Un jour, un événement (heureux ou malheureux), un fait ont bouleversé le cours de notre vie, positivement ou négativement.
Pour partager leur bonheur avec les autres ou pour se libérer d’un fardeau qu’ils portent depuis longtemps, certains ont décidé de se confier à Top Visages. Voici leurs histoires.
Rencontre avec un gangster
30/08/2012(09h00)
Il y a 5 ans, nous habitions à Angré, mon épouse, nos deux petites filles et moi. Mais nous avons été obligés de quitter le quartier pour emménager à Cocody, suite au double braquage de notre appartement en 2006. En l’espace d’une semaine, nous avons été visités deux fois par des voleurs ! Les scènes ont créé un traumatisme chez nos enfants, surtout notre dernière qui avait à peine 1 an. Depuis ces événements, mon épouse et moi-même n’arrivions plus vraiment à trouver le sommeil. On se réveillait au milieu de la nuit, au moindre bruit.
Je suis médecin pédiatre. Mon épouse exerce à la fonction publique. Nous travaillons toute la journée et ce n’est que le soir, seulement, que nous nous retrouvons à la maison. Durant notre absence, c’est donc la servante qui a la garde des enfants. Mais depuis que ces vols à main armée ont été perpétrés, ce n’était plus la sérénité dans l’immeuble. Et puis, quand on a été victime d’une chose pareille, on est échaudé. Le moindre bruit suspect dans la nuit fait peur. Le pire, c’est que vous ressentez le passage des voleurs chez vous comme une violation de votre territoire privé.
Les lieux rappellent toujours des mauvais souvenirs. Il fallait qu’on déménage. J’étais devenu, moi-même, un peu parano.
Dans notre nouvelle maison, j’ai fait installer une batterie de système de sécurité : verrous sur les portes et les volets, une alarme, des barbelés sur la clôture et tout… Bref, j’avais fait en sorte que la maison devienne une forteresse.
Dans la journée, lorsque je suis à mon cabinet, je déjeune régulièrement dans un restaurant situé non loin. Les après-midi aussi, je m’y rends, à mes heures libres, pour prendre un petit rafraîchissement et en profiter pour taquiner la gérante. Parfois, je restais jusqu’à 19 heures, voire 20 heures, et même bien au-delà. Cela ne dérangeait pas outre mesure mon épouse. Elle a toujours été compréhensive et je m’arrangeais toujours pour que règne la confiance entre nous à ce niveau. Mais un soir (autour de 20 heures), alors que j’étais encore dans le restaurant de mon amie, trois personnes débarquent. Comme dans un film western, ils sortent leurs armes et obligent tout le monde à se coucher par terre. Tout le monde s’est exécuté (clients comme serveuses). Les autres voyaient ça comme la fin du monde. Mais moi, j’étais habitué. Seulement, après leurs forfaits, les truands, à ma grande surprise, ne s’arrêtent pas là. Ils m’entraînent dehors et me demandent de monter avec eux, dans ma propre voiture ! Sur le coup, je ne comprends pas. Mais je devine leurs intentions quand ils m’obligent à les conduire chez moi. Mon premier reflexe a été de ne pas opposer de résistance. Je ne pouvais que faire ce qu’ils disaient.
Nous arrivons devant le portail, chez moi. Le gardien qui ne se doute de rien, ouvre. J’entre dans le garage. Toujours avec mes passagers à bord. C’est alors qu’ils sortent et maîtrisent tout le monde. J’entre dans la chambre, suivi de deux des voleurs. Ils s’emparent de tout ce qu’ils trouvent, dont la somme d’un million de francs. Ils emportent au passage un lecteur DVD et les téléphones portables de mon épouse et moi. Une véritable razzia. C’était terrible. Toutefois, j’ai remercié Dieu qu’ils n’aient fait aucun mal à un membre de la famille, ni aux domestiques. Ce qu’ils avaient pris ? Ce n’était que du matériel. Pour le reste, je m’en remettais simplement à Dieu (Mon épouse et moi sommes très croyants). Mais pourquoi ce genre de choses nous arrivait-il souvent ? Difficile à comprendre. J’étais persuadé de trouver un jour la réponse, en persévérant dans la prière.
En attendant, le temps a passé et, Dieu merci, nous avons essayé de tourner la page. J’avais quand même conservé, malgré moi, ces images dans un coin de ma mémoire. Ce ne sont malheureusement pas des choses qu’on supprime de la mémoire, comme dans un ordinateur. Mais la vie ne s’arrêtait pas là. Ainsi, je continuais à me rendre à mon bureau. J’ai toujours été passionné par mon travail. Et par dessus tout, j’adore les enfants. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’avaient poussé à opter pour la pédiatrie lorsque j’étais en Fac.
Environ deux ans après, un soir, un couple en détresse arrive dans mon cabinet. Avec leur enfant, âgé d’environ quatre ans. L’enfant avait du mal à se tenir debout. Il respirait à peine et n’arrivait pas à articuler un mot. Personne ne savait exactement de quoi il souffrait, en dépit des examens préalablement effectués au service pédiatrique du Chu de Cocody. On leur avait alors conseillé de se rendre chez moi.
A leur arrivée, lorsque mon regard a croisé celui du monsieur, j’ai eu l’impression de l’avoir déjà vu quelque part. En effet, j’ai reconnu sans difficulté l’un des voleurs qui m’avaient braqué une nuit, à Angré ! J’ai ressenti une petite sueur froide me traverser le dos. J’essayais de me dire que je me trompais. Car il arrive que des gens se ressemblent. Pendant que je m’occupais de l’enfant, je tentais de fouiller dans mes souvenirs. La voix et le regard de l’homme le trahissaient trop. Mais comment lui poser la question ? J’étais troublé. Par la force des choses, la vie de l’enfant de mon agresseur dépendait de moi à ce moment-là. Si je voulais, je pouvais renvoyer cette famille. Mais le petit mourrait. Cette façon de faire est contraire à la déontologie de mon métier. Et puis, après tout, l’enfant n’était pas comptable des œuvres de son père. C’est donc plutôt avec un réel plaisir que je me suis occupé du gosse. Je n’ai pas exigé le moindre frais à la fin de ma prestation. Enfin, quand je suis rentré à la maison ce soir-là, j’ai prié pour lui, car son cas était critique. Heureusement, il s’en est sorti. J’étais le plus heureux. L’une des plus grandes satisfactions de ce métier réside là : le fait de redonner un second souffle à un mourant. Quoi de plus beau ! Voici comment j’ai sauvé la vie de l’enfant de mon agresseur. Lui, n’a jamais su cela, puisque je ne lui ai rien dit. Moi, je n’ai fait que faire mon travail. Et comme toujours, pour le reste, je m’en remets à Dieu. Lui seul sait ce qu’il fait. Et Sa volonté restera toujours la meilleure ! C’est pourquoi, je Lui rends grâce que je sois toujours en vie.