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26/08/2012(09h00)
• Après ton retour de France, tu as organisé en 2010, une soirée Hip-Hop live à l’Acoustic et depuis, plus rien…
- Oui ! C’est normal, parce que Hip-Hop live était un projet qui a été mis en place pour dénicher des talents et faire de la production. C’est un casting concernant la rue et tous ceux qui aiment le Rap. Il y a eu plus de 300 rappeurs et au final, c’est Angéla qui est sortie du lot. C’est la seule fille qui a participé à ce casting. Angéla a montré d’ailleurs que les femmes peuvent être aussi fortes que les hommes en matière de rap. Son album est sur le marché, depuis trois mois. Nous sommes en train de travailler sur sa promotion.
• Tu es parallèlement sur un autre projet…
- Tout à fait. Après la crise post-électorale, je suis reparti en France. Et je suis de retour depuis peu. Après Hip-Hop live, on vient de lancer Rap Académie, qui est un concours de Rap qui concerne uniquement les élèves. C’est un concours de Rap inter-lycées et collèges. C’est mon actualité pour l’instant.
• Tu vas de projet en projet. Qu’est-ce que tu recherches au juste ?
- (Il rit) Bon, je ne vais pas de projet en projet. Mais, en fait je suis quelqu’un de très actif. Beaucoup d’Ivoiriens ne le savent peut-être pas, mais je n’ai jamais eu de producteur. Depuis mon premier album, ‘’Le prix à payer’’, jusqu’à, ‘’L’Homme est un loup pour l’homme’’ (2ème album) et ‘’L’Homme est un loup pour l’homme, Vol 2’’ (3ème album), je fais de l’autoproduction. Grâce à M. Alain Texier, j’ai pu monter ma structure, Eskalator by Faith Records, puisque c’est Jat Music qui m’a financé. J’ai aidé et produit plusieurs groupes à pouvoir venir sur la scène musicale. Je suis un homme de terrain et le Hip-Hop est ‘’mort’’, parce que nous qui faisons partie des producteurs, avec notre départ dans l’hexagone, il n’y a pas eu des gens pour assurer la relève. Ceux qui sont venus après nous, n’ont pas présenté la même qualité que ce que nous avions présenté. Je ne rentre pas dans un conflit de générations, mais je pense qu’il y a des choses à faire. Je veux aider la génération qui nous a succédé.
• En organisant Rap Académie, c’est pour dénicher des talents en milieu scolaire et en même temps relancer le Hip-Hop qui ne bouge plus en Côte d’Ivoire ?
- Oui ! C’est non seulement pour la relance du mouvement, mais il faut savoir que le mouvement Hip-Hop n’a pas d’argent. Dans chaque mouvement, il faut un fer de lance, quelqu’un qui a la carrure pour porter le mouvement. Quelqu’un qui peut amener loin le mouvement. En observant et analysant ce que les jeunes font aujourd’hui, je trouve qu’ils copient beaucoup. Dans l’underground, les jeunes font des choses que les responsables de la RTI ne passeront jamais. Soit il y a trop de grossièretés, soit il y a des choses qui n’intéressent personne. Avec Rap Académie, je veux montrer à tous ces élèves et étudiants qu’avant de faire un disque, Steezo est allé à l’école. J’ai produit mon premier album avec l’argent d’un premier stage. Je veux dire aux jeunes que s’ils veulent faire un bon texte de Rap, qu’ils aillent à l’école. Je sais que je vais trouver des jeunes qui ont un certain niveau de texte et de vocabulaire. C’est pour cela que j’ai organisé Rap Académie dans les écoles. Nous allons occuper les élèves pendant l’année scolaire et pendant les vacances.
• Tu disais tantôt qu’il y a des grossièretés dans certains textes des jeunes. N’est-ce pas cela qui a mis du plomb dans l’aile du mouvement Hip-Hop ?
