Le piège du mensonge

Write on Monday, 12 December 2016 Published in Histoire d1 Vie Read 1282 times
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Voilà presque deux ans, jour pour jour, que je vis une relation amoureuse avec un homme que j’ai rencontré au cours d’une sortie. Il m’a fait part de ses sentiments, j’ai tout de suite accepté, car il correspondait à mon genre d’homme. Mais, depuis un moment, je suis dans une situation qui m’empêche de me sentir libre. Je sais que mon chéri m’aime. Il me le prouve sans cesse. Moi aussi, je l’aime. Nous ne vivons pas encore sous le même toit, mais il me parle de plus en plus de mariage. Il souhaite rencontrer mes parents. Mais j’ai une sérieuse préoccupation. Je ne sais pas comment lui en parler. Depuis le début, j’ai menti à mon homme sur ma vie entière. Mon nom, mon prénom, je lui ai menti sur tout ! 

En fait, mon problème ne date pas d’aujourd’hui. Mes mensonges ont commencé depuis que je suis petite. C’est comme une maladie, je ne peux pas m’en empêcher. Je viens d’une famille nombreuse et mes parents ne prêtaient pas toujours attention à moi. Mais il faut dire qu’avec le peu de moyens qu’ils avaient, ils se sont bien occupés de nous. Ils nous donnaient tout l’amour dont nous avions besoin. A ce moment-là déjà, il m’arrivait de mentir souvent pour attirer leur attention. C’était généralement des faits anodins. C’est le seul moyen que j’avais trouvé à l’époque pour qu’ils s’intéressent à moi. Par exemple, je mentais souvent pour dire que j’étais malade et quand je voyais qu’ils étaient inquiets, je feignais d’être rétablie. Comme je l’ai indiqué, c’était des petits mensonges sans gravité. Ils ne s’arrêtaient pas qu’à ma famille. Mes amis aussi. A l’école, j’étais très timide. Je n’avais pas beaucoup d’amis. J’étais toujours dans mon coin et je me sentais inintéressante. Quand j’ai commencé à mentir à mes amis de l’école, j’ai vu tout de suite que j’ai commencé à me faire des amis. J’ai été très populaire dans mon école. Ça a renforcé mon estime pour ma propre personne et la confiance en moi. Le seul hic, c’est que tout ce que je disais était fondé sur du faux, du vent. Je mentais sur ma vie, sur mes parents, sur ce que je faisais après mes cours, etc. Je vivais avec mes parents à la Riviera-Anono. Comme j’étudiais à Treichville, mes camarades de l’école ne savaient que peu de choses sur ma vie. Quand j’ai grandi, je me suis toujours arrangée pour ne pas que mes amis viennent chez moi et qu’ils découvrent où j’habite réellement. 

Malgré notre situation modeste, ma mère me gâtait quand elle le pouvait. J’avais de beaux vêtements, de l’argent de poche, etc. Tout cela me permettait aussi de renforcer mes mensonges en faisant croire que je suis d’une famille riche. Alors qu’en réalité, ma mère est juste une vendeuse et mon père un homme qui est parti se chercher en Belgique, depuis quelques années. Mes parents s’étaient séparés, bien avant le départ de papa en Europe. De là-bas, il s’occupait de nous, en nous envoyant de l’argent. Mes parents se sont toujours serrés la ceinture pour ne pas nous manquions de quelque chose. Et mon père m’envoyait des cadeaux, chaque fois que je lui demandais quelque chose. J’avais tout ce que je voulais. Ce qui fait que je n’ai jamais travaillé dans ma vie. Même l’appartement dans lequel j’habite actuellement, c’est papa qui le loue. Je suis la dernière de la famille.

Bref, ce côté gâté a rendu mon rôle de fille à papa crédible aux yeux des gens. Et tous mes amis sont tombés dans le panneau. Au début, ça ne me dérangeait pas trop. Je me disais que j’allais finir par arrêter un jour… C’était pour moi simplement une façon d’exister. Mais aujourd’hui, je ne suis plus une enfant. Cette fois, je me sens prise dans un piège. Je ne sais pas comment m’en sortir. Car j’ai existé par le mensonge jusqu’au jour où j'ai rencontré l’homme que j’aime. A partir de là, j’avais le choix de repartir de 0 et ne plus mentir. Mais j’avais tellement peur d’être inintéressante, que j’ai commencé à lui mentir sur ma famille, sur mes parents, mes frères et sœurs, ma vie, mes études, etc. Tout ! 

Comment j’ai pu en arriver jusque-là ? Je ne saurais vous l’expliquer. Ce qui est sûr, c’est qu’après lui avoir menti ainsi, maintenant je me sens déprimée et mal dans ma peau. Je l’aime tellement, que je donnerais ma vie pour lui. C’est une personne d’une simplicité remarquable… J’aimerais être comme lui. Il m’a ouvert toutes les portes de sa vie. Je suis très amoureuse de lui et le sentiment est partagé. Nous sommes sur la même longueur d’ondes et il fait des projets d’avenir avec moi. Seulement, je ne sais pas comment lui dire la vérité, comment lui dire que je ne suis pas la personne qu’il croit. 

Il m’a toujours cru. Pas une seule seconde il n’a douté quand je lui ai parlé de moi. Il faut dire qu’il y a eu pas mal de choses qui sont venues naturellement donner de la crédibilité à mes mensonges. Par exemple, un jour, il a insisté pour aller voir où j’habite. Je ne savais pas où l’emmener. Je l’ai conduit vers une cité dans les environs du supermarché de Cap Nord, à la Rivera 3. Heureusement pour moi, une fois sur place, il m’a dit qu’il stressait et ne voulait pas entrer chez moi, car il avait l’air de s’inquiéter quand à l’accueil que mes parents lui réserveraient. Un autre jour également, nous étions en train de nous promener. Une voiture de marque Porsche est passée devant nous en klaxonnant, l’occupant m’a saluée de la main en continuant. Mon chéri m’a demandé qui c’était. J’ai dit que c’était mon père, alors qu’en réalité c’était le père d’une de mes meilleures amies. Voilà un peu les genres de mensonges que je dis tous les jours… 

Maintenant, je me sens prisonnière. Je sais qu’avec lui, je peux être la plus heureuse du monde. Or je sais que si je lui avais dit la vérité au début, il m’aurait peut-être appréciée telle que je suis. Je me sens perdue. J’ai tellement mal d’avoir menti et je m’en veux tellement de gâcher ma vie.

Vu le stade où je suis arrivée dans mon mensonge, je ne sais plus comment faire demi-tour. J’ai menti non seulement à lui, mais à sa famille également qui m’apprécie. La seule solution que j’ai trouvée, c’est de me séparer de lui. Car, je me dis que je ne pourrai jamais lui dire toute la vérité. Deux ans de mensonge, c’est trop ! Je me sens mal. Je ne fais que pleurer, je suis en dépression. Je n’arrive pas à comprendre mon comportement ni comment j’ai pu sortir autant de mensonges, alors que si vous me voyez vous me donneriez le bon Dieu sans confession. Je suis belle et je présente bien. Quand je vois encore aujourd’hui comment mon chéri se comporte très bien avec moi, je me dis que j’ai tout gâché. Je ne sais pas comment j’ai pu en arriver jusque-là.

 

Voilà ma triste histoire. Si vous avez des conseils ou des idées à me donner, je vous en saurai gré, même si je sais que ça ne changera pas le passé. Au moins, ça me permettra de me sentir mieux. Merci !