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ENTREVUE
 

KOFFI OLOMIDE

“Je regrette d’être né chanteur congolais”

Vendredi dernier, à quelques heures de son show au Palais de la Culture d’Abidjan, Koffi Olomidé a bien voulu nous parler de son nouvel album dont la sortie est prévue dans les prochains jours. Mopao a parlé également de son orchestre, Le Quartier Latin, des départs de certains membres et des polémiques “stériles” entre musiciens congolais.

 

28/06/2008 (11h00) • Tu te prépares à lancer un nouvel album. A quel moment l’as-tu réalisé, vu que tu es toujours entre deux avions ?

- Ça fait plus d’un an que je travaille sur ce disque entre deux tournées. Depuis le début du mois, j’ai été au Gabon, Togo, Etats-Unis puis Abidjan. Quatre pays en 18 jours. Chez moi, c’est devenu une espèce de transit dans mon travail.

• Quelle différence y aura-t-il entre ce nouvel album et les 17 précédents ?

- C’est toujours le style Koffi Olomidé. Le plus aimé en Afrique, je pense. Au Congo, il n’y a personne qui vend autant de disques que moi. Je vais encore le démontrer avec cet album. J’ai été honoré par Youssou N’Dour avec qui j’ai fait un featuring sur le titre Festival. C’est vraiment un cadeau qu’il m’a fait. Car il ne m’a pas demandé un centime. On a enregistré dans son studio à Dakar. Par Top Visages, j’aimerais encore une fois le remercier. Festival est le morceau n°1 de l’album. Il y a aussi la collaboration de Lokua Kanza sur le titre Diapolos. Vous remarquerez également l’omniprésence d’une fille. Elle s’appelle Cindy Lecoeur. Trois mois après la sortie de l’album, vous me direz que c’est elle le moteur de cet album. Naturellement, il y a le Quartier Latin qui m’accompagne. Mais j’ai joué beaucoup de morceaux moi-même à la guitare. Il y a longtemps que je n’avais pas fait ça.

• Combien de chansons cette fois-ci ?

- Il y aura seize chansons, tout comme l’avant-dernier, Monde Arabe. C’est un album conçu sans titre phare. C’est le seul album dans le monde qui n’a pas de titre conducteur. Mais cela fait quand même deux ans que j’en parle. Tout le monde s’en procurera sans difficulté. Car il suffit de dire au disquaire : donne-moi l’album sans nom de Koffi Olomidé. Et c’est ça justement le concept.

• Plutôt curieux…

- J’en ai marre de justifier toujours les titres de mes albums. Cette fois-ci, j’ai dit que je ne mets pas de nom ni de titre. Et je vais démontrer que ce n’est pas le titre qui fait un album.

• C’est devenu une habitude chez toi. Tu es pris à partie à chaque sortie d’album ? Dernièrement, c’est Félix Wazékoua qui t’a attaqué.

- Ça me glisse comme de l’eau sur la peau. Je suis habitué, vacciné, immunisé. Ça ne me fait ni chaud, ni froid. Encore une fois, je le répète : je ne me réfère qu’à mon travail. Je n’ai pas de conflit avec qui que ce soit. Ce sont peut-être des gens qui ont intérêt à créer des problèmes avec Koffi Olomidé afin qu’on parle d’eux. Mais vous ne m’entendrez jamais dire des méchancetés sur qui que ce soit. Je n’ai pas de problème avec lui.

• Jean Marcel Tapé t’accuse aussi de filouterie. Tu lui dois même 25 millions…

- Moi ? (l’air étonné). Il a une reconnaissance de dette ? Il ne suffit pas de dire à quelqu’un : toi, tu me dois de l’argent ! Il n’a pas montré une reconnaissance de dette. Vous savez, ils sont nombreux, ceux qui en veulent à Koffi Olomidé. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Tous les deux mois, il y a des histoires de ce genre. Cela fait trente ans que je voyage en Afrique. Je chante, je fais mon métier. S’il y a un quelconque élément justificatif, qui prouve cela, là je suis d’accord. S’il sort la reconnaissance de dette, je la règle tout de suite. Je ne vais pas passer mon temps à me justifier à tout moment.

• Dans ton orchestre, il y a eu des départs massifs qui ont dû laisser un vide ?

- Absolument pas ! Vous savez, tous ceux qui étaient là lors de la sortie du groupe en 1986, aucun d’entre eux n’est là aujourd’hui. Mais le groupe marche. Il n’y a aucun groupe au Congo qui est autant sollicité comme le mien. Depuis l’époque de Wendo (Kolosoy), Franco, je suis le seul à avoir un groupe qui est sollicité. Même jusqu’à la sortie de mon précédent disque (Monde Arabe).

• Parmi les éléments qui sont partis, il y a un particulièrement, qui cartonne en ce moment…

- Il y en a plein. Il n’y a pas seulement un qui émerge. Et c’est tout à fait légitime… (Il s’énerve un peu). Au fait, vous voulez parler de moi, de mon travail ou des autres ? Si c’est le cas, il faut aller les rencontrer. Si c’est de moi, on discute. Vous êtes venus faire une interview avec Koffi Olomidé. Donc, tenons-nous en à ça. Et puis c’est tout ! Voilà.

