes veulent ton poste, personne n’est incontournable, indispensable. Je suis sorti du ventre de ma mère seul, donc je dois pouvoir faire les choses sans qui que ce soit. Heureusement encore, il y a des gens qui m’adorent.
• C’est ce genre de propos qui fait partir vos collaborateurs.
- Ils sont libres de partir. Croyez-vous qu’un artiste mérite que je me salisse pour lui ? S’il y a des artistes qui méritent que je me salisse pour eux, ce sont les Béninois. mais ça va poser problème si je le fais parce qu’ils diront “encore un Béninois”. Tout ce qui se fait sur le continent africain est entaché. Lors du dernier Kora à Ouaga, aucun Ivoirien n’a gagné et j’ai eu mal mais je n’avais pas les moyens de faire gagner un Ivoirien. La Côte d’Ivoire n’a pas gagné parce que personne en Côte d’Ivoire n’a voté puisque l’évènement n’a pas été retransmis à la télévision ivoirienne.
• On vous accuse aussi d’escroquerie…
- C’est une injure. Les Kora m’appartiennent. Je vais escroquer qui ? C’est qui j’ai escroqué ? J’ai une usine en Namibie que j’ai vendue pour les Kora. Je devrais avoir plein d’argent et ne pas rendre compte à qui que ce soit. Je suis escroc et personne ne m’a jamais envoyé devant un tribunal.
• Si, au Nigeria où vous auriez été arrêté.
- J’ai un avocat qui est le plus craint au Nigeria, appelez-le et il vous dira que je n’ai jamais été mis aux arrêts un jour. Ensuite, il vous dira que si je suis au tribunal pour une affaire civile, c’est moi qui vais gagner le procès. J’ai un contrat que j’ai respecté à la lettre et que l’autre partie n’a pas respecté. Il y a des gens que j’ai renvoyés parce qu’ils ont failli m’associer à une histoire d’escroquerie et de corruption. Et c’est parce que j’ai refusé cette histoire qu’ils se sont mis à médire à mon sujet. Je résiste à tout ça.
• A quoi devons-nous nous attendre pour les prochains Kora ?
- Nous ferons quelque chose d’extraordinaire pour cette édition en Côte d’Ivoire. Il y aura beaucoup d’autres Kora, mais l’édition de la Côte d’Ivoire sera un succès, pour nous, pour notre image et pour nos ennemis.
Par Omar Abdel Kader
kadertani@topvisages.net
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