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Un jour, un événement (heureux ou malheureux), un fait ont bouleversé le cours de notre vie, positivement ou négativement.
Pour partager leur bonheur avec les autres ou pour se libérer d’un fardeau qu’ils portent depuis longtemps, certains ont décidé de se confier à Top Visages. Voici leurs histoires.
 
  Je n’ai jamais connu mon père  
   
 

09/08/2012 (09h00)

Je n’ai pas connu mon père. Selon ma mère, il ne m’a pas reconnu. Il a abandonné ma mère et disparu dans la nature. A cause de cette histoire, les parents de ma mère l’ont rejetée. J’ai donc vécu seul avec elle, dans des conditions difficiles, jusqu’à l’âge de 8 ans. J’ai été adopté par un couple, sans enfant. En fait, ma mère avait eu un emploi en qualité de servante chez eux. Un jour, le couple a dit à ma mère qu’il aimerait bien s’occuper de moi, car je leur plaisais bien. Ma mère n’y a pas trouvé d’inconvénient. Dès lors, ils ont refait mes papiers et m’ont donné le nom de mon père adoptif. Je suis devenu leur unique ’’progéniture’’.

A partir de ce moment-là, j’ai été inscrit à l’école primaire. J’étais le plus âgé de ma classe, vu le retard que j’avais pris. Néanmoins, je travaillais bien, à la satisfaction de mes parents adoptifs. Cadre administratif, mon père adoptif menait parallèlement ses propres affaires. Quant à son épouse, elle était directrice d’une société qui exerce dans le bâtiment. Mais naturellement, je ne veux pas en dire plus sur eux.

Quelques années plus tard, alors que j’étais en classe de 4ème, ma mère biologique est décédée. J’en ai souffert. J’avoue que je ne la voyais pas vraiment comme ma mère. Pour moi, elle était comme une grande sœur. Car j’avais l’impression que mes parents adoptifs étaient nos parents à nous deux. Grâce à eux d’ailleurs, je n’ai pas trop ressenti la douleur de cette disparition.

Lorsque je suis arrivé en classe de Terminale et après deux échecs au Bac, j’ai été renvoyé de l’école. Cela surprenait mes parents, d’autant plus que les années précédentes, j’étais un élève studieux. Il faut dire qu’au début, moi-même je n’arrivais pas à m’expliquer les raisons de ces échecs. Je comprends aujourd’hui que j’étais victime de la crise d’adolescence. Je passais plus de temps dehors avec mes copains. Quand les parents étaient là, je faisais semblant d’apprendre mes leçons. Ils ont voulu payer les cours pour moi dans un établissement privé, j’ai refusé. J’ai dit à mon père adoptif que s’il le faisait, je n’irais pas à l’école. Je ne réalisais pas encore ce que je faisais. De leur côté, mes parents adoptifs ne faisaient rien pour me contraindre. Ils m’avaient trop habitué à la facilité. Ainsi, j’ai abandonné les études pour ne rien faire de bon. Je passais désormais le temps à jouer aux jeux vidéo, à regarder des films, ou à me balader. Finalement, mes parents ont compris que mon comportement me conduisait à la dérive. Pour me faire prendre conscience, ils ont commencé à me punir. Je n’avais plus le droit à certains privilèges. Ils me refusaient désormais tout ce qu’ils m’accordaient autrefois avec facilité. Mon père adoptif disait qu’il était temps pour moi de me prendre en charge et que je ne resterais pas éternellement sous le toit familial. Il avait raison. Mais je me demandais comment faire. Après avoir passé environ cinq ans à la maison, je ne pouvais pas retourner sur les bancs. Il fallait que je trouve quelque chose à faire.

