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29/07/2012(09h00)
• Radio Côte d’Ivoire est surnommée la radio des Vieux, le savez-vous ?
- (Rires). J’ai eu des échos. Mais si je suis à ce poste, c’est aussi pour changer cette vision que les gens ont. Mon ambition pour Radio Côte d’Ivoire, c’est de repositionner cette chaîne qui, il faut le reconnaitre, est la “mère” de toutes les radios ivoiriennes. Elle est née avant l’indépendance de notre pays, c’est important de le souligner. Elle a traversé toutes les époques, tous les moments forts vécus par la Côte d’Ivoire moderne de Félix Houphouët-Boigny. Je voudrais en faire une radio moderne, professionnelle qui est à l’écoute des auditeurs, de toutes les populations qui vivent en Côte d’Ivoire. C’est une radio qui doit accompagner l’Etat dans son développement. Et par rapport à notre cahier de charges, il est de notre devoir d’accompagner aussi les actions gouvernementales tout en distrayant les auditeurs.C’est un vaste chantier, pas facile, mais avec les collaborateurs et l’apport de tous, nous parviendrons à en faire une radio moderne dans le tempo des autres radios du monde.
• On compare toujours Radio Côte d’Ivoire à sa «sœur» Fréquence 2 et de nombreux auditeurs la trouvent un peu moche. Apparemment, vous péchez quelque part…
- Non, nous ne péchons pas. Je l’ai dit un peu plus haut, nous avons un cahier de charges et nous travaillons en fonction de cela. Par exemple, nous devons faire des programmes en langues nationales. Mais, pour ceux qui écoutent la radio, surtout les jeunes, ils trouvent cela barbant, démodé. Nous avons obligation de faire connaître la culture ivoirienne dans toute sa diversité. Il s’agit d’aller vers la tradition, d’aller dans nos villages, de faire connaître les musiques traditionnelles, les us et coutumes, l’histoire, la vie de nos ancêtres… C’est le devoir de la chaîne généraliste, institutionnelle, nationale qu’est Radio Côte d’Ivoire.
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- On nous compare à Fréquence 2 ? Mais, comparaison n’est pas raison. Fréquence 2 est née en 1991, à l’époque de l’ouverture de l’espace audiovisuelle aux autres radios. Elle a sa vocation, c’est une chaîne thématique de divertissement tournée vers la jeunesse. Nous, nous sommes une chaîne généraliste, nous servons tout le monde, le rural comme le moderne, le village comme la ville, jeune, adultes, vieux. Nous avons des cahiers de charges différents et des buts bien précis.
• Si une partie des auditeurs vous demandait de supprimer les langues nationales que certains trouvent, selon votre expression «barbantes», que feriez-vous ?
- Je ne retirerais pas les langues nationales. Si c’est la manière dont c’est fait qui gêne, on peut améliorer les choses pour les rendre plus attrayantes, agréables. Et puis, quoiqu’on dise, la Côte d’Ivoire compte un grand nombre d’analphabètes. Le taux d’analphabétisme est encore élevé. Alors, qu’est-ce qu’on fait de cette masse-là ? Faut-il ignorer nos frères qui ne parlent pas français, qui ne savent ni lire, ni écrire ? Absolument pas. Il faut les prendre en compte. Et on les prend en compte en parlant dans la langue qu’ils comprennent. C’est aussi simple que cela. Mais il y a aussi le fait que nos langues font partie de notre patrimoine et notre rôle, c’est de faire en sorte que ces langues-là, malgré le modernisme, ne tombent pas dans l’oubli.
• Une chaîne nationale, mais dans certaines régions du pays, on ne reçoit pas du tout la radio.
- C’est une question importante. On a beau écouter les autres radios, locales comme mondiales, mais la Nationale reste la voix de la Côte d’Ivoire. Je l’avoue, nous avons beaucoup de difficultés techniques et sans une solution à ces problèmes, il nous sera difficile d’avancer.Pour ce que je sais, il y a eu beaucoup de centres émetteurs qui ont été endommagés durant la crise que le pays a traversée. Dans certaines zones, on se retrouve avec pratiquement un seul centre émetteur pour servir les deux chaînes Radio Côte d’Ivoire et Fréquence 2. Le chef de centre devient l’arbitre et selon son bon vouloir, il change les chaînes, préfère donner une tranche horaire à Fréquence 2, ensuite une autre à Radio Côte d’Ivoire et ainsi de suite. Donc nos auditeurs n’ont pas l’intégralité des programmes.
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- Mais nos supérieurs hiérarchiques sont au courant de la situation, ils savent ce qu’il faut faire et ils travaillent durement sur la question pour que radio Côte d’Ivoire soit entendue à 100% sur tout le territoire national, sans interruption, sans désagrément.