• Ça t’énerve quand on fait allusion à Fally Ipupa. Pourtant, tu devrais être fier de l’avoir formé ?

- Je ne l’ai pas formé. Il a son talent.

• Mais aujourd’hui, il est ton concurrent direct !

- Je ne le vois pas comme ça. Moi, je ne vois que mon travail. C’est tout ce qui m’importe. Je n’ai que mon travail. Vous vous souvenez d’un certain groupe, Academia ? Ce nom vous dit quelque chose ? Et vous en dites quoi aujourd’hui. Vous m’aviez beaucoup interrogé à ce sujet autrefois. Vous ne vous rappelez plus ? Je ne parle pas de vous deux, mais des médias dans l’ensemble. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il en reste ? Tout de suite, je vais dire des choses, on va dire : voilà, Koffi parle mal des gens. Je préfère parler de moi.

• Tu sais ce que les gens pensent de toi, de tes rapports toujours difficiles avec les autres ?

- ça ne m’intéresse pas de parler de tout cela ! Ce n’est pas mon affaire ! Moi, je suis Koffi Olomidé, je suis l’arbre qui porte des fruits. Et on juge un arbre à ses fruits.

• Que penses-tu des jeunes musiciens congolais actuels ?

- Vous savez, moi je juge les jeunes au bout du cinquième album. Pas au bout du deuxième. L’album de Koffi qui va sortir d’ici peu est le 18ème de sa carrière artistique. Et les gens m’attendent partout où je vais. Pour moi, les jeunes ont le droit de voler de leurs propres ailes. Pourvu qu’ils soient un peu reconnaissants. Qu’ils soient polis, honnêtes. Pas hypocrites. Mais je ne me presse pas de les juger. De toutes les façons, tous les gens qui ont servi le Quartier Latin avaient été recrutés parce qu’ils avaient du talent. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont plus là que je vais dire qu’ils n’en ont plus. Mais j’attends de les voir au cinquième album. Il n’y a personne qui vient dans mon orchestre pour l’éternité. Je le sais dès le premier jour qu’ils arrivent.

• Sauf que ce sont des départs jamais négociés…

- Cela m’importe peu ! J’ai confiance en moi et je sais ce que je vaux. J’ai la musique dans le sang. D’ailleurs, je ne me suis jamais senti aussi fort qu’aujourd’hui ! Je n’ai jamais été autant motivé que maintenant où je vous parle. Vous allez écouter mon album. Vous allez le sentir.

• Parfois, as-tu le sentiment qu’on te poignarde dans le dos ?

- (Il rit). Nooon !!! Ou alors, peut-être qu’on essaie, mais on n’y arrive pas.

• Parce que tu te considères comme un géant ?

- Ça, c’est vous qui le dites. Je ne sais pas comment vous voulez que je le prenne. Mais moi, je suis Koffi Olomidé. Le serviteur des dames, des jeunes filles, des jeunes garçons aussi. Donc, je suis au service du grand public. Alors, géant ou pas géant, c’est à vous de juger. C’est tout ! Seulement, je sais que je suis un port où les bateaux viennent accoster. Il y a eu peut-être 200 ou 300 qui sont venus et qui sont repartis depuis la création. C’est leur droit de venir et de partir quand ils veulent. Ce n’est pas mon affaire ! Je n’ai jamais été dans ce métier en comptant sur les autres… (Il réfléchit une seconde). Vous savez, ces gens-là, s’ils étaient des experts, ils ne seraient pas venus auprès de Koffi. Vous les auriez connus avant qu’ils intègrent le Quartier Latin.

• Tu essaies de nous faire croire que les départs de tes musiciens ne te préoccupent pas du tout ?

- D’abord, ce sujet-là, je n’y pense que lorsque vous me poser ces questions. Dès que vous êtes partis, je pense à mes chansons. Et puis, j’ai mes enfants. J’ai mes loisirs. D’ailleurs, j’avais refusé de parler de ce sujet. Dans la vie, il y a beaucoup de choses qui me préoccupent. J’ai trop de choses à faire et ma famille est en train d’en pâtir. J’ai un bébé de sept mois en ce moment à la maison. Je ne le vois pas suffisamment. Je pense que mes enfants (il cite quelques noms : Del Pirlo, Morinho, Didi Stone et Rolls) ont besoin de moi…

• Combien de gosses en tout ?

- Non , non ! Ma vie privée n’a rien à voir ici. Que ma vie privée reste ma vie privée ! Je peux répondre à toutes les questions que vous voulez sauf celles se rapportant à ma vie privée. Ce n’est pas parce que je suis chanteur que je vais rester nu pour faire plaisir à la presse africaine.

• La presse africaine ?

- Je dis la presse africaine, parce que la presse américaine ne me pose pas de questions. Ni la presse danoise, russe, chinoise, australienne, ni brésilienne. Quand je le dis, ce n’est pas péjoratif. Alors que si je dis la presse, on va croire que même Larry King de CNN m’interviewe alors que ce n’est jamais arrivé. C’est pour cela que je dis la presse africaine.

