
29/03/2009 (10h00)
• Tounkagouna. Qu’est-ce ?
- Tounkagouna (Lève-toi et regarde !, en songhraï) est une émission de divertissement créée pour les artistes (toutes tendances confondues) et les orchestres. C’est un plateau qu’on offre surtout aux jeunes qui n’ont pas accès à la télévision, dans les émissions professionnelles. Ça nous permet aussi de détecter des jeunes talents et d’aller dans les pépinières pour trouver justement des jeunes talents, en faire vraiment des artistes et assurer la relève musicale. C’est ce que j’ai fait quand j’étais en Côte d’Ivoire. J’ai commencé avec la génération des Aïcha Koné, de Monique Séka, Nayanka Bell, Chantal Taiba, Joëlle C. C’est un plateau international, un grand plateau qu’on offre aux jeunes artistes pour pouvoir s’épanouir, surtout pour assurer la relève et trouver des gens capables. Avec cette émission, je veux revaloriser la culture malienne. J’en ai la possibilité. Cela, avec tout ce qui est musicien, surtout jeunes musiciens et aussi donner un plateau extraordinaire aux professionnels qui n’ont pas l’occasion de jouer en live. Dans Tounkagouna, il n’ y a pas de play back. Toutes les émissions à la télévision au Mali, étaient du play back. Je me suis dit qu’il y avait un créneau à prendre, qu’il fallait aussi créer un plateau pour les musiciens professionnels pour faire du live, des musiciens professionnels qui viennent s’éclater, qui viennent échanger. Les jeunes musiciens apprendront avec les professionnels et moi-même, malgré mes 40 ans de musique, j’en apprends toujours. Parce qu’à partir du moment où tu découvres des rythmes que tu ne connais pas, tu fais des arrangements et autres, on découvre toujours. La musique, on ne cesse jamais de l’apprendre. Pour moi, c’est un plateau de rêve.
• Quel sentiment pour Boncana aujourd’hui, après toute la belle carrière qu’il a connue ?
- Je suis fier. Très fier. Parce que, les autorités de l’époque avaient facilité mon retour de Cuba en Côte d’Ivoire. Tous mes enfants sont nés, sont allés à l’école, ont eu leurs diplômes et travaillent dans ce pays. Je ne peux rester indifférent ni politiquement, ni culturellement à tout ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Je porte ce pays dans mon cœur. Vous savez, on ne peut pas cracher dans la soupe. La Côte d’Ivoire m’a ouvert toutes les portes. La Côte d’Ivoire m’a aidé. Je peux dire que j’ai apporté quelque chose à la Côte d’Ivoire. Tel que la création de l’orchestre de la télévision. Qui a créé cette émulation entre les musiciens et les artistes. Tout le monde est venu après. Autre chose ! Même Tounkagouna, c’est deux choses en une. Quand j’ai créé Première Chance, ce n’était pas Première gamme. Cette émission, venue après est l’œuvre de feu Roger Fulgence Kassy. Première chance, c’était pour donner la chance aux jeunes artistes. Mais malheureusement, c’étaient des émissions de 26 minutes. Ça n’a pas pris cette ampleur comme Tounkagouna aujourd’hui. Parce qu’il y avait déjà l’orchestre de la télévision. Donc si vous voulez, il y a l’orchestre de Tounkagouna et Première chance que je rassemble pour en faire un Tounkagouna. Ce que je fais aujourd’hui, au Mali, a été déjà fait en Côte d’Ivoire. C’est après que Fulgence Kassy l’a transformée en Première Gamme.
• As-tu des projets en Côte d’Ivoire ?
