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DROITS D'AUTEUR

Ce Burida dont on rêve !

Si l’on en croit le ministre de la Culture et de la Francophonie, Augustin Comoé, la restitution du Burida aux artistes sera achevée avant la fin du mois de Juin. D’ici là, que va être la nouvelle configuration de la maison de droits d’auteur ?

02/06/2009 (16h00)

Depuis l’annonce, en novembre 2008, du décret du Président de la république leur octroyant la gestion de leur Maison, un vent de campagne souffle sur le monde des arts. Les états-majors des différents candidats au Conseil d’administration puis à la présidence dudit conseil, affûtent leurs armes. Les tractations qui entourent toute élection sont réunies. Notamment les coups bas, les dénigrements, les tractations financières, le débauchage de voix… de sorte que l’on perd de vue ce que l’on attend réellement du Burida. Si pour les uns l’enjeu de ces élections ce sont les postes électifs, pour les autres par contre, l’intérêt est bien ailleurs. C’est le cas des producteurs, promoteurs, distributeurs, managers…

En somme les industriels de la musique et des arts.

Pour les professionnels de l’industrie musicale, la rétrocession du Burida aux artistes est une bonne chose. Résultat de la lutte de plusieurs années, la gestion de la maison des droits par les sociétaires eux-mêmes est salutaire. Non pas parce qu’ils en seront les gestionnaires au quotidien, mais surtout en raison du nouvel organigramme qui impose une nouvelle gestion qui se démarque de ce qui a été fait jusque-là. Désormais, avec son nouveau statut de société civile de type particulier, le Burida nouveau aura sa gestion quotidienne entre les mains d’un directeur général recruté sur proposition du Conseil d’administration après un appel à candidatures. Mieux, choisi sur la base de ses compétences en matière de gestion, de management et de son plan d’action une fois à la tête de la structure, il sera désormais le seul maître à bord du navire Burida. Mais, pour prévenir toute dérive, le décret lui adjoint un conseil d’administration et un Commissariat aux comptes. Le conseil sera composé de 21 membres, en majorité artistes créateurs, et présidé par l’un d’eux. Il aura à charge de porter une appréciation sur la gestion de la direction générale à la fin de chaque exercice. En clair, et contrairement au passé, le conseil d’administration ne s’impliquera pas dans la gestion quotidienne du Burida. Et les commissaires aux comptes qui sont des Experts comptables en fonction, également recrutés par appel à candidatures, se chargeront de contrôler la gestion financière de la direction générale. Notamment, de constater et de dénoncer toutes anomalies dans les comptes du Burida.

C’est au regard de tout cela, que les professionnels saluent le décret présidentiel et le considèrent comme un tournant dans l’histoire des droits d’auteurs d’œuvres de l’esprit en Côte d’Ivoire.

«Les artistes n’étant pas des gestionnaires ou des financiers, il était important de ne pas leur donner la gestion quotidienne et financière du Burida». Et de donner l’exemple de la Sacem en France qui est gérée comme une entreprise par «des personnes qualifiées pour !»

Devant cette nouvelle organisation qui se prépare, tout le monde se prend déjà à rêver d’un Burida plus professionnel et plus transparent dans sa gestion. C’est-à-dire une maison des droits d’auteurs qui ne soit pas une caisse noire, un grenier pour certains hauts responsables, comme ce fut le cas par le passé. Une fois mis en place, ce Burida nouvelle formule, devra s’attaquer à d’importants chantiers tels que la réorganisation du recouvrement des droits d’auteurs dans des espaces et autres structures qui consomment les œuvres artistiques, notamment, la musique : les maquis, bars, restaurants, night-clubs ; et plus principalement, les télévisions et les radios.

Ce qui permettrait «au créateur qui a travaillé de recevoir la juste récompense de ses efforts», commente cet artiste qui se dit affligé par la lutte inutile que les artistes se livrent actuellement. Parce que pour lui, «les artistes ne sont pas encore mûrs. Et nous n’avons encore rien compris de notre rôle en tant qu’artistes». Autrement dit, on attend un changement d’attitude chez les artistes et créateurs vis-à-vis de la structure de perception des droits.

Dans une période où la création artistique et l’industrie discographique, à travers le CD et le DVD traversent, ici, la plus grande crise de son histoire, parce que confronté à la piraterie, l’autre gros chantier reste la lutte contre la contrebande. La piraterie des œuvres de l’esprit a atteint, aujourd’hui, des proportions qui dépassent tout entendement. Il s’agit donc, pour ceux qui vont diriger le Burida, de mettre en place une politique efficace pour réduire ce phénomène à des proportions acceptables à défaut de l’éradiquer.

Quelque peu nostalgiques, certains évoquent souvent la période d’avant la guerre de 2002 où le phénomène était maintenu dans des proportions vraiment tolérables. Aujourd’hui, la piraterie se pratique à visage découvert, sous nos yeux, impunément.

Il s’agit donc d’initier «une politique courageuse qui ne fait la part belle à personne, mais avec la seule rigueur de la loi». Et cela passe d’abord par une véritable campagne de sensibilisation de la population.

Mais cette action vigoureuse que l’on attend du Burida ne sera efficace que si, selon un ancien responsable de la Maison qui ne compte plus y jouer un quelconque rôle, les nouveaux dirigeants «vont vers une départementalisation de la maison». Comme, par exemple, un département pour les éditeurs, un autre pour les interprètes ou encore celui des auteurs compositeurs…Pour lui, c’est de cette façon, que l’on va définitivement taire les tensions et querelles.

Si la question de la piraterie se place au plus haut point des préoccupations des professionnels, la fin des conflits dans la maison Burida sera la clé du succès de ce nouveau départ. Il suffira que, dans le fonctionnement du Burida nouveau, chacun respecte l’organigramme mis en place.

Si c’est vrai que la musique est une grosse industrie capable de générer des masses d’argent inimaginables, il est vrai aussi que l’argent n’aime pas le bruit…

 


A chacun son rôle !

Le décret instituant le Burida nouvelle formule sonne-t-il la fin des incessantes palabres dans la maison de droits ? Répondre par l’affirmative n’est certainement pas hasardeux. Les différentes crises qui ont mis à mal l’existence du Burida étaient généralement dues à ce que le Conseil d’administration voulait jouer le rôle de la direction générale. Si celle-ci n’est carrément pas écartée. Qui ne se souvient des oppositions Valen Guédé-Norbert Etranny, Valen Guédé- Mohamed Kice…Et plus près de nous, la dernière crise en date qui a opposé Tantie Oussou à Irène Vieyra alors respectivement présidente du Conseil d’administration et directrice générale. Conflit de compétences ou la mauvaise foi ? Toujours est-il que ces crises n’ont pas moins pourri l’atmosphère à la maison des artistes pendant plusieurs années. Le présent décret fixe les attributions des uns et des autres. «Les parkings sont désormais partagés». Même si le Conseil d’administration choisit le directeur général qui est ensuite nommé en Conseil de ministres, il n’a qu’un rôle de contrôle sur celui-ci. Seul le directeur général est chargé de l’essentiel de la gestion du bureau des droits. A chacun son rôle donc.

C.K

 

 

 


Par Claude Kipré
claudekipre@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 
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