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ZIE COULIBALY, DG du Bureau des arts et de la communication

 
  "Nous voulons positionner les femmes au théâtre"  

Le bureau des arts et communication (BAC) vient de boucler une tournée africaine avec deux pièces de théâtre écrites et réalisées par des africaines. Des œuvres créées dans le cadre d’un programme de formation dénommé « Femmes en scène » mené à l’initiative du BAC. Dans cet entretien, M. Zié Coulibaly, le directeur général de la structure initiatrice de la double opération nous en dévoile les principales motivations et tire les conclusions de la tournée.

 
 


26/07/2012 (14h00)

Vous venez d’achever une tournée africaine. En quoi a constitué l’essentiel de cette tournée et quelles en étaient les principales étapes ?

La tournée que nous venons d’effectuer a porté essentiellement sur la présentation de deux pièces de théâtre écrites, montées et jouées par des africaines : « En bordure du quai » de la Camerounaise Wegang mise en scène par la Guinéenne Rouguiatou Camara et « Nos jours d’hier » de Sophie Kam du Burkina mise en scène par la Camerounaise Marlise Bete. Ces deux pièces nous ont amenés respectivement à Conakry, Dakar et Bamako pour la première et Ndjamena, Douala et Yaoundé, pour la deuxième. Mais avant ça, nous avons effectué deux ateliers de formation pour femmes sur les techniques de théâtre à Niamey au Niger et à Ndjamena au Tchad, car si c’est vrai que la femme au théâtre rencontre des problèmes de reconnaissance, cela est encore plus ressenti dans les pays à majorité musulmane où on a du mal à accepter une femme sur scène. Elle est plutôt mal vue.

Quelle a été l’étape la plus significative de votre caravane, celle qui vous a donc le plus marqué ?

Le Niger, incontestablement. Cette étape a été formidable. Les filles qui font de l’art à Niamey ont été ravies de voir qu’on est venu les voir. Car là-bas elles ont du mal à exprimer librement leur talent. Selon leur témoignage, la famille leur demande souvent de devoir choisir entre se marier ou faire du théâtre, et plutôt difficile pour elles. Et donc, lors de cet atelier nous avons été soutenus non seulement par les filles elles-mêmes, mais également par les autorités administratives locales. Ce fut une grande satisfaction pour nous.Puis Ndjamena, l’autre étape, a été tout aussi réussie, mais le succès là-bas était d’une tout autre nature : nous avons réussi à y réunir des femmes de plusieurs pays d’Afrique centrale. Et nous avons été amenés à reproduire le même atelier qu’à Grand-Bassam (Mise en scène, écriture et régis, et scénographie). C’est l’occasion de dire que toutes ces activités font partie d’un programme de formation pour femmes dénommé « Femmes en scène », qui a débuté en 2009, mené sur trois ans et dont Gd-Bassam était la première étape. Il s’agit d’un chantier panafricain d’écriture dramatique de jeunes femmes qui en était à sa 4 e édition. Il vise à aider les femmes à exprimer leur talent d’artiste dans le domaine du théâtre.Les résultats de ce programme de formation qui a exécuté en trois phases (une résidence d’écriture à Grand Bassam, un atelier dans un pays musulman et la réalisation de deux pièces de théâtre par des metteurs en scène formées à Bassam) seront présentés très bientôt au cours d’une conférence de presse.

Pouvez-vous d’ors et déjà nous donner une idée de ces résultats à présenter ?

Bien sur que si ! Outre les deux pièces de théâtre dont nous avons déjà parlées et qui ont fait l’objet d’une tournée africaine, nous avons tourné un filme documentaire sur la condition en Afrique de la femme sur scène réalisé par Kady Diallo (Kady Jolie) résumant toutes les difficultés auxquelles elles sont confrontées ; et enfin nous sommes en édition pour une dizaine de pièces écrites par des femmes africaines, à sortir bientôt dans les librairies.

Avez-vous le sentiment d’avoir atteint vos objectifs initiaux à l’issue de ce programme ?