• Vous êtes l’une des très rares femmes à diriger une radio en Côte d’Ivoire, ça ne doit pas être facile…
- Je n’ai aucun complexe. Je suis très à l’aise dans cette fonction. Je n’ai que des ambitions pour la chaîne que je dirige et les responsables qui m’ont mise là, je pense notamment au Directeur Général de la RTI et ses collaborateurs, ont certainement pesé la valeur, les compétences de chacun pour ce poste. Ils n’ont pas regardé le statut biologique, homme ou femme, c’est la personne qui peut apporter un plus à l’évolution de la radio qui est importante. Si vous menez votre petite enquête dans la maison, on vous dira que ça bouge fort ces derniers mois à Radio Côte d’Ivoire.
• C’est madame la directrice ou madame le directeur ?
- (Rires) Je préfère qu’on m’appelle madame le directeur. Je ne suis pas pour la féminisation de certains postes. Les hommes aiment bien minimiser les choses quand il s’agit des femmes. Pourquoi madame la directrice ? Madame le Directeur, ça suffit. Selon moi, l’appellation «madame la directrice», c’est faire la différence de genre en ce qui concerne une fonction. Si je suis là, ce n’est pas parce que je suis une femme, c’est parce que j’ai les capacités qu’il faut. Et puis cela me rappelle de vilains souvenirs aussi. Quand j’étais petite, la femme qui dirigeait l’école que je fréquentais se faisait appeler madame la directrice. Mais elle était très dure et nous traumatisait pratiquement. Alors, comprenez que cela me rappelle de vilains souvenirs.
• Vous venez au bureau et vous repartez à quelles heures ?
- En tout cas, tôt le matin, au plus tard à 8 heures 30 et en toute humilité, je suis l’une des dernières, parfois même la dernière pratiquement à quitter le bureau. Et quand je monte le matin, je ne descends que le soir. Si vous me trouvez dans la cour de la radio, c’est que j’ai peut- être quelque chose à dire à un collaborateur. Je ne mange pratiquement pas à midi dehors. Je suis au bureau.
• Cela limite certainement les moments que vous passez avec votre famille. Vos enfants ne se plaignent pas de vous voir aussi accro au travail ?
- Non. Je pense qu’ils sont un peu habitués quand même. C’est le rythme que j’ai toujours eu à la radio. seulement, après 22 heures par exemple, ils s’inquiètent un peu et m’appellent au téléphone pour savoir où je me trouve. Le métier de journaliste est très prenant, je ne vous apprends rien.La mère de famille travaille comme un homme et elle est obligée de faire des sacrifices.
• Quel est le genre de musique que vous écoutez souvent ?
- Je suis originaire du Nord de la Côte d’Ivoire et j’aime bien la musique de chez moi, notamment celle qui est faite à base de balafon. Quand j’écoute ça, je suis heureuse, complètement dans mon élément.
• En dehors de cela, il y a certainement le couper-décaler qui est à la mode !
- Le couper-décaler ? (rires). Vraiment, les musiques urbaines du genre, je ne m’y connais pas trop (rires).
• ça passe tout de même sur Radio Côte d’Ivoire, il n’y a pas de restriction…
- Il n’y a pas de restriction, nous jouons un peu de tout sur la radio, mais bon, en fait la seule restriction que je peux avoir porte sur le mélange de certains genres musicaux. Par exemple, la musique religieuse ne peut pas être jouée à tout moment. Nous sommes dans un pays laïc, il est important de créer des espaces pour la diffuser de sorte que le chrétien, le musulman ou autre puisse se retrouver. Dans notre grille de programme, il y a des émissions spéciales à cet effet.
• Mais la musique religieuse n’a pas des notes ou des instruments qui lui sont particuliers, c’est une musique comme toutes les autres…
- C’est vrai, mais le texte fait souvent la différence, les principes autour desquels elle s’articule aussi. Et si sa diffusion n’est pas équilibrée, certains mélomanes peuvent se sentir lésés alors que nous sommes dans un pays laïc et nous avons le devoir par rapport à notre cahier de charges de contenter tout le monde. Si on laisse la porte ouverte, chaque animateur, selon sa foi, ne jouera que la musique de sa confession religieuse et cela déséquilibrera les choses.
• Oui, mais on reproche aussi à la plupart des radios ivoiriennes de trop se focaliser sur la musique, la danse. Au moins à 60%. Pas de jeu de cracks, pas d’émissions documentaires, de connaissances et de cultures générales…
- Je vous arrête tout de suite. Quand vous suivez notre actuelle grille de programmes, les choses sont plus ou moins équilibrées. Les gens nous jugent avec un regard rétrospectif, sur une période révolue. Mais, les choses ont changé. Prenez le temps de nous écouter. C’est l’une des chaînes qui fait le plus de productions et de tout ordre. La programmation musicale, c’est pour détendre le public, mais nous avons tout ce qu’il faut pour distraire, éduquer et former nos populations. Aujourd’hui, ce sont des jeunes à tous les niveaux qui sont à l’antenne. On nous a taxés souvent d’être une radio de vieux et pour les vieux, à raison peut-être, mais aujourd’hui, ce sont les jeunes qui sont à la tâche.
Par Stéphie Joyce
stephiejoyce@topvisages.net
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