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BONI GNAHORE

 
  “Le BURIDA doit copier la SACEM”  

“Koumbélé koumbélé” est le quatrième album solo de Boni Gnahoré. L’ancien pensionnaire du village Ki-yi l’a réalisé à Strasbourg (France) où il vit actuellement. C’est un album diversifié où le thème de la réconciliation tient une place de choix. Entretien.

 
 

22/07/2012 (10h00)

• Salut Boni ! Quelles sont les nouvelles ?

- Je vais bien et je continue la promotion de mon album que j’ai appelé Koumbélé koumbélé, qui veut dire en langue congolaise «dansons, dansons».

• Kumbele Kumbele, c’est le refrain d’un ancien succès du groupe congolais les Bantous de la Capitale ?

- Oui, exactement ! C’est un refrain des années 60. Il est pour moi un retour en arrière positif, une façon de faire revenir ce temps, surtout après la situation difficile que la Côte d’Ivoire a connue. Nous aspirons à ces beaux temps d’antan. J’ai aussi opté pour “Koumbélé koumbélé” parce que je veux une bonne réconciliation entre les Ivoiriens après ce que nous avons tous vécu. Ce qui voudrait également dire dansons ensemble, soyons tous gais pour apaiser les cœurs, pour oublier les haines qui nous ont conduits à une déchirure sociale. J’apporte donc ma partition à la réconciliation.

• Quel est le genre cette fois-ci ?

- C’est toujours du Boni Gnahoré, son concept Chœurs attoungblan. C’est-à-dire les chœurs et les tambours que j’ai créés autour de mon tamanoi, mon tambour à 6 têtes. Il y a plusieurs mélodies de chez moi, parce que j’ai beaucoup visité les régions de mon pays. Au village Ki-yi, on avait un peu tendance à théâtraliser nos musiques parce que nous faisions aussi du théâtre. Mais cette fois-ci, je suis allé dans le sens de faire bouger un peu le peuple. Sans toutefois laisser ma base qui demeure dans la tradition.

• Tu nous as habitués à de belles vidéos, y a-t-il une qui accompagne l’album ?

- J’ai certes la musicalité et les percussions, mais il ne peut pas y avoir de Boni Gnahoré sans images, sans théâtre, parce qu’au Village Ki-yi, nous avons appris la vidéo, le son, l’image. Il est donc clair qu’en ce moment, je prépare des clips de l’album sur tous les morceaux. J’ai déjà commencé à écrire les scénarios.

• L’Europe n’a-t-il pas déteint sur ta musique ?

- Il y a eu pas mal de demandes dans ce sens, mais je veux défendre ma culture. Je peux aimer les musiques européennes, mais je reste dans mon terroir, dans ma tradition. Quand je vais là-bas, j’ai un bagage qui me permet d’échanger. Donc, il faut que je reste dans ma culture afin de partager avec les autres. Je peux côtoyer les Européens, sans toutefois renier qui je suis exactement.

• Après la réalisation des vidéos de certains artistes, n’es-tu pas tenté par le 7e art ?

- On peut me solliciter en tant qu’assistant dans un film. J’en ai déjà fait pas mal, mais ce n’était que de petits films et je n’en parle pas beaucoup. Ça fait partie de ma formation, mais je ne me suis pas dit que j’allais me cantonner dans le cinéma. La seule chose pour laquelle je me suis dit qu’il fallait que je me spécialise, c’est la percussion.

• Lors de notre dernière rencontre, tu as dit que tu enseignes la percussion en Europe. Est-ce que ça continue ?

- Oui, ça continue. Je suis professeur de percussion à l’école de musique de Strasbourg et aussi à la maison des arts. Je suis aussi dans des écoles avec les enfants que je forme.

• Souvent avec grand regret, on constate qu’on n’enseigne pas ce genre de chose dans nos écoles en Afrique.

- C’est vrai et c’est dommage qu’on n’enseigne pas notre culture à l’école. Nous avons eu ce village dirigé par maman Wèrè Wèrè Liking qui nous a donné cet enseignement. Il faudrait que nous ayons ces centres de formation. Vous voyez Dobet Gnahoré, ma fille. Elle a quitté l’école en classe de CE2 et elle a dit : «je fais comme papa».

On sait aujourd’hui ce qu’elle est devenue. Tous les journaux parlent d’elle. Elle faisait partie du groupe d’enfants qu’on appelait les «Les démisssins» qui ne pouvaient pas intégrer celui des grands au Village Ki-yi. C’était en 1999. Pour arriver à ce résultat, il faut qu’on ait des structures de ce genre un peu partout en Afrique. Que les autorités puissent investir dans ce domaine pour que les enfants qui le souhaitent puissent apprendre la culture et les instruments ivoiriens. Certains enfants ne connaissent pas leur culture et ce n’est pas bon. Il faut que les enfants apprennent la culture de leur pays.

• Après la crise, la Côte d’Ivoire amorce la réconciliation nationale. Quel est l’apport de l’artiste dans la réconciliation ?

- L’apport de l’artiste, c’est de créer une environnement propice à la gaïté, dire aux gens d’arrêter la haine dans les cœurs. Regardons devant. C’est vrai que dans le passé, il y a eu de bons moments. Il faut qu’on prenne l’exemple de ce moment où on était frères, où on se saluait. Il faut qu’on revienne à ça. Voilà ce que l’artiste doit apporter. Sinon, la politique, je ne la maîtrise pas, je ne maîtrise que la politique de la percussion.

• Votre maison commune, le Burida, est retombée dans ses problèmes, elle ne se porte toujours pas bien.

- Je pensais que tout allait bien, mais je me dis que c’est dû à la crise que notre pays a connue. Cette crise a remué des choses. Elle a aussi secoué le Burida qui était déjà si fragile. Donc, je prie Dieu que le Burida puisse avoir de bons dirigeants pour que l’artiste puisse vivre de son art. Parce que le bureau des droits d’auteurs est fait pour que les artistes puissent travailler et avoir les moyens pour continuer de travailler et aussi pour que les artistes puissent vivre de leurs créations. C’est dommage qu’à chaque fois, au Burida, on ne gère que les problèmes et non payer les droits des créateurs. C’est depuis 1999 avec l’album «Pédou» que j’ai reçu quelque chose du Burida par rapport aux ventes. Mais je n’ai jamais eu de droit et jusqu’aujourd’hui, je ne sais pas si le Burida paie les droits d’auteurs.

• Toi qui vis en Europe, ne penses-tu pas que l’expertise de la gestion des droits d’auteurs manque chez nous ?

- J’ai toujours dit, en ce qui concerne le Burida, qu’il fallait imiter un bon pas de danse européen. Tout ce que nous faisons est copié sur le modèle européen, mais nous avons du mal à reproduire exactement ce que nous copions. On prend l’idée, et après, on la reproduit à notre façon. En Europe, tout est contrôlé, la diffusion de la musique dans les médias est payée, les prestations sont payées. Mais ici, qu’on joue à la télé, à la radio ou ailleurs, on ne perçoit rien comme droit.

• Que devient Le Chœur attoumgblan ?

- Le Chœur attoumgblan est un groupe qui joue chaque fois avec moi. Le Chœur attoumgblan, c’est d’abord un concept de chant percuté et la percussion chanté. Le Chœur attoumgblan est là, les artistes sont là. Dans Koumbélé koumbélé, mon actuel disque, il y a eu par exemple une forte participation de ma fille et de son époux à la réalisation. Donc, à cet instant, eux aussi font partie du Chœur attoumgblan.

 

Par Omar Abdel Kader
kadertani@topvisages.net

 
   
     


Hebdo N° 1001
 

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