Ariel Sheney : “J’ai été humilié”

Write on Tuesday, 06 December 2016 Published in Causerie Read 2053 times
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Jean Ariel Sré alias Ariel Sheney fait partie de la génération montante d’arrangeurs couper-décaler. Dans le studio de Dj Arafat, il est l’arrangeur principal de la Yôrôgang. C’est en pleine séance d’enregistrement il y a quelques jours quenous l’avons rencontré pour une causerie. Il nous parle de sa carrière de chanteur, ce qui le lie à Arafat, ses relations avec les autres arrangeurs et son regard sur le couper-décaler. 

C’est au sein du groupe musical de la communauté chrétienne dirigée par ses parents que Jean Ariel Sré alias Ariel Sheney a appris à jouer aux instruments de musique tels que la percussion, la batterie et le clavier. En 2010, il intègre l’orchestre de la RTI en tant que pianiste. Et pendant deux ans, il fera montre de son talent auprès de plusieurs artistes qui ont participé à l’émission Podium. Outre ses qualités de musicien, Ariel Sheney est aussi chanteur. Meilleur artiste New generation aux Awards du couper-décaler, il compte dans ses publications plusieurs singles dont ‘’Ka Digbeu’’, ‘’Pingoin’’ et sa nouvelle trouvaille le ‘’Pètè Pètè’’. 

• Comment s’est faite ta rencontre avec Dj Arafat ?

 

- C’est dans l’orchestre de la RTI qu’Arafat m’a découvert. Nous l’avons accompagné pour sa prestation à une émission à la finale de l’édition 2010 de Podium. Il a vraiment apprécié notre manière de jouer. Et par la suite, nous avons joué avec lui lors de son concert live de décembre 2010 au Palais de la culture. Malheureusement, on s’est perdu de vue avec les évènements de 2011. C’est à Lomé qu’on s’est revu. Dj Arafat a souhaité que je revienne à Abidjan parce qu’il avait de besoin de moi pour une collaboration artistique. Lorsque je suis arrivé, pendant plusieurs mois j’avais du mal à le rencontrer. Puisque je n’aime pas trop forcer dans les amitiés, je suis resté dans mon petit coin. Je travaillais entre les studios de Kedjevara et de Molare. Un jour, je suis allé dans un maquis à Yopougon pour une séance d’écoute du single d’un artiste que je venais d’arranger. Arafat y était de passage. Il a apprécié et m’a félicité pour mes arrangements. Et on s’est rapproché de nouveau. Maintenant nous sommes devenus de véritables amis. 

• Dans quelle ambiance travaillez-vous en studio Arafat et toi ?

- C’est dans une belle ambiance. Un esprit de fraternité et de convivialité. Mais souvent il y a des petits clashs, qu’on arrive à vite maîtriser (rire). Sinon dans l’ensemble ça va. 

• Tu arranges la plupart des chansons d’Arafat. N’as-tu pas peur de la monotonie?

- Je précise que j’arrange certains titres d’Arafat. Parce que lui-même il arrange aussi certaines de ses chansons. Entre lui et moi, c’est un travail d’équipe. Il crée souvent ses beats et j’apporte ma touche. C’est comme ça qu’on fonctionne. 

• Ne penses-tu pas que Arafat pourrait noyer ta carrière de chanteur ?

- Non, pas du tout. Bien contraire, je fais partie des artistes de son écurie Yôrôgang Productions. Arafat est mon producteur pour deux ans de contrat. Et il se bat pour donner une autre dimension à ma carrière musicale. Alors, quel intérêt aurait-il à noyer ma carrière ? C’est lui qui sera le grand perdant.  Donc c’est impossible qu’Arafat puisse me nuire. Dans son studio, je suis l’arrangeur principal. 

• T’arrive-t-il de lui proposer d’autres arrangeurs ?

- Bien sûr, car je ne suis pas égoïste ou gourmand. Souvent je lui fais la proposition de se faire arranger par certains de mes collègues. Je pense qu’il a fait quelques titres avec Elvis Ségon et Champi Kilo qui ont aussi cartonné. Mais il revient toujours vers moi parce qu’il estime que je le comprends mieux. Pas que je suis plus fort que tous les autres arrangeurs, mais  parce que  j’ai une touche particulière qu’Arafat recherche dans ses chansons. Et nous sommes les deux à comprendre ce secret. 

• N’est-ce pas que tu torpilles l’arrangement de tes collègues de peur de le perdre ?

- Oui, j’ai peur de le perdre parce que c’est une grande figure du couper-décaler. C’est une fierté pour moi d’être son arrangeur. Je n’ai pas honte de le dire, Arafat est mon mentor. Mais je ne torpille personne auprès de lui. Cependant, je travaille pour qu’il soit toujours satisfait de mes résultats. 

• Quelle orientation donnes-tu à ta carrière de chanteur ?

- C’est avec beaucoup de sérieux que j’envisage ma carrière de chanteur. Je veux m’engager à fond dans cette carrière que je vois grand au plan international. En tant qu’un artiste polyvalent, le couper-décaler est un tremplin. Très bientôt les mélomanes me verront dans d’autres styles musicaux comme le jazz, le bikutsi et le Hip- Hop. 

• Comment comptes-tu la mener avec celui d’arrangeur ?

- Je m’organise pour réussir les deux. Je fais mon programme de séance d’enregistrement en harmonie avec mon emploi du temps de mes concerts. Les artistes qui travaillent avec moi peuvent témoigner du respect de mes engagements sur les arrangements de leur œuvre.    

• Qu’est-ce que tu retiens de ce que tu as vécu au concert de Serge Beynaud ?

- Au concert de Serge Beynaud, mon staff et moi avons été refoulés. J’ai bien vécu cette scène (L’air ironique). Ce sont les épreuves de la vie. Lorsque tu déranges des gens et on ne fait que parler mal de toi, c’est que tu es une personne importante. Sinon, effectivement, le jour de ce concert, j’ai été frustré et humilié par des membres de l’organisation. C’était dommage ce qui m’est arrivé. J’étais en promo et les organisateurs devaient être heureux de me voir sur leur podium. Parce que si je devais prester au Palais de la culture, on doit me payer un cachet. Et cette période, il existait une polémique entre Dj Arafat et Serge Beynaud. Je ne rentre pas dans les clashes de Serge Beynaud et Arafat. Pour moi, le couper-décaler, c’est une famille. Je ne prends pas position pour telle ou telle personne. Arafat étant absent, je suis parti avec mon staff comme la Yôrôgang pour soutenir Beynaud. Mais un des organisateurs a mal interprété cela. Il a vu ma présence comme de la provocation. Il a exigé que je descende du podium. 

• Quel est ton regard sur le couper-décaler ?

 

- C’est avec désolation que je vois les guéguerres au sein du mouvement couper-décaler. Les clashes qui ne finissent pas entre les chanteurs. Si on n’y prend garde, le couper-décaler va disparaître. Or, cette musique est une identité culturelle pour la Côte d’Ivoire. Peut-être qu’on ne le sait pas, c’est du couper-décaler que les artistes nigérians, camerounais, togolais s’inspirent. Nos devanciers qui doivent nous donner l’exemple d’unité au sein de la famille du couper-décaler, ne jouent pas leur rôle. C’est nous les jeunes qui luttons pour être toujours unis. Chouchou Salvador et moi, chacun de nous vient sortir son single pour lancer un concept et l’imposer. Et c’est dans cette vision d’unité que le couper-décaler avait toujours évolué. On ne doit pas avoir peur  ou honte de faire un featuring avec son collègue.

Par Charly Légende

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