Notre motivation au départ était d’aider les femmes à pouvoir prendre toute leu place dans le théâtre, à pouvoir vaincre leur difficultés et à pouvoir rayonner dans ce domaine d’activité. Nous pensons être sur la voie, même s’il reste encore beaucoup à faire. Parce que nous mettons bientôt sur le marché 10 femmes africaines qui écrivent sur le théâtre, or c’est bien connu que les femmes n’écrivent pas beaucoup sur le théâtre. C’est plutôt un exploit, en quatre éditions de ce programme de formation.
Ensuite nous avons aujourd’hui des femmes à tous les niveaux de métier du théâtre : au niveau par exemple de la scénographie, une fille burkinabè nous donne satisfaction. Une Ivoirienne, Ange Bledja, commence à se faire un nom dans ce domaine. Une autre Ivoirienne, Patricia Zebato Drepeba est, quant à elle, régisseur de lumière et fait des tournées en Afrique et dans le monde. Nous avons réussi, en outre, à monter une pièce de théâtre (En bordure du quai) pour laquelle tous les postes étaient occupés par des femmes formées à Bassam, donc opérationnelles à l’issue du programme de formation. Nous avons réussi en résumé, à caser des gens en matière d’emploi dans le domaine du théâtre et en culture de façon générale.Notre objectif était d’aider les femmes à s’exprimer sans complexe sur scène. En quatre d’édition du programme de formation, nous croyons avoir fait juste un petit pas qui nous rassure.

Que Pensez-vous de la situation de la femme au théâtre en Côte d’Ivoire ?

Je dois reconnaitre que la situation en Côte d’Ivoire est relativement différente de ce qui se passe dans les pays à majorité musulmane. Ici, on remarque même par exemple que les films qui marchent le plus sont ceux qui ont été réalisés par des femmes : Akissi Delta, Djuedjuessi ; Dent de Man, Léa Dubois, etc. quoi que beaucoup d’années avant, ce ne fut pas facilement concevable. Des artistes ivoirienne aujourd’hui célèbres dans leurs domaines respectifs témoignent s’être heurtées à leur début à cette mentalité qui a quelque peu changé aujourd’hui.

C’est peut-être l’occasion à présent de parler du Bureau des arts et de la communication (Bac) la structure initiatrice de ce programme. Est-ce un démembrement du ministère de la culture et de la Francophonie ou une structure purement privée ?

Une structure strictement privée. Elle a son siège dans la commune d’Abobo - Abidjan. Elle est animée par quatre professionnels de la culture et des arts : Zié Coulibaly, ancien directeur technique du Massa et ancien DG du Palais de la culture de Treichville… Gohou Michel, un acteur qui n’est plus à présenter; Ablas Ouedraogo, un metteur en scène bien connu en Afrique et Daouda, un technicien de talent en audiovisuel. Cette structure a été mise sur pied pour contribuer à la promotion de la culture en Côte d’Ivoire et en Afrique.

Quelles sont vos prochaines activités ?

Je voudrais citer principalement un événement que nous préparons en ce moment, un festival prévu fin novembre à Adzopé. C’est un répertoire de la diversité culturelle dénommé Rencontre internationale des arts et de la culture (Riac). Beaucoup de grands noms du monde de la culture, originaires de plusieurs pays d’Afrique, sont annoncés. Au nombre de ceux-ci, Ambroise Mbia du Cameroun qui fêtera ses 50 ans sur scène, Etienne Minoungou du Burkina qui jouera à l’occasion un spectacle intitulé Mohamed Aly, et bien d’autres encore.

Mais le Bac est manifestement peu connu en Côte d’Ivoire, comment cela s’explique-t-il  ?

Nous sommes encore une jeune structure qui est effectivement peu connue en Côte d’Ivoire mais plutôt bien connue hors des frontières ivoiriennes. Nous prenons les dispositions nécessaires pour nous faire connaitre davantage et je vous assure que dans les deux ou trois prochaines années, on entendra parler de nous plus régulièrement .

 

Par JB Koudou
jbkoudou@topvisages.net

 
   
     


Hebdo N° 1005
 

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