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  PHILIPPE DOUCET, journaliste à Canal +  
  "Ce que je pense des Eléphants"  

Journaliste à Canal +, Philippe Doucet et l’équipe de l’émission “Talents d’Afrique” ont remis récemment à Abidjan le prix consacrant Didier Drogba meilleur sportif africain de l’année 2011-2012. Top Visages a profité de l’occasion pour rencontrer “Doudouce”. Dans cet entretien, Monsieur Palette parle du foot africain, des Eléphants mais aussi de son amour pour Abidjan.

 

23/09/2012(09h00)

• Qu’est-ce qui vous amène
à Abidjan ?

- L’équipe de l’émission “Talents d’Afrique” de Canal + a distingué le capitaine ivoirien Didier Drobga, «Talent d’or». Une récompense qui fait de lui, le meilleur sportif africain 2011-2012 évoluant en Europe. L’équipe de production s’est déplacée pour pouvoir lui remettre son trophée lors d’une émission spéciale que nous avons enregistrée avec les Eléphants à l’hôtel Ivoire. Nous sommes là également dans le cadre des grands reportages de Canal + avec «Talents d’Afrique». Ce qui nous emmène donc à sillonner beaucoup de capitales africaines dont Abidjan, une belle ville que je redécouvre avec beaucoup de plaisir.

• Vous semblez aimer beaucoup la vie abidjanaise ?

- Bien sûr, Abidjan, c’est une ville en chantier. Les choses vont vite et bougent beaucoup. Je trouve aussi qu’elle est assez dynamique. Même avec les difficultés et la crise qui ont été vécues ici, je trouve que c’est un peuple formidable, plein d’énergie.

• Y a-t-il des endroits que vous ne manquez pas de visiter ?

- Ah oui ! Je suis toujours heureux de faire un tour à la plage, du coté d’Assinie. Et puis, Abidjan et ses nuits chaudes, c’est vraiment génial.

• Votre dernière virée dans la nuit abidjanaise ?

- Moi, j’aime bien les maquis, les night-clubs, les restaurants en Zone 4 et aussi la Rue princesse où j’ai pris du plaisir à apprécier cette chaleur des villes africaines, l’ambiance, avec la musique qui fait parfois penser aux rythmes tropicaux. J’avoue que je ne m’empêche pas de danser hein (il rit).

• Avez-vous eu l’occasion de déguster des mets africains ?

- J’adore manger ce que vous appelez ici APF (Attiéké Poisson Fumé : ndlr) (il rit) mais aussi l’aloco, c’est super.

• Revenons au foot. Comment jugez-vous l’équipe ivoirienne, les Eléphants ?

- C’est une équipe qui est au sommet du foot africain depuis pratiquement une décennie. Cette équipe, il faut l’avouer, méritait de gagner 2 ou 3 CAN, voire plus. Malheureusement, la chance et la réussite n’ont pas toujours souri aux Eléphants. Je pense aussi que les Ivoiriens sont parfois un peu durs avec leur équipe, surtout à la dernière CAN où les Eléphants ont fait un parcours honorable.

• Selon vous, qu’est-ce qui manque à cette équipe ?

- Honnêtement, je pense qu’il ne manque rien à cette équipe, elle pêche plus par malchance. C’est une équipe qui est toujours présente lors des grands rendez-vous, mais qui manque toujours le coche. Je pense que ça va venir.

• Ne pensez-vous pas comme l’affirment certains, que les Eléphants ont un problème de coaching ?

- Non, je ne pense pas vraiment. Ecoutez, les entraineurs qui se sont succédés à la tête de cette équipe n’étaient pas forcément mauvais, mais il a toujours manqué ce petit quelque chose pour faire la différence.

• Cette génération dite ‘’dorée’’ risque de partir sans trophée, êtes-vous de cet avis ?

- Il y a eu ici en Cote d’ivoire une génération de joueurs absolument magique formée à l’Académie Mimo-sifcom avec Jean-Marc Guillou, une chose tout à fait extraordinaire dans le foot africain. Il y a 60 à 70 % dans l’équipe ivoirienne, ajouté au talent des Didier Drogba et autres. On voit aussi d’autres jeunes qui surgissent, notamment Abdoul Razak, Doumbia Seydou, Max Gradel… Avec ces jeunes qui arrivent, il va falloir compter avec cette équipe. Il n’y a pas de règle en la matière, même si elle a dominé près de 10 ans le foot africain. Rien ne lui garantit donc un règne à vie.

• Croyez-vous que Sabri Lamouchi soit le bon choix pour coacher les Eléphants ?

- C’est vrai qu’il n’a pas l’expérience du métier, mais c’est un garçon dont on connait les qualités quand il était encore joueur. Les Ivoiriens sont un peu impatients. Je crois que Lamouchi a tous les atouts pour réussir.

• Quel est votre opinion sur Didier Drogba qui tente une nouvelle aventure en Chine ?

- Il faut respecter les choix individuels de chacun. Didier, je crois, n’a pas pris cette décision brusquement, il a ses raisons. Il va, bien sûr, contribuer à l’évolution de ce football. Je pense qu’il va faire des choses intéressantes dans le championnat chinois.

• L’aventure chinoise, pensez-vous que c’est une façon de préparer sa retraite ?