- Je m’occupe en ce moment des jeunes. Parce que je me dis qu’il faut laisser une relève. C’est pourquoi je suis passé dans cette pépinière malienne. C’est ce que j’ai fait en Côte d’Ivoire dans la pépinière ivoirienne. Aïcha Koné, Nayanka… C’était comme ça ! Aujourd’hui, si on me fait appel, ce serait avec grand plaisir que j’irai en Côte d’Ivoire pour faire quelque chose ! J’étais en France, le Président du Mali ATT, m’a fait appel. J’ai créé la symphonie du Président. C’était lors du sommet France-Afrique, ici. Il y avait 60 Chefs d’Etat. C’était une chose qu’ils n’avaient jamais vue dans leur vie : je suis arrivé à rassembler 20 joueurs de cora et les meilleures voix du Mali (Salif Kéita, feu Ali Farka Touré, Oumou Sangaré…) pour en faire une symphonie de 15 minutes. Je le ferai pour la Côte d’Ivoire. Pourquoi pas ! Peut-être à la fête de l’Indépendance au mois d’Août ou Décembre. Je voudrais aussi te dire que lors du passage du Président Gbagbo à Bamako, il m’a dit : Toi, Maestro, je t’attends toujours. Tu m’as fait danser la salsa. Sache que ton premier fan de salsa t’attend toujours en Côte d’Ivoire. Viens ! Reviens quand tu veux ! Et tu me feras danser la salsa. Je le remercie infiniment de cette amitié. Parce qu’il m’a pris par la main devant toutes les autorités maliennes, en me disant : «Toi ! Tu es parti ! Mais , je t’attends toujours. J’attends toujours pour user les talons de mes chaussures avec la salsa. Car tu es le meilleur dans la salsa en Afrique». Je suis fier que le Président Gbagbo reconnaisse mes mérites en salsa. Parce qu’il y a beaucoup de salseros. S’il me reconnaît au milieu de mille salseros africains, ce n’est pas pour rien qu’il m’appelle le Maestro !
• Comment s’est passé le retour au pays ?
- Il s’est passé très bien. Si tu veux, je suis parti du Mali par la fenêtre et la Côte d’Ivoire m’a ouvert grandes ses portes. Je suis parti de la Côte d’Ivoire par la grande porte et je reviens au Mali par la grande porte. Pour apporter une expérience. Je le dis et le répète, je ne peux rester indifférent à ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Parce qu’elle m’a tout donné. Moi aussi, j’ai donné toute ma jeunesse à la Côte d’Ivoire en son temps. Ç’a rejailli encore aujourd’hui sur la musique ivoirienne. J’ai été affecté par la situation de guerre en Côte d’Ivoire. Dans ce pays, on ne m’a jamais traité d’étranger. Je faisais de la musique. J’étais sur les frontières de la Côte d’Ivoire pour tout le monde. Il n’y avait pas de guerre. Il n’y avait pas de problème. On était tous ensemble. Je pense que les choses sont en train de revenir à l’état normal. Je ne peux que me réjouir de ça !
•…
- Ce retour, c’est simplement pour remercier aussi le Mali. Parce que c’est le Mali qui m’avait envoyé à Cuba pour dix ans et c’est la Côte d’Ivoire qui en a bénéficié. Je fais donc un petit retour ici pour leur rendre l’ascenseur.
• Boncana. Qu’en est-il de «Las Maravillas du Mali» (les merveilles du Mali) ?
- C’était depuis 1967. L’orchestre est complètement disloqué. Parce que déjà, le chef d’orchestre que j’étais, était parti en Côte d’Ivoire. L’orchestre avait toutes les chances en Afrique. Les autorités maliennes de l’époque n’avaient pas accordé de l’importance, disons à ces jeunes musiciens revenus de Cuba tout frais. Je suis allé échanger mes qualités professionnelles avec ce que la Côte d’Ivoire m’offrait. La Côte d’Ivoire a eu ce que le Mali n’avait pas eu au départ. Quant au retour de “Las Maravillas”, il n’est plus question qu’il revienne. Parce que sur les 7 membres, il y a 3 qui sont décédés. Les autres sont à la retraite. Sauf Boncana Maïga qui tient encore le flambeau !
• Et Africando ?
