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Un jour, un événement (heureux ou malheureux), un fait ont bouleversé le cours de notre vie, positivement ou négativement.
Pour partager leur bonheur avec les autres ou pour se libérer d’un fardeau qu’ils portent depuis longtemps, certains ont décidé de se confier à Top Visages. Voici leurs histoires.
 
  Elle voulait me tuer  
   
 

20/09/2012 (09h00)

Je suis née dans une ville du centre-nord du pays où j’ai passé une bonne partie de ma jeunesse. J’y ai aussi fait une partie de mes études. Mais j’ai dû arrêter l’école après la classe de Cinquième. Je me suis mariée, à la demande de mes parents. J’étais encore une très jeune fille à l’époque. Lorsque j’étais encore à l’école, j’allais régulièrement au village pour voir mes parents. Pendant les vacances, je rentrais donc en famille.

Au village, j’avais plusieurs amies. On était de la même génération. Nos retrouvailles étaient des moments de grandes réjouissances. On s’amusait beaucoup, on se racontait tout, jusqu’aux menus détails. Dans le groupe, j’étais surtout liée à l’une d’elle : Makoura. Notre amitié était très forte. Contrairement à moi, Makoura n’est pas allée à l’école. Elle ne savait donc ni lire, ni écrire. Et cela lui faisait un peu mal que ses parents ne l’aient pas inscrite à l’école. Je lui apprenais quelques mots en français, à lire et à écrire. Elle s’appliquait malgré les moqueries des autres. Mais elle assimilait vite quand même pour quelqu’un qui n’avait jamais mis les pieds dans une salle de classe. Pour l’encourager, j’essayais de lui faire comprendre que ce n’était pas sa faute si elle était déscolarisée. D’ailleurs, beaucoup de jeunes filles de notre génération n’ont pas eu cette chance. Ou bien, elles arrêtaient en cours de route, comme ça a été mon cas. Ou bien, les parents refusaient simplement de les envoyer à l’école.

Mon mari était un instituteur. Ce sont ses parents qui avaient entrepris les démarches auprès des miens. On lui a donc accordé ma main. Comme il enseignait dans un village près de Bouaké, j’ai dû le suivre là-bas. C’est là que nous avons pratiquement passé la plus grande partie de notre vie. Nous avons eu trois enfants ensemble. Malgré la distance, on ne manquait pas une occasion de nous rendre au village, pour voir les parents. Mon amie Makoura s’était mariée après mon départ. On m’a dit qu’elle vivait avec son homme dans un campement, assez loin du village. Toutefois, j’espérais qu’elle vivait heureuse avec son homme. Moi, je ne me plaignais pas trop de la vie.

Plusieurs années après, j’ai commencé à avoir quelques problèmes de santé. En général, j’avais des douleurs partout dans le corps. Je gardais le lit pendant quelques jours avant de me relever quand ça allait mieux. Parfois, tout allait bien et puis après les douleurs revenaient.

Une nuit, nous étions assis dans la cour, mon mari, nos enfants et moi. On causait tranquillement. C’est là que s’arrêtent mes souvenirs concernant cette nuit-là. Car soudain, ça a été le noir total. Je suis incapable de dire ce qui m’est arrivé, puisque je me suis réveillée un peu plus tard au dispensaire. Entourée de ma famille en pleurs. Je ne comprenais rien. Comment me suis-je retrouvée là et à quel moment ? Mon mari m’a expliqué que je m’étais écroulée, évanouie en pleine conversation. Sur le coup, ils avaient tous pensé au pire. Car je ne réagissais plus.

Ils m’ont transportée d’urgence à l’hôpital. Il a fallu un bon moment d’angoisse au bout duquel je suis revenue à moi. Mais j’avais mal partout. Après des soins, j’ai finalement quitté le dispensaire le lendemain. Malgré tout, j’étais très faible, je ne me retrouvais pas.

