Musique : Pr Awôlôwô, la loco

Write on Thursday, 22 December 2016 Published in Causerie Read 506 times
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Les 23 et 26 décembre, Meiway a rendez-vous avec ses fans d’Abidjan pour deux concerts organisés par Mediatics au Palais de la Culture. En tout cas, le Génie de Kpèlèzo et son orchestre, le Zo’Gang au grand complet déploient actuellement la grosse artillerie pour que ces spectacles soient des succès. Au menu de ces deux rendez-vous, il y a évidemment l’interprétation de l’album “Illimitic” et des nombreux tubes du Professeur Awôlôwô. Avant ces shows, Meiway s’est confié à Top Visages.

 

• Vous avez fait escale à Abidjan pour saluer votre public à l’occasion de vos traditionnels concerts de fin d’année?

 

C’est bien cela. Il est très important pour moi de toujours revenir me ressourcer au pays, d’autant plus que ma musique est inspirée du patrimoine culturel ivoirien. Forcément, ce sont des mises à jour qui s’imposent parce que notre monde évolue. Nos traditions aussi. Tout ce qui nous entoure aussi. Il faut s’en inspirer chaque fois. Donc revenir en Côte d’Ivoire pour moi est une source pour inonder tous mes fans et tous les pays que je sillonne en tant qu’ambassadeur de notre musique.

 

• C’est quoi le secret de votre longévité dans l’arène musicale ?

- Eh, je dirai que c’est le travail. Et puis cette mise à jour régulière que je fais parce que je ne dors pas sur mes lauriers. Je suis quelqu’un qui se remet toujours en question. Et qui se dit : «Comment procéder pour faire mieux que ce que je viens de faire ? Comment faire pour aller plus haut ?». A force de me poser ces questions, je ne baisse pas les bras. Je ne cesse de travailler. Je m’inspire des tendances. Je m’inspire de la mode. Je m’inspire de tout ce qui nous entoure. Je m’inspire de tout ce qui peut rendre un être humain heureux. Si secret il y a, je dirai que le secret réside dans cette façon de voir les choses, professionnellement.

 

• Vous n’avez pas l’impression que vous êtes pratiquement le seul de votre génération à vouloir vous battre, pour imposer cette musique authentique ivoirienne ?

- Oh, je ne pense pas que je sois seul. Les autres sont là. On dira peut-être qu’ils ne se manifestent pas assez. Je suis peut-être celui qui se manifeste le plus. Sinon, les autres sont là. Ils attendent justement des circonstances favorables pour s’exprimer. Je pense qu’on en est là avec le pays qui renaît, avec la Côte d’Ivoire qui rebondit sur l’échiquier international. Forcément, vous allez en entendre. La preuve, Gadji Céli a signalé son retour par un single. Il y en a d’autres qui vont nous succéder. Il est clair que les autres attendent des circonstances favorables. Moi, j’étais là malgré les circonstances défavorables. Mais il faut reconnaître que ce n’était pas très facile. Ce n’était pas très évident, parce que nous sommes des puristes. Et travailler dans un contexte où on est entouré de  pollution, forcément, ce n’est pas très évident. Il fallait épurer l’atmosphère, on l’a fait. Maintenant que les politiques ont permis à ce pays de resurgir, de revivre, vous allez entendre de plus en plus les puristes.

 

• Malgré la nouvelle génération de chanteurs qui poussent de plus en plus, vous faites partie des devanciers qui refusent de mourir…

Pourquoi refuser de mourir ? C’est Dieu qui donne le souffle de vie. C’est lui qui décidera de l’ôter quand il le voudra. Le dernier mot lui revient. Nous, on est là. On a un combat à mener. Nous faisons office de guide par la force des choses. Le guide a une responsabilité,  une mission. Et ma mission, c’est de rester la locomotive qui tire tous les wagons pour faire de l’ensemble un beau train. C’est ce que j’essaie de faire.

 

• A propos de locomotive, vous chantiez Meiway le maillot jaune. Vous affirmiez aussi occuper la place de numéro un ?

(rires) Je dirai que je suis juste la locomotive.

 

• Locomotive qui traine les wagons ?

- Dans un train, il y a la locomotive et puis il y a les wagons. Si je dois illustrer la personne que je suis, je dirai que je suis la locomotive. J’ai peut-être dit il y a quelques années que j’étais maillot jaune. Mais comme j’aime faire les mises à jour comme un ordinateur, bèh voilà je fais juste une mise à jour.  Pour dire que je suis juste une locomotive qui tire beaucoup de wagons derrière lui pour faire de la musique ivoirienne un très beau train.

 

• Comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas émergence de grands talents malgré les artistes qui sortent à la pelle ?

- Cela veut dire que les choses ont énormément évolué et il faut s’adapter. C’est ce qui m’a coûté quatre ans pour réaliser mon dernier album. Il me fallait réfléchir, innover, trouver le compromis entre la musique actuelle et la musique vraie que nous faisions toujours. C’est ce qui permet aujourd’hui de me dire qu’il faut forcément me mettre à jour, s’actualiser parce que les choses ont changé. Maintenant, il y a le monde des réseaux sociaux. Aujourd’hui, pour être célèbre, il faut avoir un certain nombre de vues et pas d’écoute. Il y a les clips qu’il faut faire. Celui qui ne s’adapte pas, reste forcément un has been. Je n’ai pas envie de me retrouver dans cette tranche-là. Voilà, je me suis mis à jour pour essayer d’être toujours là, dans l’actualité pour être avec les jeunes. Je le répète : j’ai une mission. Elle m’oblige à continuer à entretenir cette mission-là et cette façon de voir les choses pour assumer ma responsabilité. Et faire en sorte que les plus jeunes puissent s’appuyer sur un certain nombre de directives pour pouvoir évoluer.

