Un jour, un événement (heureux ou malheureux), un fait ont bouleversé le cours de notre vie, positivement ou négativement.
Pour partager leur bonheur avec les autres ou pour se libérer d’un fardeau qu’ils portent depuis longtemps, certains ont décidé de se confier à Top Visages. Voici leurs histoires.
Maman l’a tué
16/08/2012(09h00)
En 1998, quelques semaines seulement avant son décès, ma mère m’a fait une révélation terrible. Une vérité qu’elle nous a cachée (presque) toute sa vie jusqu’à sa vieillesse. Ce jour-là, elle m’a dit avoir fait une erreur et ne voulait pas emporter ce secret dans sa tombe. Les faits remontent au moment où nous vivions au village. Dans les années 1960.
Je suis l’aîné de mes cinq frères et sœurs. Mais nous ne sommes plus que quatre aujourd’hui. Un de mes frères est décédé il y a quelques années. Notre père était instituteur dans un village, à quelques kilomètres du gros village où nous vivions. Il s’y rendait, chaque jour, à moto. Quant à moi, je n’étais qu’un petit écolier qui ne connaissait rien à la vie. A ce moment-là, je n’avais qu’un frère cadet, puisque les autres n’étaient pas encore nés. C’est la naissance de mon deuxième petit frère qui a été l’objet de tous les soucis pour mes parents. En effet, il se trouve que celui-ci était différent de nous. Je veux dire par là, que même en grandissant, il ne réagissait pas comme un enfant normal. D’abord, à la naissance, il n’a pas pleuré. A la surprise générale, lorsque les matrones qui ont fait accoucher ma mère lui ont donné la petite fessée, il est resté impassible, d’après ce que maman m’a dit. Le plus important, l’enfant était en vie et en bonne santé. Mais ce que mes parents ne comprenaient pas, surtout ma mère, c’est le fait qu’en grandissant, le gamin restait toujours comme un bébé. Même à l’âge de 4 ou 5 ans, il ne savait, ni marcher, ni parler. Contrairement à tous les enfants de son âge qui étaient déjà très éveillés.
Tout ça inquiétait mes parents.
Ils recouraient à tous les médicaments possibles pour soigner l’enfant qui était peut-être malade. Ils ont fait le tour de plusieurs guérisseurs avec lui. Chacun d’eux prescrivait ses méthodes et ses médicaments. Sans que la situation change pourtant. Elle semblait même empirer, puisque l’enfant bavait, faisait pipi sur lui et se traînait sur le sol pour se déplacer. Etant petit, je voyais tout cela ainsi que la tristesse que cela suscitait chez mes parents. Ma mère était désespérée. D’autant plus que des mauvaises langues avaient commencé à raconter des choses méchantes sur son compte. Certains l’accusaient d’avoir trompé son mari. Quand d’autres affirmaient qu’elle avait vendu l’âme de l’enfant, etc.
Dans ses recherches, un jour, ma mère est allée voir un guérisseur qui était de passage dans un village voisin. En y allant, elle a emmené l’enfant. L’homme en question l’a examiné et s’est mis à rigoler. Puis, il a dit à ma mère, sans autre forme de procès, que ce qu’elle voyait là n’était pas un être humain ! Il lui a dit qu’en réalité, c’était un génie venu rendre la vie dure à ma mère en prenant une forme humaine. Et que tant qu’elle ne se débarrasserait pas de lui, elle souffrirait ainsi toute sa vie…
Cette déclaration a effrayé ma mère. A la question de savoir comment se débarrasser de cette créature, le guérisseur, qui prétendait être un connaisseur de ce genre de choses, a donné un sachet de poudre noire à ma mère en lui indiquant la démarche à suivre. Elle devait se rendre nuitamment avec le môme hors du village. Une fois dans la brousse, elle devait le coucher au pied d’un arbre, avec le message suivant : «j’ai découvert qui tu es réellement. C’est pourquoi, je suis venu t’accompagner. Je veux que tu me laisses tranquille. Pars et ne reviens jamais !» Puis, elle devait vider le contenu du sachet contenant la poudre noire sur lui. Enfin, elle devait se dépêcher de rentrer sans plus se retourner, même si l’enfant venait à la réclamer. Ainsi, il se transformerait en serpent et disparaitrait dans la nature. Voilà comment, à en croire le guérisseur, ma mère pouvait avoir la paix. Et c’est ce qu’elle a fait, naïvement. Elle ne se rendait pas compte de la gravité de son geste. Elle qui avait cru aux paroles de ce soi-disant guérisseur. Car, la vérité, ce que ma mère a découvert (des années après), c’est qu’elle n’a pas été la seule femme à avoir mis au monde un enfant souffrant de ce genre de handicap. Puisque l’enfant souffrait, à l’évidence, d’un handicap psychomoteur. Hélas, à l’époque, plusieurs femmes, trompées par des guérisseurs incultes, ont abandonné ainsi leurs enfants malades dans la brousse, à la merci des animaux, sous prétexte que ce n’étaient pas des êtres humains. Elles n’avaient pas conscience de ce qu’elles faisaient, faute de connaissance et d’information sur certaines maladies, comme la trisomie 21, par exemple, dont souffrent certains enfants.
Ma mère a longtemps gardé le secret sur la disparition de notre frère, dont elle ne parlait quasiment plus. Pour elle, il n’avait jamais existé. Mon père était-il complice de cela ? Elle a simplement dit que par respect pour sa mémoire (il est décédé quelques années avant elle), elle préférait ne pas en parler. Elle voulait juste que je sache ce qui était arrivé à notre frère.
Cette histoire n’a pas cessé pourtant de hanter son esprit au fur et à mesure qu’elle prenait de l’âge. Jusqu’à ce jour où elle m’en a parlé. Et comme si c’était ce que la mort attendait, ma mère est décédée quelques semaines après cette confession. Peut-être a-t-elle été en partie soulagée après s’être enfin confiée à quelqu’un. Surtout à moi qui étais son fils aîné et qui me suis toujours occupé d’elle jusqu’à la fin de ses jours.
J’ai voulu faire ce témoignage en sa mémoire. Je ne sais pas si elle aurait accepté que je révèle une telle chose. Dans tous les cas, j’estime que même si nous, en tant qu’êtres humains, croyons cacher nos secrets aux yeux des autres, nous ne pouvons le faire devant Dieu qui voit tous nos actes. Le plus important, c’est de bénéficier du pardon de Dieu qui est toujours accueillant pour ceux qui acceptent humblement de se repentir. Or ma mère a péché par ignorance. J’espère et je prie pour elle afin que le Seigneur veuille lui accorder son infinie clémence.