Les jours suivants, mon mari à fait venir du village sa sœur ainée afin qu’elle s’occupe de moi. J’étais devenue comme un enfant. Je n’arrivais plus à faire les moindres gestes de la vie quotidienne. On devait m’aider à manger, à faire ma toilette. Je n’arrivais pas à marcher seule. Je devais m’appuyer sur quelqu’un. J’avais tellement dépéri que tous les visiteurs avaient les larmes aux yeux quand ils me voyaient. Le plus dur pour moi dans tout ça, c’étaient mes enfants. Je m’inquiétais beaucoup pour eux. Si d’aventure je devais les quitter, qu’est-ce qu’ils allaient devenir sans moi ? Toutes ces questions ajoutaient à ma détresse. Je coulais des larmes tout le temps. Les choses semblaient en rester là. Et finalement, j’ai compris que, même si les membres de ma famille ne me le faisaient pas savoir, ils n’attendaient plus que le jour où j’allais rendre l’âme.

Connaissant les bienfaits de la médecine moderne, nous nous sommes tournés vers elle. On avait beau prier (car je suis chrétienne catholique), rien ne changeait. On ne savait plus à quel saint se vouer.

Mais dans la vie, Dieu se manifeste toujours au moment où on n’a plus d’espoir. Il peut le faire d’une manière ou d’une autre.

Un jour, un homme dit à mon mari de me conduire chez lui. Quand nous arrivons, il m’apprend que le mal dont je souffre n’est pas simple. Il avait le don de voyance. Il m’a expliqué que l’une de mes amies m’avait lancé un sort. J’avais beau réfléchir, chercher à savoir qui pouvait bien m’en vouloir à ce point, mais je ne voyais pas. C’est alors qu’il m’a décrit la personne en question. Je n’en revenais pas, car au fur et à mesure, la personne correspondait exactement à Makoura. C’était incroyable. Mais je ne pouvais pas dire que l’homme mentait, puisqu’on ne se connaissait pas. De plus, il n’avait jamais vu Makoura. Et pourtant, la description était trop précise. J’ai demandé à comprendre d’avantage. Il m’a dit que c’était une affaire de sorcellerie. Car, étant devenue une adepte de la magie noire, Makoura avait décidé de me faire payer un geste maladroit que j’avais eu à son égard pendant notre jeunesse. Elle avait décidé de régler ses comptes dans le monde des ténèbres. A en croire le voyant, elle et ses congénères s’apprêtaient à enlever mon cœur mystiquement. C’est parce que Dieu était avec moi que j’étais encore en vie. Mais jusqu’à cette date, j’étais encore entre la vie et la mort. Les sorciers n’avaient pas abdiqué. Cette révélation m’a glacé le sang.

Cet homme qui s’y connaissait également en guérison m’a demandé d’envoyer certaines choses. Il allait essayer d’intercéder pour moi. Mais il m’a fait savoir clairement qu’il ne me promettait rien. Je suis revenue le voir le lendemain. Il m’a remis des médicaments qu’il m’a demandé d’aller déposer dans un endroit qu’il m’a décrit, très loin, hors du village. Ce que j’ai fait. Puis, je devais attendre la suite pendant environ une semaine. Il s’agissait de voir si ça a marché ou si j’allais mourir. Je vous assure que je n’ai pas fermé l’œil durant tout ce temps. Le sixième jour, c’était intenable. Le lendemain, quand je me suis réveillée en vie, c’était incroyable pour moi. Quand la période que m’avait prescrite le voyant est passée, j’ai commencé effectivement à recouvrer la santé. Le jour où j’ai réussi à marcher toute seule et que je suis retournée voir mon bienfaiteur, il m’a donné quelques conseils. Je les ai suivis et depuis, tout va bien. J’ai été complètement guérie.

La dernière fois que j’ai eu des nouvelles de Makoura, on m’apprenait qu’elle était décédée. Je n’ai pas cherché à savoir ce qui s’était passé. Je ne me suis pas non plus rendue au village pour les obsèques comme me l’avait formellement déconseillé le voyant. Et cela a pu étonner beaucoup de personnes vu que Makoura et moi étions très liées dans notre jeunesse. Mais moi seule savait pourquoi. Et je n’ai rien dit à personne. Voilà comment je m’en suis sortie. Je suis heureuse d’être en vie pour mes enfants. Et si je suis encore en vie aujourd’hui, je crois que c’est par la grâce de Dieu en qui je crois de toutes mes forces. Et je Le prie également afin qu’il veille sur chacun de nous.

 

 

 

 
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Hebdo N° 1002
 

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