| |

22/06/2011(16h00)
Ex-chanteur de pop raté, comme il l’avoue, ex-prof d’anglais, ex-correspondant étranger en France, Darren a toujours rêvé de Paris. Il fait partie des consultants de l’émission «L’Equipe du Dimanche» sur Canal + où il présente les résultats du foot anglais. On peut dire qu’Hervé Mathoux (ex-présentateur de l’émission) ne s’était pas trompé en le faisant venir sur la chaîne cryptée. Aujourd’hui, l’Anglais vole de ses propres ailes et squatte l’antenne de Canal+ avec ses émissions “Match of ze day”, une émission sur le football anglais, juste avant Jour de foot et Fabulous Sport qu’il a créées, il y a bientôt deux ans. Sans oublier (bien sûr) sa chronique dans l’Équipe du Dimanche, cette émission qui l’a fait débuter et à travers laquelle il est entré dans nos cœurs.
Darren est un homme très busy. Mais il a tout de même pris le temps de répondre à nos questions sans se départir de son humour et de sa bonne humeur habituelles. Si on l’adore, c’est aussi à cause de son affection toute particulière pour les habits “haut en couleur”, très “sixties”: col roulé flashy, veste trois boutons ou croisées en velours, boots… C’est ainsi qu’on peut lui donner le doux sobriquet de “Darren d’Angleterre” en référence à la Reine d’Angleterre. “God save Darren !”
Pour commencer cet entretien, on avait envie qu’il nous parle de son enfance. «Je suis né sur la côte sud de l’Angleterre, là où il y a un soleil splendide tous les jours, enfin, de temps en temps. J’ai grandi à côté de Brighton, une ville qui est un peu une station balnéaire anglaise, avec deux universités, quand même. Donc il y a un petit peu de vie culturelle, sociale et sportive, mais aussi un grand club de football. Et je suis sûr que vous êtes tous amateurs de l’équipe de foot de Brighton. Non ? O.K ! Mais quand j’étais petit, c’était mon club. J’ai passé de nombreux samedis après-midi sur les pelouses pour voir évoluer Brighton and Hove Albion. Ils ont connu leur heure de gloire en 1979 en accédant en Premier League pour la première et unique fois. Actuellement, il est en D3, en troisième division anglaise.»
«Mon histoire d’amour avec le foot a commencé avec tout ça. J’ai également suivi mon père, un latéral “à l’ancienne”, souvent débordé mais qui était passé maître dans l’art du tacle à retardement. Il avait un niveau plus faible que moyen et moi, c’était encore pire, je crois (rires). Mais, je n’ai pas suivi ses traces. Heureusement pour moi.»
Après des études en Sciences Po, Darren s’est, curieusement, retrouvé dans le journalisme. «C’est un accident de parcours», dit-il. Car son histoire, comme celle de la plupart des gens, est faite de haut et de bas, des décisions qui sont prises et qui aboutissent à autre chose, des destins qui se croisent. «On ne sait jamais où on va exactement dans la vie».
Un jour de 1998, après une soirée de fin d’études bien arrosée, il décide de partir pour Paris. «Pour voir les Françaises», rigole-t-il.
• Comment êtes-vous arrivé au journalisme ?
- Je suis reparti de zéro à Brighton, en tant que stagiaire-pigiste non rémunéré dans une radio locale. Ensuite, en France, j’ai signé avec l’Agence américaine Bloomberg (Une agence basée à Londres) pour la Coupe du monde 1998 en France. Il y a eu ensuite Roland-Garros et le Tour de France avant qu’Europe 1 ne m’appelle pour parler du foot anglais.
• Et quel est le chemin qui vous a mené Canal+ ?
- Pour moi, Canal+, c’est une histoire un peu spéciale, et j’ai failli tout foirer. Tout simplement parce que moi qui n’avais pas Canal+ à la maison, je regardais parfois «L’Equipe du Dimanche» en crypté. J’apercevais plus ou moins les résultats. Et, de temps en temps, j’étais chez des potes qui avaient Canal. On faisait nos commentaires à nous, et on constatait que les mecs (les journalistes français : ndlr) de temps en temps, ne savaient pas prononcer correctement le nom des équipes ou des joueurs anglais. Et on se disait que nous le ferions mieux, mais enfin ! J’étais déjà journaliste sportif, mais dans la presse écrite seulement. La télé, ce n’était pas vraiment quelque chose que je connaissais. Tout a débuté donc en 2001 quand Hervé Mathoux a décidé de changer le format de l’Équipe du Dimanche sur Canal+. Il cherchait des chroniqueurs étrangers. C’est ainsi qu’il m’a appelé. J’ai cru à une blague de mes potes. J’ai donc failli tout foirer en fait. Mais c’était bien vrai. Voilà !
