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OLIVIER LAOUCHEZ, PDG DE TRACE TV  
  Bientôt les Trace Tv Music Awards  
Invité par Magic System pour la cérémonie de lancement de FEMUA 2009, Olivier Laouchez, PDG de Trace TV, a évoqué son partenariat avec le groupe zouglou, ses aller et retour sur Abidjan et la nouvelle approche de sa chaîne. Il est aussi revenu sur la crise qui frappe les départements d’outre-mer français dont il est originaire.  
 


21/03/2009 (09h00)

• Qu’est-ce qui vous amène à Abidjan ?

- Tout d’abord, on est venu à l’invitation de nos amis de Magic System pour la présentation de l’édition 2009 du FEMUA (Festival de musiques urbaines d’Anoumabo). L’idée, c’était de confirmer le partenariat entre Trace TV et le FEMUA pour montrer à tel point, on est impliqués dans la communication de cet évènement. On voulait aussi continuer ce qu’on avait déjà commencé l’année dernière. C’est-à-dire faire connaître ce festival à toutes les personnes d’abord en Côte d’Ivoire, en Afrique mais aussi au monde entier. Puisque Trace TV est diffusée dans 130 pays.

• Qu’allez-vous faire concrètement en termes de communication pour le festival ?

- Il y aura trois choses concernant le festival. On va faire un agenda pour annoncer que le festival a lieu. On communiquera sur les antennes télé de Trace TV et sur le site Internet. Deuxième chose, pendant le festival, on a prévu de réaliser un documentaire.

• Comme l’année dernière ?

- Oui mais, un peu plus ! L’année dernière, on avait fait un documentaire de 13 minutes. Cette année, on fera des choses beaucoup plus importantes avec un documentaire de 26 minutes. Troisièmement, après, la réalisation de ce documentaire, on va le diffuser dans le monde entier et on va essayer de le proposer à d’autres chaînes. On montrera ainsi la réalité de ce festival et la réalité de cet endroit (NDLR : Anoumabo) que le FEMUA contribue à faire connaître dans le monde entier. A’Salfo et son équipe seront présents dans le documentaire. Entre autres éléments qu’on publiera, il y aura la parade, les coutumes, le mini marathon, les enfants et aussi les artistes qui vont se produire. On donnera à voir la fierté de toute une population qui voit qu’on arrive à faire venir dans leur cité des artistes du monde entier.

• A côté du FEMUA, on parle aussi de Trace TV Music Awards à Abidjan.

- C’est vrai mais, c’est un projet pour 2010. L’idée est que ça fait maintenant 6 ans que Trace TV existe. En 2010, cela fera 7 ans. On a contribué, à travers la chaîne, à faire connaître beaucoup d’artistes noirs africains, caribéens, latino-américains, de hip-hop, de ragga…On se rend compte qu’il y a un besoin de pouvoir récompenser ces artistes à travers une opération autour de Trace TV. C’est comme ça qu’on a eu l’idée de créer les Trace Tv Music Awards.

• Pourquoi le choix d’Abidjan ?

- Abidjan est pour nous un choix de ville très simple : c’est le centre de l’Afrique de l’Ouest d’une part. Et d’autre part, il y a les infrastructures en termes de salles, d’aéroport, d’hôpital…Plutôt de le faire comme tout le monde dans les grandes capitales occidentales, on s’est dit pourquoi ne pas choisir de faire ce festival en Afrique. Historiquement, l’Afrique a toujours été importante dans le développement de Trace TV. Pour lancer Trace, on a racheté MCM Africa qu’on a relancé. On a donc une partie de nos origines qui sont sur le continent. Aujourd’hui, nous sommes la première chaîne musicale du continent africain. Ce qui nous permet d’avoir aussi des relations extrêmement étroits avec des maisons de disques, des artistes…

• Les artistes inter accepteront-ils de vous suivre ici à Abidjan ?

- J’en suis sûr. Il n’y a aucune raison qu’ils n’acceptent pas. Je pense que ça va les changer un peu. A un moment donné, aller à Paris, à Cannes, à New York, c’est bien et c’est très facile pendant toute l’année. Mais venir à Abidjan, en Côte d’Ivoire, cela a un autre sens. C’est important aussi pour eux de découvrir d’autres réalités qui ne sont pas forcément celles qu’ils voient tous les jours. On est très attaché à ce que ces réalités soient présentées à ces artistes et journalistes parce que c’est aussi cela la vraie vie. La vraie vie n’est pas seulement les palaces avec les suites dans les hôtels, le champagne et tout ce qui est bling bling…En plus, la Côte d’Ivoire sort d’une crise et elle a envie de prouver au reste du monde qu’elle est capable d’organiser des évènements avec une touche internationale. Il y a bien de risques de choisir de venir faire les Trace TV Music Awards à Abidjan mais avec tous les partenaires, Gaou Production, Magic System, le ministère du Tourisme, on doit pouvoir arriver à mettre quelque chose en place. Il faut qu’il soit un évènement différent des autres awards et peut-être plus réel.

• C’est ce qui explique vos fréquents aller et retour sur Abidjan ?

- Il faut dire qu’on a beaucoup d’activités à Abidjan. Non seulement autour du FEMUA mais on est partenaire d’autres opérations. Là, on va être partenaire du concert de Kassav’ qui aura lieu le 30 avril ou le 1er mai 2009. On est également entrain de développer un partenariat avec des opérateurs de téléphonie mobile pour des plates-formes de services. Il y a beaucoup de choses qui se passent à Abidjan sur lesquelles, Trace TV est partenaire.