- De toute évidence, la retraite viendra un jour, mais ce n’est pas aujourd’hui. Je pense qu’il a encore du temps de jeu dans les jambes. C’est un garçon qui a une force de caractère. Je ne pense pas qu’il va perdre son niveau.

• Vous venez aussi de le distinguer “Talent d’or” du football africain !

- Il le mérite amplement, le trophée “Talent d’or”. Il a remporté des trophées importants l’année dernière, la Cup, la Champions League et il a été décisif lors des grands rendez-vous. Papis Cissé, l’attaquant sénégalais a, lui, été soulier d’or, le joueur africain qui a marqué le plus de buts en Europe.

• Quels sont les joueurs que vous appréciez aussi chez les Eléphants ?

- J’aime bien les frères Touré, notamment, Yaya Touré. Mais aussi Gervinho qui est aujourd’hui une des pièces maîtresses des Eléphants.

• Votre regard sur le niveau de football africain ?

- Il n’y a pas d’évolution depuis quelques années. Il y a 20 ans, j’avais toujours pensé qu’une équipe africaine gagnerait la coupe du monde de football. La progression bien entamée par les Lions Indomptables a été freinée malheureusement. Le foot africain manque d’organisation, c’est une véritable plaie pour son évolution. C’est dommage que des pays comme le Cameroun, le Nigeria comptés parmi les mastodontes du football du continent, continuent de tirer le foot africain par le bas.

• Comment jugez-vous les récentes Can de foot ?

- Depuis deux décennies que je suis ce football, je crois que la CAN 2012 a été l’une des meilleures en termes d’organisation, d’ambiance et de qualité de jeu. Le Mali, le Gabon, la Guinée Equatoriale et la Zambie, ont été très bons.

• Comment expliquez-vous que l’Afrique soit devenue depuis quelque temps un vivier de talents pour les Européens ?

- Il y a eu, c’est vrai, beaucoup de joueurs africains dans plusieurs clubs français ces dernier temps. C’est aussi dû à une question de culture et de proximité. Les joueurs africains sont beaucoup appréciés en France et en Europe.

• Quand on parle cette année de ballon d’or africain, à qui pensez-vous ?

- Je mise plus pour Didier Drogba. Il a remporté la Champions League, amené sa sélection nationale en finale de la dernière CAN et fait une belle fin de saison dans la Premier League.

• Avez-vous eu l’occasion durant votre séjour de découvrir tous ces jeunes africains qui tapent dans le ballon sur les terrains des quartiers ?

- C’est formidable pour l’Afrique d’avoir un tel réservoir permanent. Tous ces gamins qui jouent à toute heure sur le sable des quartiers, il faut pouvoir les suivre de près. C’est un gage important pour l’avenir du football africain.

• “Talents d’Afrique”, comment vous est venue l’idée de créer l’émission ?

- Cette émission qui vise à montrer les performances des joueurs africains dans les championnats européens dont on a les images c’est-à-dire tous les grands championnats, NBA et autres. C’est l’idée de Thierry Gilardi, Hervé Matou. Je suis devenu le rédacteur en chef. Je me suis dit pourquoi ne pas en faire une véritable émission africaine où il y aura des grands reportages en Afrique. L’émission sera plus africaine qu’avant.

• On ne peut évoquer votre nom sans parler de la “Palette’’ qui sert à décortiquer les phases de jeu…

- C’est tout simplement un outil graphique qui permet d’analyser les actions de jeu. C’est adaptable à tous les sports. C’est une palette graphique que j’ai vue dans le sport américain. Quand Canal a obtenu l’agrément de la diffusion de la ligue des champions avec Michel Platini comme consultant, il fallait dessiner, analyser l’action, trouver un centre d’intérêt. Ce n’était pas évident à l’époque, on l’a fait évoluer avec des logiciels en 3D.

• D’où tirez-vous votre inspiration à commenter les palettes ?

- C’est la passion pour le foot. Je m’intéresse au jeu. Je vois qu’il y a but parce qu’une action a été remarquablement construite. En deux passes, un joueur a éliminé 5 adversaires, on a porté l’attention sur la qualité de jeu et le geste du buteur, et j’essaie de montrer à quel moment l’action est lancée, pourquoi un joueur fait cette passe là et pas une autre…

• Et la palette africaine ?

- (Il rit) La palette africaine, c’est une palette où il faut se débrouiller pour faire des choses. Car on n’a pas les mêmes moyens que dans les studios en France sur 3D. Il arrive qu’on fasse avec des animaux pour montrer comment l’action s’est déroulée. Il faut être créatif.

• De mémoire de journaliste, quelle est la meilleure palette que vous ayez commentée ?

- (Il réfléchit) Je ferais référence à Michel Platini. C’était une sorte de sketch avec lui, des moments extraordinaires où on apprenait toujours quelque chose. Montrer sous un autre angle ce que tout le monde voit.

• Comment les joueurs perçoivent-ils votre palette ?

- Ils continuent d’apprécier l’exercice. Ils me chambrent souvent. Il y en a qui me remercient parce que j’ai mis en exergue l’intelligence de leur jeu dans une action donnée.

Par Inzah D.
enzo@topvisages.net

 
   
     


Hebdo N° 1002
 

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