• Alors, cette première, pour vous qui n’aviez jamais fait de télé avant… ?
- Pour cette première émission, je me souviens être venu à Canal+ en fin d’après-midi le dimanche. J’étais un peu fébrile, j’avais les yeux grands ouverts comme ça. Je me disais : comment ça va se passer ? Va-t-il y avoir une répétition ? Que dire ? Quand parler ? Qu’est-ce que les gens aimeraient savoir ? Eux (les autres journalistes : ndlr), ils étaient évidemment très cool, car ils étaient habitués à faire de la télé. Et moi, j’étais là. De temps en temps, je faisais : «Hervé, on peut se voir un moment pour....» Finalement, il n’y a eu aucune répétition. Bien entendu, avec Hervé, on a discuté un peu avant, on a regardé les images qu’on allait montrer. En fin de compte, c’était assez drôle, parce que je passais à l’antenne, en direct bien évidemment. Ma plus grosse crainte, c’était qu’il me pose une question et que je n’arrive pas à sortir un mot ou que je ne trouve pas le mot en français. Parce qu’au début, et même encore aujourd’hui, ça arrive encore un peu de temps en temps, quand on est sous les feux des projecteurs, mon français régresse un tout petit peu, je ne trouve plus mes mots.
• Mais, c’est justement ce côté “so british” avec votre accent et vos maladresses, surtout vos tenues vestimentaires si décalées et si surprenantes, qui ont fait votre succès à la télé. Etait-ce pour vous faire connaître à vos débuts ou était-ce un pari avec Hervé Mathoux ?
- Je suis allé naturellement à ma première émission, sans me poser de questions sur ma tenue vestimentaire. J’avais demandé à Hervé : «On s’habille comment pour cette émission ? Et il m’a dit : «vous venez comme vous en avez envie.» J’avais un costume avec une petite chemise rose, et une petite cravate, pas mal. Et je suis allé comme ça. Je dois dire que j’étais un peu naïf au début, car j’ai sous-estimé l’importance de l’image. Dans la presse écrite, on écrit nos papiers et les gens ne nous voient pas, car ce qu’on écrit est plus important que ce qu’on est physiquement. Là, j’étais passé dans un autre univers et il m’a fallu plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour comprendre à quel point ce que j’étais était aussi important dans un premier temps que ce que je disais. Heureusement pour moi, je pense que les gens m’écoutent maintenant, enfin, de temps en temps. Mais c’est vrai qu’au début, on me parlait beaucoup de ma tenue et de mes fringues. Mais je pense qu’après quelques mois, j’ai trouvé ça “libératrice”, “libérateur”, ça se dit ça en français ? Peut-être que je suis en train d’inventer un mot nouveau, “freedom, quoi”. Là, je me suis dit que je peux vraiment m’exprimer, que j’avais une chance inouïe de pouvoir mettre des trucs. Donc, pendant un moment, je me suis lâché complètement. J’avais un styliste à Londres qui faisait des chemises hallucinantes et géniales. C’était, en plus, des trucs absolument extraordinaires. C’est un Autrichien, tu vois, ce n’était même pas un Anglais, et il me faisait de superbes chemises et de superbes cols de veste et tout. Je me suis donc laissé aller à porter des fringues magnifiques, comme si j’étais chanteur dans un groupe de rock. Mais enfin, c’était mon rêve aussi. Pour moi donc, passer à la télé, c’était l’équivalent d’être chanteur de rock. Alors, je me disais : “Aujourd’hui, on va péter une belle chemise ce dimanche pour L’Equipe du Dimanche».
• Finalement, ce sont juste vos habits de scène pour la télévision ou bien ceux que vous portez dans la vie de tous les jours ?
- Il y a certaines chemises qu’on ne va pas mettre pour aller chercher du pain, on est d’accord ! Je pars du principe que faire de la télévision, en quelque sorte, c’est comme si les gens vous invitaient chez eux. A travers ce petit écran qui nous sépare, quand je viens chez vous, je ne vais pas arriver en jogging et tee-shirt sales et trempés. Et je pense que c’est une façon de s’exprimer aussi à travers son look et ses vêtements, ça dit quelque chose sur moi. Vous n’êtes pas au point en ce qui concerne la mode, les mecs, je suis le seul dans le sport à la télé qui ressemble à quelque chose, je le dis hautement et fièrement encore une fois en relevant mon col. Parce qu’il faut que ça se sache : mettez-vous à genoux devant moi et suppliez-moi pour que je vous donne des cours de «comment s’habiller». Même si je te l’accorde, j’ai eu quelques choix douteux de chemises, ce n’est pas un Français qui va me donner des cours de dandysme (Rires).