• Dans une précédente entrevue à Top Visages, vous qualifiez les clips africains de chansons filmées…

- Oui ! Là il y a eu un effort de fait. Et grâce à ces efforts, on peut lancer la nouvelle chaîne du groupe Trace TV qui est Canal Tropical dans laquelle, on aura beaucoup de clips africains. Elle existe déjà dans la Caraïbe et dans l’Océan indien. La nouvelle chaîne est consacrée exclusivement aux musiques africaines, caribéennes et latino-américaines. Elle sera bientôt disponible sur le bouquet Canalsat-Horizons.

• Donner une chaîne à l’Afrique, ce n’est pas classer dans une catégorie la musique noire ?

- Non, il y a des genres musicaux. Il y a des gens qui aiment le rock, le gospel, la musique classique…On s’est rendu compte qu’il y avait de très fortes correspondances entre les musiques tropicales que sont la salsa, le zouk, le coupé-décalé…

Et les gens qui aiment l’un de ces genres aiment aussi les trois autres. Alors, les réunir sur une même chaîne a bien un sens. On essaie de travailler avec de très grandes familles musicales qui vont très bien ensemble. Notons aussi que de plus en plus, il y a des featurings entre des artistes de genre différents mais qui font des choses ensemble.

• A la limite du porno, les clips sont de plus en plus hots et érotiques sur Trace TV.

- Ce sont effectivement des clips très sexy. On a une tranche qu’on appelle Adulte en ligne sur Trace où on diffuse ces vidéos parce qu’elles existent et que cela fait un peu partie de la culture hip- hop. C’est vrai que Trace est une chaîne très sexy, hot mais il n’y a jamais eu du porno dessus. Si on le faisait, on perdrait tout de suite notre licence. On n’en a pas le droit. Nous sommes une chaîne grand public destinée aux jeunes.

• Trace a-t-elle des partenariats avec d’autres chaînes ? Lesquelles ?

- On travaille sur des partenariats publicitaires avec d’autres chaînes. On collabore beaucoup plus avec le groupe Canal+ pour faire des coproductions, des magazines…

• Quel pourcentage pour l’Afrique dans la programmation de vos chaînes ?

- Sur Trace Tropical, ça va être un tiers. Sur Trace TV, ça doit être aujourd’hui à 10%.

• Revenons à l’actualité dans les Départements d’outre-mer français dont vous êtes originaire. Qu’en pensez-vous ?

- (NDLR : l’entretien a eu lieu le 21 février avant la fin de la crise en Guadeloupe) C’est une situation difficile qui touche la Guadeloupe, la Martinique et un tout petit peu la Réunion et la Guyane qui sont en gros les départements d’outre-mer (DOM). C’est un peu les dernières colonies françaises. On a une exclusion sociale. Là-bas, vous avez la majorité de la population qui gagne moins d’argent qu’en France alors que les prix des marchandises et des produits de consommation sont 30 à 40% plus chers qu’en France. Les fonctionnaires, eux, gagnent 40% de plus qu’en France et s’en sortent bien. Mais, c’est la population locale, plutôt noire, qui a de vrais problèmes pour effectivement faire face aux dépenses quotidiennes. Quand vous rajoutez à cela que beaucoup de centres de décisions sont contrôlés par des Français blancs et que la population locale, notamment noire, a le sentiment d’être exclue des prises de décisions…et que la classe politique a des problèmes pour donner une vision sur le développement économique, social et culturel des Antilles, la population se sent un tout petit peu abandonnée. Vous avez donc tous les facteurs pour une explosion et il y a eu cette explosion sociale, économique, raciale aussi.

• C’est qui le véritable responsable ? La métropole ou les DOM ?

- On a une petite minorité appelée les Béké qui sont les descendants des Blancs créoles qui sont quelques centaines mais qui contrôlent plus de la moitié de l’économie locale. Certains d’entre eux sont des nostalgiques du passé esclavagiste français.

• Avez-vous le même SMIG que la métropole ?

- Le fonctionnaire français détaché à l’outre-mer (à la Guadeloupe notamment) gagne, en tout cas, plus d’argent que son collègue guadeloupéen. La plupart des fonctionnaires qui viennent de Paris sont payés au-delà du SMIG français. Mais le SMIG guadeloupéen est un tout petit peu inférieur à celui de la France métropolitaine alors que les produits sont plus chers. Même la banane guadeloupéenne est plus chère en Guadeloupe qu’en France. L’eau, le lait, le poisson, le yaourt…tout est plus cher qu’en France. Cela s’exprime par le fait que beaucoup de choses sont importées et les distributeurs, les importateurs prennent de grosses marges. Quand on additionne les taxes et les marges, on voit que la distribution gagne beaucoup d’argent sur le dos des consommateurs locaux en majorité noire.

• Etes-vous un Français à part entière ou un Français entièrement à part ?

- Ce sont des jeux de mots politiques. Je suis un Français un peu particulier. Je suis martiniquais, français et un tout petit peu citoyen du monde. J’ai un passeport français et j’ai vraiment cette double culture caribéenne et française et de par mes activités professionnelles, je me suis ouvert aussi à beaucoup de réalités de pays africains. En tout cas, je ne suis pas comme tous les autres Français.

 

omar_tani@yahoo.fr

 

 
   
     


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