 

• Vous serez en concert les 23 et 26 décembre. A quoi doit-on s’attendre ?

 

- Il y aura forcément les foulards blancs qui sont mon identité. Le Zoblazo s’illustre comme tel. Mais il n’empêche qu’il y a beaucoup de choses à découvrir. Je viens de sortir un nouvel album. C’est la première fois qu’on va faire un concert pour présenter cet album-là. J’ai insisté pour le faire dans mon pays, parce que c’est la base de mon travail, ma source d’inspiration. Donc, il est très important pour moi de commencer par la Côte d’Ivoire. Il y a énormément de choses à découvrir pendant ce concert. Non seulement, il y a les titres du nouvel album, les nouvelles chorégraphies, les nouvelles façons de concevoir mes spectacles. Mais il y a aussi un passage en revue de tous mes tubes que les fans ont aimés. C’est cet ensemble-là qu’on va proposer au public.

 

• En 27 ans de carrière, quel est le spectacle qui vous a le plus marqué jusque-là?

- C’est difficile à dire parce que chaque pays a ses réalités, chaque environnement a sa spécificité. Mais n’empêche que si je dois retenir comme ça par hasard un concert, je parlerai de la Martinique. Ça devrait être entre 1994 et 1995. J’étais allé pour la première fois en Martinique sur invitation du journaliste Serge Bilé. Grâce à son association, on nous a proposé un concert dans la plus grande salle de Fort-de-France qui s’appelle Le Grand Carbet. On y était pour un concert. On arrive, c’était à guichets fermés.  Si les guichets sont fermés, c’est qu’il y a forcément une forte demande. Finalement, on s’est retrouvé à faire trois concerts au lieu d’un seul. C’était la première fois que je mettais les pieds dans une île que je ne connaissais pas. Voilà, ça m’a marqué énormément. Je me suis dit que quelque part, cette mission doit être entretenue. Ma responsabilité devient de plus en plus grande. Il faut que j’assume davantage.

 

• Vous avez habitué votre public à beaucoup de collaborations avec d’autres artistes. Etes-vous prêt à renouveler cette expérience avec des chanteurs actuels ?

- Forcément ! Parce que faire des collaborations est plus qu’un symbole. Les artistes ont cet avantage-là de rassembler. Cette façon de travailler, c’est-à-dire faire des duos, des featurings est un exemple, un symbole. Donc il faut entretenir cela davantage pour montrer aux autres politiciens l’exemple d’unité, du rassemblement. Vous verrez rarement quelqu’un de gauche et un autre de droite faire un discours sur le même podium. Mais les artistes, quand ils montent sur scène, c’est toutes les tendances confondues. On a cet avantage-là. Et on doit l’entretenir par nos collaborations.

 

• Vous êtes installé en France. Y a-t-il une salle là-bas dans laquelle vous souhaitez jouer ?

- Pourquoi pas un jour Bercy ? Il L’Olympia où j’ai été invité, mais j’étais la vedette principale. Je reste cependant persuadé que j’ai réalisé quand même mes rêves. Je rêvais d’être une star en Côte d’Ivoire. Je le suis même hors des frontières ivoiriennes. Et tout ce qui va m’arriver aujourd’hui, ne sera que du bonus. Ma prochaine date en France, c’est La Cigale, l’une des salles les plus  connues de Paris. Ce sera le 10 février 2017. Et derrière ce spectacle, peut-être qu’il y aura d’autres salles mythiques qui vont suivre. Il y a un engouement autour de mon nouvel album qui fait qu’il y aura peut-être beaucoup de surprises.

 

• Et en Afrique ?

- D’abord à Abidjan, c’est les 23 et 26 décembre au Palais de la Culture. Ensuite, le 29 décembre à Abobo-Gare. L’année dernière, j’ai joué à Abobo et le maire avait promis à ses électeurs que je reviendrais cette année. Ce sera le 29 décembre. Le 31 décembre ce sera Ouaga avec tous les Burkinabè.

 

• Vous avez de nombreux fans au Burkina Faso. Il y a même un auteur burkinabè qui a écrit sur vous. Qu’est-ce qui vous lie au Faso ?

- Je crois que s’il y a un  pays de la sous-région qui est le plus proche de la Côte d’Ivoire, c’est le Burkina Faso. C’est le premier pays qui peut se fondre plus facilement avec la Côte d’Ivoire. Donc, cela est légitime que j’aie beaucoup de fans au Faso. Ma musique est bien perçue là-bas parce que je suis quelqu’un qui a toujours cultivé cela : l’unité, le partage, l’envie d’ouvrir ses bras à l’étranger. J’ai toujours fait des clins d’œil aux autres pays, notamment le Burkina Faso sur un titre qui s’appelle Abenan. En retour, les Burkinabè me le rendent si bien. C’est donc pas usurpé. C’est légitime que j’aie des fans au Faso.

 

Par Omar Abdel Kader

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