Un jour, un événement (heureux ou malheureux), un fait ont bouleversé le cours de notre vie, positivement ou négativement.
Pour partager leur bonheur avec les autres ou pour se libérer d’un fardeau qu’ils portent depuis longtemps, certains ont décidé de se confier à Top Visages. Voici leurs histoires.
J’ai tiré sur un homme
31/05/2012(09h00)
Je suis un père de famille à la retraite. Depuis 4 ans, je vis avec un souvenir devenu pour moi un fardeau. J’ai décidé d’en parler, dans l’espoir que ça changera quelque chose à ma situation. J’ai certes eu les encouragements et le réconfort de mes proches, mais en racontant mon histoire ici dans Top Visages, cela serait peut-être un soulagement de plus pour moi.
Jusqu’en 2008, je vivais dans un quartier de Koumassi, depuis plus de vingt ans avec ma femme et nos trois enfants. Au début, c’était un quartier tranquille et c’est ce qui m’avait poussé à m’installer là. Mais au fil du temps, ce coin est devenu dangereux. Il est devenu progressivement comme un marché pour les voleurs. Plus le temps passait, plus ça s’empirait. Quasiment chaque mois, des vols étaient commis. On avait beau se plaindre à la police, rien ne changeait. A force de voir les vitres des véhicules cassées et les voitures vidées de leur contenu, on avait improvisé un parking avec un gardien. Malgré tout, ce n’était pas suffisant. Les vols continuaient : disparition de vêtements sur les cordes à linge, chaussures volées, fourneaux emportés, bouteilles de gaz, télévisions, lecteurs DVD, argent, etc emportés. Ne parlons pas des viols ! Il y en avait souvent.
Les locataires victimes de cambriolage défilaient au commissariat pour déposer plainte. Sans que cela ne donne des résultats. Le plus surprenant, c’est que ces vols étaient perpétrés avec un sans gène, une arrogance et un sentiment d’impunité incroyables. Fatiguée de tout cela, ma femme voulait qu’on déménage. J’étais de cet avis. Mais avant de prendre la décision, il fallait trouver un appartement décent avec un coût modéré. Car pour moi, il était hors de question d’aller vivre avec les enfants dans un environnement pire que celui dans lequel on vivait déjà. Entre temps, j’avais pris des mesures de sécurité, à titre personnel. Je comptais bien me défendre, en cas d’attaque de notre domicile. Il n’a pas fallu longtemps pour que cela se produise.
Un samedi, nous sommes sortis, en famille, toute la journée pour aller rendre visite. A notre retour, entre 19 heures et 20 heures, surprise ! Quelqu’un s’était introduit dans la maison à notre absence. Il avait fouillé dans les tiroirs. Il avait même été jusque dans les chambres, vidé les valises et les sacs à mains sur le lit (linges et sous-vêtements éparpillés), fouillé dans les placards. Contre toute attente (et c’est ce qui était le plus curieux), le «visiteur» n’a rien pris ! Il s’est contenté de tout mettre sens dessus-dessous. Avant de ressortir par la fenêtre, exactement là où il était entré. C’est la première fois qu’une telle chose nous arrivait. Jusque-là, on avait été épargné par les vols à domicile. Je me suis dit que cet individu était certainement à la recherche d’argent liquide, vu qu’il n’avait rien pris : pas la télé, pas même le lecteur DVD, ni l’ordinateur, ni la bouteille de gaz ou tout ce qui était facile à transporter. Il n’a rien cassé. Mais, vous savez, quand on arrive chez soi après le passage d’un voleur, on se retrouve comme une personne étrangère dans sa propre maison. Tant le désordre est grand. Cela avait rendu ma femme encore plus angoissée. Toutes les nuits désormais, on dormait avec la peur au ventre, portes et fenêtres verrouillées.
Mais voilà, quelques semaines seulement après cette visite, nous en avons reçu une autre. Une nuit, vers 1 heure du matin, trois hommes cagoulés ont pénétré dans notre maison. Malgré tout le dispositif sécuritaire que je pensais avoir soigneusement mis en place. Les sinistres individus ont d’abord ligoté et bâillonné tous les membres de la famille. Y compris moi-même. Avant de se mettre à fouiller la maison.
Mais pendant qu’ils étaient occupés à chercher, j’ai réussi à me libérer. J’ai saisi mon fusil de chasse de calibre 12 et fait feu sur l’un des agresseurs ! Ce dernier a été atteint, mais il n’est pas mort sur le coup. Il a essayé tout de même de s’enfuir avec ses copains. Mais ces derniers ont dû le lâcher, car il semblait très mal en point. De mon côté, après ce coup de feu, j’ai appelé la police. Ils ont dépêché un détachement sur les lieux. Et quand ils sont arrivés, j’étais encore sous le choc, complètement désorienté… J’étais perdu, ne sachant que faire ! Je n’avais jamais tiré de ma vie. A plus forte raison sur un homme.
Notre maison s’est bientôt retrouvée envahie par les voisins. Le malfrat sur lequel j’avais ouvert le feu a été conduit à l’hôpital. Malheureusement pour lui, il a succombé à ses blessures en chemin. Même si je n’avais fait que me défendre, je souffrais à l’idée que j’avais tué un homme. C’était difficile à supporter pour moi. Une enquête a été ouverte et l’affaire confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie.
Dans un premier temps, j’ai été mis en examen pour détention illégale d’arme. En effet, je n’avais pas déclaré aux services compétents que je possédais une arme. Ce qui constitue une infraction vis-à-vis de la loi. Je risquais même de faire la prison pour deux raisons : homicide et possession illégale d’arme. J’ai comparu devant le juge. A mon grand soulagement, j’ai été relâché après l’interrogatoire, tout en étant condamné à payer une amende.
Cette tragédie est restée gravée dans ma mémoire. Je n’arrive pas à l’effacer. De temps en temps, j’essaie de me convaincre que ce n’était pas ma faute si j’ai tiré sur quelqu’un. Je n’avais fait que me défendre et défendre ma famille d’une agression à domicile. Aujourd’hui, j’espère trouver une forme de rédemption en vous livrant mon histoire.