• Donc, tu n’es jamais passé sur une chaîne américaine !

- J’ai eu l’occasion d’être interviewé sur CNN, une fois. En France, quelquefois avec Drucker. Mais je ne peux pas épingler ça. C’étaient des coups comme ça… Cependant, je suis content de la presse africaine.

• O.K. Parlons de tes danseuses. Comment les recrutes-tu ?

- En fait, ce sont elles qui me recrutent. (Rires). Je n’ai jamais cherché des danseuses puisque ce sont elles qui viennent à moi. Et je ne fais qu’accepter ou refuser leur candidature. Et je peux vous dire que chaque jour que Dieu fait, il y a au moins une candidate. Lorsque la fille se présente, elle subit un test. Là, par exemple, par rapport à toutes les demandes que j’ai eues en Côte d’Ivoire, j’ai accepté une danseuse que je vais emmener à Kinshasa. On peut avoir 60 ans et être doué, hein. Mais en général, elles ont plutôt entre 18 et 35 ans.

• Tu les aides aussi à s’installer quand elles partent ?

- Oui. Mais je n’ai pas pour habitude de monter sur les toits pour le crier. Par respect pour la dignité de la personne. Mais il est arrivé que je fasse des gestes pour les aider. Il n’y a pas que les danseuses. Par contre, d’autres personnes ne vous diront pas ce que Koffi a fait pour elles. Personne n’est venu chez moi en voiture. Mais personne n’est reparti à pied. Je répète : personne dans le Quartier Latin n’est venu en voiture. Mais personne n’est reparti à pied, ni à vélo. Vous pouvez leur demander à tous ceux qui sont passés dans le Quartier Latin. Même les grands noms dont vous me parliez.

• Aujourd’hui, quel est le plus gros regret de ta vie ?

- C’est le fait d’être né chanteur congolais. Et d’avoir trempé dans certaines polémiques stériles. Vous savez, il y a des gens auxquels je n’aurais même pas dû répondre…

• Pourtant, tu as dit que tu ne réponds jamais aux attaques…

- A l’époque, oui. Je le faisais, mais plus maintenant. Vous savez, on ne vient pas au monde avec tout, hein. On acquiert certaines choses au fil des années. La sagesse, notamment. Je veux simplement dire que je le regrette. Et cela fait à peu près 15 ans que je ne réponds plus à ce genre de propos.

• A quoi vas-tu te consacrer lorsque tu ne chanteras plus ?

- Je veux être le chef d’Etat de l’Afrique… Quand l’Afrique sera un pays.

• Ton rêve n’est pas pour demain…

- Donc, je ne serai jamais Président, alors ? (Rires). Mais je ne désespère pas. Et puis, ce serait le plus grand bien pour les enfants de l’Afrique, que nous bannissions nos frontières. Que nous devenions enfin un même Etat. Comme l’Europe où les Européens peuvent circuler partout. D’ailleurs, je me demande pourquoi moi, Congolais, pour venir à Abidjan, je dois demander un visa au même titre qu’un Danois. Alors que le Danois, pour aller en France n’a pas besoin de visa. Il faut que les Africains réfléchissent un peu. Ça nous diminue. Ce n’est qu’en Afrique qu’on voit encore ce genre de choses. Il faut que l’Afrique devienne vraiment la maison de ses enfants. Et que le mot africain prenne enfin un sens.

• Y a-t-il eu des concerts qui t’ont donné des larmes aux yeux ?

- Oui. En Zambie, une fois, j’ai été obligé de sortir de la salle en petite culotte, parce que les filles m’avaient tout déchiré, tout pris. Lors de ce concert, j’ai mis 1 heure et 10 minutes pour aller de la salle à la sortie. En Zambie, à Lusaka. Je n’ai pas le droit de décevoir ces gens. Et puis, il y a eu aussi cette nuit où je dormais chez moi. Et j’ai appris la nouvelle que j’étais élu aux Koras, l’artiste africain de la décennie. J’avais été invité, mais je n’avais pas pu y aller.

• …

- Il y a également le livre qui a été édité chez Flammarion (une maison d’édition en France, ndlr) et qui s’intitule «Les 1001 albums du monde depuis 50 ans». Parmi les 12 artistes africains retenus, mon nom figurait sur la liste. Quand j’ai vu ça, j’ai eu des larmes. Au-delà des invectives, des méchancetés, ce sont des choses qui doivent faire mal aux personnes qui veulent la fin de Koffi. Mais ils vont attendre longtemps. Parce que je dois sortir encore au moins neuf albums avant de plier mes bagages. Et celui qui sort bientôt, je le recommande aux Ivoiriens. Il y a un petit rythme ivoirien dedans. C’est mon pays et je lui dois beaucoup. Parce que ça a démarré un peu ici : Afrique étoile plus à l’époque de Djira Yssouf avec Macy Domingo, Zogbo Junior… Ce sont eux qui m’ont ouvert les portes de la Côte d’Ivoire. Koffi, c’est la volonté de Dieu. Tout ce que je suis, c’est Dieu. (Il rit).

 
Par Tepson Dro & François Yéo
 
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