J’avais pourtant envie de prouver à mes parents que j’avais mûri. Puis, en 1999, il y a eu le coup d’Etat qui a surpris tout le monde. J’ai profité de la confusion pour dérober à mes parents une importante somme d’argent. Je savais que mon père adoptif cachait de l’argent liquide dans sa chambre. J’avais découvert un jour la cachette. J’ai donc subtilisé la somme de 4 millions de francs CFA. Et j’ai disparu avec. Je n’ai dit à personne où j’allais. Parce que moi-même, au début, j’ignorais vraiment où je devais me rendre. J’ai passé quelques jours chez un de mes amis à qui j’ai menti en disant que mes parents m’avaient chassé de la maison. Mais craignant qu’il le dise à ses parents qui, à leur tour, risquait d’en discuter avec mes parents, j’ai trouvé un prétexte pour partir avec un plan que j’ai monté. C’est ainsi que je me suis rendu au Ghana.

Une fois là-bas, j’ai pris la décision qui a changé le cours de ma vie. Il faut dire aussi que la chance était avec moi, dans un pays où je ne connaissais personne et moi qui ne savais pas parler l’anglais. Après avoir fait le point, je me suis dit qu’il fallait que je fasse des affaires. Un peu comme mon père adoptif. J’ai suivi mon instinct. J’ai racheté le magasin d’un homme qui partait en Europe. Pour moi, c’était à quitte ou double. Soit, je rentrais après avoir tout perdu. Soit, je faisais de ma vie un exemple en effectuant un retour à la maison la tête haute après cette aventure insensée. Mais j’ai été très vite rassuré. Car les affaires ont commencé à marcher ! Elles marchaient si bien que j’ai créé un circuit de distribution de produits alimentaires. Et mes ambitions n’arrêtaient pas de gonfler à l’image de mes profits. J’ai passé 9 bonnes années au Ghana, sans mettre les pieds en Côte d’Ivoire. Le jour où j’ai décidé de le faire enfin, c’était en 2008-2009. J’ai pris le soin d’acheter plusieurs complets de pagnes Kita, des chaussures, ainsi que des bijoux de luxe Ashantis. A mon arrivée à la maison, c’est ma mère adoptive qui a ouvert le portail. Elle est restée pétrifiée, en me voyant. Elle a pleuré en me prenant dans ses bras. Moi qui m’attendais à être copieusement blâmé. En fait, j’avais grandi. J’étais devenu un homme. Ma mère était émue de me voir ainsi transformé. Quand mon père est arrivé, ils m’ont expliqué qu’ils pensaient que j’étais mort à la suite des événements. Après plusieurs recherches désespérées, ils avaient abandonné. Pour eux, j’étais parti à jamais. Quant à l’argent que j’avais dérobé, je l’ai restitué à mon père en lui disant combien j’étais désolé. Pour me faire pardonner, je me suis mis à genoux pour leur offrir les présents que j’avais rapportés de mon voyage. J’ai fait le récit de mon aventure à mes parents. Ils étaient émus aux larmes. Ils ont accepté mon pardon. Le plus important, ils étaient contents de me savoir en vie et en bonne santé. Leur plus grande joie était le fait que j’aie pu utiliser cet argent à bon escient.

Après cela, je suis retourné au Ghana plusieurs fois avec mes parents pour leur montrer ce que leur fils avait réalisé. Aujourd’hui, je gère à la fois les biens de mes parents en même temps que les miens. Mon père adoptif est malheureusement décédé l’année dernière. Je m’occupe bien de ma mère. Elle est la prunelle de mes yeux. En tout cas, je suis content aujourd’hui d’être devenu, grâce à eux, un homme responsable. Cependant, je voudrais préciser une chose : je n’ai pas fait ce témoignage pour inciter les jeunes à voler leurs parents. C’est peut-être parce que j’ai eu plus de chance. Dans la vie, chacun a son destin. Et les moyens par lesquels Dieu passe pour nous toucher sont multiples et insondables. J’aurais pu tout perdre et rentrer bredouille. Toutefois, j’encourage les jeunes à oser, à persévérer dans l’effort. Chacun de nos actes, pour qu’ils soient couronnés de succès durable, doivent être soutenus par de bonnes intentions. Et surtout, un autre conseil : si vous réussissez un jour, n’oubliez jamais qui vous êtes et d’où vous venez. Pour ma part, j’espère avoir été honnête, jusqu’au bout.

 

 

 

 
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Hebdo N° 1001
 

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