21/05/2008 (09h00) • Quelle sera la coloration de ton nouvel album en préparation ?
- Pour parler de coloration, je dirais que ce sera du world-beat. C’est-à-dire une fusion de la musique du terroir et de la musique moderne. Je chante la Paix. Je donne des messages et je chante l’Afrique. Parce que ce continent, notre continent, n’a pas besoin de guerres. Facteurs de destruction de ses potentialités humaines, économiques, culturelles, etc.
• Dans quelles conditions cet album qui arrive a-t-il été réalisé ?
- Au départ, c’était difficile. Parce qu’il n’était pas facile de trouver un arrangeur pour m’assister dans le travail que je faisais sur le son ivoirien que je voulais sur le morceau : «Lets go for Peace» (allons-y pour la paix). Mais heureusement pour moi, grâce a José Touré, un compatriote vivant aux Etats-Unis, j’ai pu retrouver l’un des meilleurs batteurs ivoiriens, en la personne de Abou Diarrassouba, l’ex-batteur de l’ORTI qui vit maintenant à New York qui m’a fait la batterie. J’ai aussi travaillé en collaboration avec un grand producteur de la place qui était à l’époque, le directeur musical de «Électronique Art». Il avait composé la musique du jeu électronique qu’on appelle : Sims or Sim City.
• Comment mènes-tu ta carrière aux Etats-Unis ?
C’est vrai que ce n’est pas facile. Mais, je la mène très bien. J’approche ceux qui peuvent m’apporter quelque chose de positif. Je voudrais dire que je suis impatiente de retrouver les miens au pays. Mais il faut dire qu’aux Etats-Unis, je suis beaucoup sollicitée pour prester. Je suis toujours partie .Ce qui m’empêche de bien gérer ma vie sociale.
• Comment réagissent les mélomanes américains, quand tu prestes en chantant dans ta langue maternelle, le gouro ?
- A part quelques rares fois où certains mélomanes ont voulu savoir ce que je dis dans mes chansons, la plupart s’intéressent plutôt à la musique. Ils me le rendent d’ailleurs bien. J’en suis fière !
• Comment as-tu appris le décès de Joëlle C ?
- C’est Cady Wassa qui m’a informée la première fois et j’ai aussi lu la nouvelle sur le net. C’était avec une grande consternation que j’ai appris cette triste nouvelle. Pour moi, c’est incroyable ! Mais pourtant vraie ! La dernière fois que j’ai parlé avec Joëlle C, c’était lorsqu’elle était venue jouer à la fête des Akyé à New-York. Elle m’avait simplement dit avoir eu le même problème de sentiment que moi. La presse ivoirienne en avait fait grand écho en son temps. Elle m’en a parlé sans trop aller dans les détails. Car je ne voulais pas en savoir davantage. Pour éviter que je me souvienne de ce triste passé que j’ai vécu. C’est vraiment dommage! Que son âme repose en paix ! Je remercie toutes les bonnes volontés qui ont essayé de l’aider dans ses derniers moments, notamment Akissi Delta, Gadji Celi … C’est cette solidarité qui nous manque, qui doit caractériser les artistes que nous sommes.
• …
- Ici, aux Etats-Unis, la diaspora ivoirienne semble être beaucoup divisée. Pour ma part, j’envisage créer une structure pour assister les artistes démunis avant leur mort. Je pense que ce n’est pas la première fois que des artistes ivoiriens meurent. Ce mal est devenu une plaie qui doit être guérie à tout prix. Cette situation récurrente et regrettable est peut-être due à des choses, que seuls, les ivoiriens connaissent l’origine et savent comment trouver la solution, pour le bien-être de leurs ambassadeurs que sont les artistes.
• Les uns parlent des pactes qu'ils auraient signés avec le diable pour connaître rapidement la gloire. Quand, les autres font allusion aux religieux véreux qui les induisent parfois en erreur !
- Je pense qu’ un vrai artiste est déjà une personne publique qui n’a pas besoin de faire tout ça pour connaître la gloire. Lorsque vous regardez bien une étoile dans le ciel, elle apparaît aux yeux de tous, à moins qu’elle soit cachée par un nuage sombre. Le talent est incontournable. Mais c’est plutôt les jaloux, les envieux et des personnes de mauvaise foi qui sont la cause de la mort des artistes. L’artiste fait sa prestation pour son public. Son travail, c’est de faire plaisir, adoucir les mœurs et rendre les gens heureux. Ce n’est pas facile d’être dans la peau d’un artiste. Car c’est un métier très difficile. C'est pour cela qu’il ne sert à rien de les envier. Il faut avoir la passion, la conviction et l’amour total de la chose pour que ton art survive. Une chose que les gens doivent retenir, c’est que, lorsqu’on perd un artiste, c’est la culture qui se meurt. Une nation sans culture, sans ambassadeur, ne peut être représentée parmi tant d’autres. Gabriel Tiacoh, Ernesto Djédjé, Zion Pauline, Gnaoré Djimi, Lougah François et bien d’autres personnes de renom, ou anonymes sont mortes. Ça ne nous avance à rien ! Donc si les africains veulent laisser mourir leurs porte-flambeaux, c’est que eux-mêmes ne veulent pas de leur propre bien et ne se considèrent pas. C’est pour cela que l'Afrique est toujours à la traîne. Ce n’est pas seulement la famille des défunts qui subissent les conséquences. C’est tout une communauté, tout un pays et toute l’Afrique.
• Vous les artistes, vous parlez de Dieu. Vous vous confiez à lui… Et pourtant !
- Il y a des prêtres qui sont eux-mêmes pédophiles. Ces artistes ne sont que de simples personnes qui ne sont pas à l’abri des tentations. Mais au moins, ils sont artistes et non des prêtres. Le péché est en nous tous. Seuls, les plus forts et les chanceux y échappent. Il n’y a pas seulement que les artistes. Moi, je crois en Dieu. Mais si tu me demandes quel genre de musique je fais, je te dirai que je ne suis pas une artiste du gospel. Car ce n’est pas mon fort. Il a fallu que Jésus soit dans un corps humain comme nous, pour que son message passe. Sinon, on le verrait comme un extraterrestre ! C’est pour dire que, tu peux être dans n’importe quel corps, et donner de bons messages de Dieu. Dieu est le seul être suprême que le sorcier ne peut pas tenter et tromper.
• Crois-tu en Dieu ?
- Oui ! je crois en Dieu et je suis baptisée. S’il te plaît, par le Pasteur prince Charles. Mais ce n’est pas facile. A cause des nombreuses tentations. Je suis tentée. Mais je lutte pour résister au malin. Surtout grâce à la prière. En tout cas, je m’en sors bien.