• Beaucoup d’Africains jouent actuellement en Angleterre. Selon vous, quels sont ceux qui ont le plus d’impact ?
- Ils sont nombreux déjà. Evidemment, on pense tout de suite à Didier Drogba à Chelsea. Il a connu un début difficile et compliqué en Angleterre, parce qu’il faut avouer que nous, en Angleterre, on est un peu nombrilistes : on adore notre football à nous, parfois ça nous empêche de regarder un peu ailleurs. Alors, quand tu dis Didier Drogba arrive à Chelsea, en Angleterre, les gens se disent : Didier qui ? Peut-être pas tout le monde, mais au moins 90% des gens ne savaient pas vraiment qui était Didier Drogba. Et donc il a fallu un petit moment d’adaptation. Et puis, il a dit lui-même qu’il n’était pas amoureux du pays, dans un premier temps. C’était dur pour lui de partir de Marseille où il était le héros de tout un peuple. Mais, petit à petit, à travers ses efforts, parce qu’il en a fait beaucoup, il a gagné une place dans le cœur des supporters de Chelsea. Et, franchement, si Chelsea a gagné deux fois consécutivement le titre, quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis 50 ans, quand même, il ne faut pas oublier que c’est en large partie grâce à l’apport de Drogba. Voilà un joueur qui a un cœur gros comme ça, et ça se voit sur le terrain. Les Anglais aiment beaucoup ça, c’est un battant, quoi. Il a été énorme pour Chelsea, et il continue à l’être cette saison. Donc, je pense que quand on parle des joueurs africains, on pense tout de suite à lui. Mais derrière, il y en a beaucoup d’autres et à Chelsea encore il y a Michael Essien. D’ailleurs, on pense à lui parce qu’il est blessé en ce moment et on espère qu’il va revenir vite. Il y a Salomon Kalou aussi, qui commence à trouver sa place. Lui aussi, c’est un joueur d’avenir. Voyons, on a, à Arsenal, Kolo Touré, grand bonhomme, un mec que j’adore parce qu’il a toujours le sourire. Kolo Touré, c’est quelque chose ! Il m’a présenté sa femme une fois, après un match. c’était super parce qu’il aimait bien mes vêtements aussi. Donc il est venu me voir comme ça, et elle aussi était habillé avec plein de couleurs. On s’est regardés comme ça : «Tu me passes le numéro de la boutique ?» C’était bien, on a bien rigolé. Il y a aussi Eboué, à Arsenal. Il y a donc de plus en plus de joueurs africains qui sont importants en Angleterre, il y a aussi Yakubu, le Nigerian, qui est à Everton. De plus en plus, on voit l’apport et l’importance des joueurs africains un peu partout en Première Ligue.
• De ce fait, ne pensez-vous pas qu’il devrait y avoir des joueurs d’origine africaine dans l’équipe nationale anglaise, tel Makélélé dans l’équipe de France ? Ils ont fait gagner une coupe du monde à la France, tout de même.
- Ah oui ? Non, mais en France, ils ont eu beaucoup de chance de les avoir, d’avoir des gars comme Patrick Vieira qui a choisi plutôt la France que le Sénégal. Mais chez nous, pour l’instant, ce sont des joueurs qui ont des racines plutôt Caraïbe, qui brillent en équipe national, mais bon…personnellement, je ne serais pas contre, qu’il y en ait qui prennent le choix de représenter plutôt l’Angleterre. Il y en a qui commencent, mais c’est très difficile quand on a 17 ou 18 ans et qu’on doit prendre des décisions entre deux pays. Opter pour le pays de ses racines ou pour le pays où on est en ce moment ? Ce sont des choix difficiles quand on a cet âge.
• Qu’est-ce qui est très anglais, que vous auriez aimé plus que tout afficher à la télévision française ?
- Déjà à travers l’émission «Fabulous Sport» j’essaie de faire quelque chose d’un peu anglais. Mais j’aimerais vraiment aller plus loin : c’est-à-dire faire de la musique, faire venir des groupes qui vont chanter en “live”et s’asseoir à côté d’un sportif après, pour une petite discussion, surtout. Des échanges comme ça, ce n’est pas tous les jours. Pour moi, ça devient donc beaucoup plus intéressant quand un joueur de foot rencontre un chanteur, quand un écrivain croise un joueur de tennis. Ce sont de belles rencontres et je pense qu’à la maison, on peut apprécier ça. Quand on a aussi la chance d’avoir des comiques comme Oumar et Fred sur le plateau, c’est hilarant pour tout le monde. Et on passe tous un super moment. Les entendre parler de foot peut être assez divertissant aussi. Tout ce que je veux faire, c’est en fait le reflet de ce que j’aime moi-même, en me disant que si je rigole, moi, si j’ai le sourire de le faire, j’espère que ça se voit et que ça se communique, que mon bonheur d’être en train de le faire va se répandre à ceux qui nous regardent.
