Un jour, un événement (heureux ou malheureux), un fait ont bouleversé le cours de notre vie, positivement ou négativement.
Pour partager leur bonheur avec les autres ou pour se libérer d’un fardeau qu’ils portent depuis longtemps, certains ont décidé de se confier à Top Visages. Voici leurs histoires.
Mon homme a abusé de moi
23/08/2012(09h00)
Depuis mon enfance, j’avais toujours été aux ordres de mon père. Tout comme mes frères et sœurs. Nos parents ont toujours conservé les vieilles traditions. Ils nous disaient que c’est de cette manière qu’ils ont été élevés. Ils voulaient faire de nous des enfants respectueux, polis, etc. De fait, je n’ai pas connu les sorties entre copines, aller au cinéma, sortir le soir. Je n’avais aucune liberté. J’étais souvent battue par mon père dès que je faisais quelque chose qui ne lui plaisait pas. J’ai vécu cette étape de ma vie avec un profond mal-être. Mon seul refuge a été l’école. Et une seule idée : travailler dur pour réussir.
Selon la tradition, mes deux sœurs aînées ont donc été mariées très jeunes, à quinze ans à peine. Moi, je ne rêvais que d’études. Mais pas pour longtemps. Car ma vie allait basculer en 2001. Comme mes sœurs, mes parents ont décidé de me marier. J’avais 17 ans et j’étais en classe de Terminale. Mon fiancé (?), l’homme que papa m’a choisi et imposé, je ne le connaissais pas. Puisque je ne l’avais jamais vu. Selon mes parents, il vivait en France depuis des années. Tout est parti très vite. On ne m’a pas laissé le temps de dire quoi que ce soit. D’ailleurs, qu’est-ce que je pouvais dire pour changer les choses ?
Mon père avait pris la décision et c’était tout. Pour faire vite les choses, un mariage coutumier, par procuration, a été organisé. « Mon promis » n’avait pas pu venir pour la cérémonie à Bouaké où je vivais avec mes parents. Mais je devais le rejoindre en France, une fois la cérémonie célébrée. Tout ce que je savais sur mon futur mari, c’est qu’il était un cousin à mon père. C’était un mariage en famille.
Ma mère a essayé de m’expliquer certaines choses sur ce mariage de famille. Chez nous, c’est la tradition, ton sang ne doit pas se mélanger avec celui de quelqu’un d’autre. On se marie donc dans la famille élargie. Elle m’a expliqué qu’elle-même a été mariée très jeune, conformément à la tradition. J’étais épuisée, moralement. Si bien que je n’arrivais plus à me concentrer à l’école. Mes pleurs n’ont pas pu arrêter ce qui allait arriver. Je devais accepter ce mariage. Le jour de la cérémonie, je me suis sentie très mal. Se marier avec quelqu’un que tu ne connais pas, tu ne sais même pas quelle tête il a. C’est dur…
Quelques jours après la cérémonie, je suis partie pour la France. Jeune innocente qui ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait. Je ne comprenais pas cette attitude de mon père qui s’était toujours comporté à la maison comme un tyran.
A mon arrivée à l’aéroport, mon «mari» m’attendait avec un grand sourire. Il avait les cheveux grisonnants et devait avoir plus de la quarantaine. Après les salutations, il m’a emmenée à la maison.
A notre arrivée, je découvre avec surprise que mon « homme » vivait avec une femme et quatre enfants. Il avait fait croire à mes parents qu’il était divorcé ! Aussitôt, les jours suivants, je les en ai informés. Mais pour eux, il était trop tard pour faire marche-arrière. Ils ont opposé le fait qu’un homme est libre de se marier à autant de femmes qu’il veut. J’ai compris que l’affaire était déjà conclue et qu’il fallait que j’accepte les choses comme telles.
Ça a été l’enfer pour moi, pendant sept ans ! Progressivement, j’ai appris à découvrir mon «mari».
Il a vite fait de me montrer sa vraie face : un homme violent, qui ne sait pas se montrer attentionné. En plus, vivre à sept dans un petit appartement de deux pièces n’a fait qu’aggraver les choses.