- Africando continue son chemin. Africando, c’est comme un avion. Il faut y mettre du kérosène. Je dis aux musiciens de trouver un pilote pour les emmener dans les tournées. Je fabrique l’avion. Ils l’utilisent. J’ai créé l’orchestre. Ils utilisent l’orchestre et son nom pour faire leurs tournées mondiales.
• Que penses-tu de toutes ces nouvelles tendances musicales ?
Je me bats pour ça. Tounkagouna, c’est bon contre ces rythmes-là. Parce que je dis aux Maliens, la Côte d’Ivoire, c’est un mélange de makossa et de soukouss. Mais le plus important, c’est que les Ivoiriens ont trouvé leurs pas de danse qui sont très présents : le coupé-décalé. Le Mali, c’est un pays où il y a beaucoup de mélodies. Quand vous voyez les coras, les chanteurs, c’est beaucoup plus mélodieux. La Côte d’Ivoire est, elle, beaucoup plus rythmique. Ça met du temps à décoller. Parce qu’il y a plus de mélodies. Mais ça viendra ! Parce qu’au Mali, il y a beaucoup de rythmes. Il faut simplement revisiter, revoir, pour trouver un rythme national. Mais je ne dis pas que les rythmes envahissent le Mali aujourd’hui. Je félicite les musiciens comme Toumani Diabaté, Oumou Sangaré, Habib Koité… Tu ne les verras jamais en train de faire du congolais, du coupé-décalé ou autre chose ! Alors là, non ! Ils font les rythmes du Mali. C’est avec ces rythmes-là que les Maliens tournent. Aujourd’hui, dans tous les festivals du monde, les Maliens sont les musiciens les plus invités. A cause de ce qu’ils font. A cause de leurs recherches. Les organisateurs européens des festivals n’appellent pas quelqu’un pour venir danser du ndobolo ou du soukouss. Ce sont des gens qui veulent s’asseoir pour écouter la musique. Quand tu vas à Paris pour un spectacle dans la salle LSC, où tu rassembles 1.000 Congolais pour du ndobolo, les Blancs ne te suivent pas, hein ! Ça, ce sont les Africains qui sont contents avec leurs copines. Ils viennent danser et repartent. Un concert, c’est quand tu es dans un stade, avec des Européens où tu joues. Il y a 1 000, 2 000 ou 3 000 personnes qui te regardent. Comme Alpha Blondy, Tiken Jah. Ils viennent écouter et regarder le reggae d’Alpha Blondy et de Tiken Jah, la musique de Oumou Sangaré, Salif Kéita… C’est ce que j’appelle : vivre de son art pour l’éternité.
• Revenons à Tounkagouna. Comment procédez-vous ?
- A propos des éliminatoires, il faut dire qu’on m’envoie près de 2 000 CD et cassettes. Dans l’année, je ne peux en prendre que 22 ou 24. Il y a 12 mois. Tu multiplies par 2 et tu verras ! La sélection n’a pas été difficile. Parce qu’on a affaire à un musicien. A la première écoute, on est situé. J’ai besoin de 15 secondes pour savoir si une personne sait chanter ou pas. Peut-être qu’à la 2ème édition, on va prendre 4 candidats pour une émission pour en éliminer 3 par émission et garder un. Il faudra 12 meilleurs à la fin et les vainqueurs seront produits par la Télévision malienne, la société Maestro sound. Ils auront une formation professionnelle et musicale avec Boncana Maïga.
• Quels ont été les critères de choix ?
- Il n’y a pas de critère. L’émission, ce n’est ni pour le riche, ni pour le pauvre. C’est simplement avoir une voix qui peut se redresser. Comme ils ont affaire à un musicien professionnel, y a pas besoin de passer à gauche ni à droite.
• On dit que les candidats avaient eu peur ! Pourquoi ?
- En effet ! Tout le monde a peur ! Parce qu’il y a une rigueur extraordinaire. J’y tiens ! Parce que je tiens à ma crédibilité. Tous ceux qui sont sélectionnés pour la finale ont vraiment une valeur musicale. La finale a été très serrée. Tu as vu !
Justin Kassy
kassyjustin@yahoo.fr