• Vous faites beaucoup de vannes aussi, n’avez-vous pas parfois l’impression de dépasser les bornes ?
- (Rire) Pour mes vannes, déjà je m’excuse, elles sont en français et ce n’est pas ma langue. J’essaie de faire de petits jeux de mots parfois, mais ce n’est pas toujours réussi. C’est ma personnalité qui veut ça, je suis quelqu’un qui rigole tout le temps, et je ne veux pas changer parce que je suis à la télé. Justement, tout ce que j’aime, ce sont des gens qui sont naturels. Et quelque chose que je ne supporte pas, c’est de regarder quelqu’un à la télévision qui parle différemment, pas comme dans la vie. Je ne comprends pas cette idée de se donner une façade (il imite un présentateur de journal). Pourquoi faire ça ? Si on veut parler avec des gens à travers un écran, il faut être naturel, être soi-même. Les gens, chez eux à la maison, ont vite fait de comprendre que ce type-là n’est pas naturel, on ne le sent pas. Mais moi, au moins, s’ils ne m’aiment pas, ils auront une bonne raison car c’est tel que je suis que je me présente à eux. Ils voient le vrai. Je suis à la télé comme je suis en ville.
• Vous êtes bien à Canal+, mais si on vous proposait d’aller sur une autre chaîne, iriez-vous ?
- Je suis bien à Canal+, mais si on me proposait d’aller sur une chaîne en Côte d’Ivoire, peut-être que j’y réfléchirais avant de dire non. Mais en France, non, je ne vois pas l’intérêt de changer. Parce que, franchement, faire ce que je fais, moi, en ce moment, où est-ce que je pourrais faire ça d’autre avec autant de liberté à part sur Canal+ ? Je pense qu’on s’est bien trouvés. Ce que je fais, je ne pourrai pas le faire ailleurs. A travers le football anglais, j’ai une vitrine et des possibilités extraordinaires et ce qui me fait le plus plaisir d’ailleurs, c’est que les gens sont en majorité très sympathiques avec moi. Il m’arrêtent pour me dire : «Tu sais quoi ? toi, Darren, c’est l’esprit Canal, ce que tu fais, c’est l’esprit Canal». Pour moi, il n’y a pas un plus grand compliment que ça, que de dire que le petit Anglais que je suis peut représenter en quelque sorte Canal+ ailleurs et même ici en France. A travers l’Afrique, les Dom-Tom, partout où Canal+ est visible. Je trouve ça formidable !
• Etes-vous déjà allé en Afrique ?
- Je ne suis jamais allé en Afrique, figurez-vous, c’est terrible, hein !
• Irez-vous au mondial 2010 en Afrique du sud ?
- Je suis allé à la coupe du monde en 1998, 2002, 2006, alors si je manque la coupe du monde en 2010, franchement, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Le seul hic, c’est : est-ce que Canal+ va couvrir la coupe du monde en 2010 ? Ce n’est pas gagné pour l’instant, mais j’espère trouver un moyen, même si Canal ne le fait pas, pour y aller. Mais peut-être qu’on y sera quand même, je croise les doigts.
• Qu’est-ce que cela vous fait d’imaginer que des gens, à l’autre bout du monde, avec une culture totalement différente, sont touchés par votre style ?
- Je trouve ça absolument extraordinaire de savoir que des gens en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Cameroun ou au Mali me connaissent et me regardent toutes les semaines. Ça me transporte, ça m’envoie de bonnes ondes rien qu’à y penser. Et y aller un jour, y faire des rencontres, ce serait énorme ! J’ai très envie d’aller à la rencontre des gens là-bas et d’apprendre d’eux. J’ai très envie de découvrir ces pays et ces gens, parce que j’ai la chance de croiser des gens ici, à Paris ou ailleurs, parfois sur des terrains, des gens sympas qui viennent vous dire comme ça : «Ah Darren ! J’habite le Mali et on vous regarde». Et là, je me dis : «mais ce n’est pas possible !»
C’est super !
De notre correspondante
à Paris, C. Fatim
|
|