Le premier soir avec lui, j’ai eu beaucoup de mal. Je n’ai éprouvé aucun plaisir. Après, c’est toujours resté comme ça. Mais il me forçait à avoir des rapports. Quand je refusais, il me battait, déchirait mes vêtements. Tous les jours, pratiquement, j’avais un haut ou une culotte déchirée. Je ne savais pas à qui en parler. Je vivais cloîtrée. Et surtout, j’appréhendais chaque soir.
Pour échapper au lit conjugal, je passais la nuit devant la télévision. Au cours de cette période traumatisante, j’ai perdu confiance en moi. Je me sentais seule, perdue dans un pays où je ne connaissais personne. Par peur des coups, je ne pouvais qu’obéir, malgré moi, à mon «mari». Par moments, je pensais au suicide.
Durant ces années de solitude extrême, la seule personne qui me procurait un peu de bonheur était mon fils que j’ai eu deux ans après mon arrivée en France. Dans l’intervalle, mon père est décédé au pays. Je n’ai pas pu venir à ses obsèques. Mon «mari» ayant cru que si je venais je ne retournerais plus. Cela avait d’ailleurs créé une dispute entre nous. Une de plus au cours de laquelle il m’a copieusement battue devant ma rivale. Elle ne protestait jamais d’ailleurs.
Plus tard, j’ai eu mes papiers après moult difficultés. Mon «mari» avait dû expliquer à la préfecture de police que j’étais sa nièce. Grâce à ces papiers, je pouvais sortir sans crainte. C’est ainsi que j’ai obtenu un job de baby sitter. Je n’en avais pas informé mon «mari» avant. Une erreur. Quand il l’a su, ça a été encore une fois des disputes. Il disait qu’il ne comprenait pas mon attitude et que nous avions tout à disposition à la maison. Il se comportait ainsi par jalousie, car il s’imaginait que j’avais une relation extraconjugale. Difficile pour moi de lui faire entendre raison. Plus le temps passait et plus les choses empiraient. C’était insupportable, à la limite.
Une nuit, je suis rentrée un peu plus tard que prévu. J’avais fait des heures supplémentaires au travail, car ce jour-là, mes patrons ne sont pas rentrés tôt. Quand je suis arrivée à la maison, mon «mari» m’attendait au salon avec un fouet. Il m’a d’abord battue comme d’habitude. Puis, il a ensuite abusé de moi, toute la nuit. Mais cette fois, ça a été le déclic. J’ai compris que je ne pouvais pas passer toute ma vie dans cet enfer.
Le lendemain, après son départ de la maison, j’ai pris mon fils. Je suis allée porter plainte au commissariat et fait un constat à l’hôpital. Par chance, j’ai obtenu une place dans un foyer. J’y ai passé quelques mois, le temps de me reconstruire. En continuant de travailler, j’ai mis de l’argent de côté. C’est grâce à ces économies que j’ai payé mon billet d’avion pour rentrer en Côte d’Ivoire. Je ne pouvais plus rester en France. Cela me rappellerait trop de mauvais souvenirs.
A mon retour, j’ai tout expliqué à ma mère. Qui regrette d’ailleurs de nous avoir mises, mes sœurs et moi, dans une telle situation. Malgré tout, je ne lui en veux pas, car elle était également sous la coupe de notre père. Elle est âgée aujourd’hui et je lui souhaite de vivre encore longtemps.
Remariée aujourd’hui avec un gentil monsieur, nous avons eu une petite fille. Mon homme me comble de bonheur. Il m’a fait oublier mes années d’enfermement et de silence. Avec lui, je suis bien, on parle de tout. En faisant ce témoignage, mes pensées vont vers toutes les femmes mariées de force, ou victimes de mariage arrangé. Seules celles qui ont vécu cela savent la difficulté. Mais les temps changent et il faut que les parents qui agissent encore de la sorte comprennent cela. Trop de femmes en souffrent par leur faute, sans savoir à qui en parler. Désormais, il faut que ça sorte ! C’est une souffrance qui détruit la vie, à petit feu.