- Des grossièretés dans des textes ne peuvent pas ‘’tuer’’ le Hip-Hop. Il faut savoir que c’est une musique de ghetto américain et qui a envahi le monde entier. La jeunesse du monde ne jure que par le Rap. Et ce serait bien bizarre qu’en Côte d’Ivoire le Rap ne marche pas. La RTI a péché par certains programmes qui ont fait que la jeunesse de Côte d’Ivoire, y compris même les jeunes de ma génération, regardent aujourd’hui les chaînes cryptées. Le Hip-Hop a perdu de son envergure en Côte d’Ivoire, parce qu’il est soutenu par rien du tout. C’est-à-dire que si les médias ne soutiennent pas le Hip-Hop. Steezo, Almighty, Angelo Dogba et Muss ne peuvent pas à eux seuls le soutenir. Il faut que tout le monde booste le mouvement. Nous, on essaie de produire. Il faut que les médias assurent le relais. ‘’Le Hip-Hop en Côte d’Ivoire est à l’image de la politique du pays’’, comme le dit Kajeem. C’est-à-dire que tout le monde doit manger quelque part. S’il y a quelqu’un qui bloque à un certain niveau, toute la machine se bloque. Cela veut dire que les rappeurs sont fautifs, parce que Steezo et Almighty ont créé des concepts à leur époque. Boss Playa de Tony Adams et Muss ont créé des concepts. Angela Dogba a créé un concept. Chaque rappeur qui venait, créait un concept. Les jeunes qui arrivent ne créent pas de concept, ils n’ont rien d’extraordinaire et veulent que la presse les poursuive.
• Mais les jeunes n’avaient plus de modèles, puisque vous étiez tous partis ?
- Dites à l’époque, Steezo, son modèle était qui ? Almighty, son modèle était qui ? Puisque c’est moi qui ait amené le Rap en Français, les gros pantalons en Côte d’Ivoire. Mon modèle c’était qui ? Je n’avais pas de modèle en Côte d’Ivoire. Mais un jour MC Solar a fait un concert au CCF. Il a écouté le Rap ivoirien et il a dit : ‘’le Rap ivoirien, c’est bien. Mais ça fait rire’’. Ça m’a choqué car j’ai trouvé que ça ne faisait pas rire du tout. Pourquoi il a dit ça ? Notre qualité de Rap laissait à désirer. J’ai voulu lui montrer qu’on pouvait faire quelque chose de sérieux et atteindre leur niveau et même les dépasser. Ménélik voulait produire mon album à l’époque, malheureusement qu’il ne s’est pas entendu avec mon manager. Aujourd’hui tout le monde se met au Rap, parce qu’il pense qu’il peut rapper. Sinon, le Président de la République allait se mettre à rapper. Pour rapper, il faut faire des rimes, des figures de style en parlant sur une musique. Même le slam fait des rimes et des figures de style. Aujourd’hui, vous écoutez certains rappeurs, il n’y pas de rimes, de figures de style…
• Tu veux dire que c’est pauvre.
- Oui, et à partir du moment où c’est pauvre, pourquoi voulez-vous que quelqu’un de ma génération qui est aujourd’hui un cadre dans ce pays aille dans un supermarché pour acheter un album ? Remarquez que chaque année, quand un rappeur vient en Côte d’Ivoire, le Palais de la culture est plein à craquer. Nos artistes rappeurs locaux ont peur d’aller faire un concert là-bas. Parce qu’ils savent qu’il n’y aura personne. Pourquoi il n’y aura personne ? Parce que ce qu’ils font, il y a un problème dedans. Donc, nous, on n’a pas tué le mouvement Hip-Hop. Quand RAS est venu, il y a des artistes qui ont voulu faire la même chose qu’eux. La preuve en est que Nash fait du Rap et du Ziguéhi en même temps. Elle a l’imagination fertile. Aujourd’hui, les rappeurs doivent se prendre en main. Le mouvement Hip-Hop est divisé. Les gens se prennent pour je ne sais qui. Ils se prennent pour des stars, alors qu’ils ne le sont pas.
• A quand le retour sur la scène musicale de Steezo ?
- Je ne suis pas un homme pressé. Mon album est déjà prêt ainsi que le clip. J’attends juste que le paysage soit propice pour le lancer.
• On parle aussi de réédition de tes premiers albums…
- Oui, parce que beaucoup de personnes me demandent le premier album ‘’Le prix à payer’. Il n’existe nulle part. Nous sommes en train de le rééditer pour le sortir en CD. C’est pareil pour ‘’La domestique mystique’’. Comme il n’existe pas, je suis en train de mettre en place la distribution et l’édition pour pouvoir faire les choses de manière parfaite. Il faut ramener les gens au souvenir pour leur envoyer du nouveau.
Par Patrick Bouyé
bouyepat@topvisages.net
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