Gadji Céli : “Je viens d’un autre monde”

Write on Wednesday, 08 February 2017 Published in Causerie Read 523 times
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’’Points Sensibles’’, le nouvel album de Gadji Céli est sur le marché depuis le 23 décembre dernier. Alors que ce disque de 14 titres (dont deux Featurings) fait déjà parler de lui, Top Visages est allé à la rencontre du chanteur à Paris. Pour en parler, mais surtout pour évoquer avec Saint Jo, son parcours, ses débuts dans la musique.

 L’œuvre, c’est du Gadji comme on l’a toujours connu et aimé. Notamment dans les chansons telles que ’’Ancien feu’’, ’’AFP’’ (Amour, Foyer, Problèmes), ’’L’homme est méchant’’ ou encore ’’Ça djo’’. Un album exquis qui a mis longtemps à sortir. «C’est une production que j’avais commencée au pays avec Koudou Athanase, explique Gadji. Il était terminé et je devais venir en France pour le masteriser. Mais, il y a eu la guerre. Et j’ai perdu tous les fichiers dans la crise postélectorale. Il fallait que je me remémore tout ce que j’avais déjà fait et que je le repense pour sortir ce disque. Je sais que cela a mis du temps, mais comprenez-moi, je viens d’un autre monde qui est celui du foot. Je n’ai donc pas la manière de travailler des autres artistes». 

Le 23 décembre dernier, ’’Points sensibles’’ a été présenté officiellement au public parisien à l’occasion d’un dîner gala au Salon Pavillon d’Europe de Bobigny. Ce fut une très belle fête même si de nombreuses personnes auraient souhaité ce soir-là que le King fasse son retour en live. «A Paris, les gens de la communauté sortent difficilement le 31 Décembre, explique Gadji. Le 24 Décembre se passe à la maison avec les enfants. La veille de cette fête était l’occasion de sortir en couple, en amoureux. Nous avons voulu donner une occasion à nos fans de sortir en tourtereaux. J’en ai profité pour leur présenter mon nouvel album. C’était juste une présentation d’album. Le concert du retour de Gadji est en préparation. Et ce jour-là, on le fera en live bien évidemment».

 

• A quelques jours de ce dîner gala de présentation de ’’Points Sensibles’’, tu étais invité par la radio Côte d’Ivoire FM située au sein de l’Ambassade de Côte d’Ivoire à Paris. Mais tu ne t’y es pas rendu, tu as contraint la production à se déplacer à ton hôtel pour enregistrer une émission. C’est ton statut de réfugié qui fait que tu refuses de te rendre à l’Ambassade ?

- (Sourire) Ce sont plutôt nos occupations, nos problèmes en France qui nous ont obligés à nous retrouver dans un Hôtel pour faire cette émission. Cela n’est pas le fait que je ne puisse pas me rendre à ce rendez-vous au sein de notre Ambassade. Il faut dire qu’à cette période, j’étais trop occupé à l’organisation de mon gala. Il était compliqué pour moi de me rendre à Côte d’Ivoire FM.

 

• On me dit que tu es un passionné de la musique du passé. Laquelle as-tu écouté dernièrement ? 

 

- La Chanson ’’Shama Shama’’  (de l’orchestre congolais Cavacha : ndlr. Il fredonne) Vicky ééh Shama oh Shama…

 

• Moi, c’est Ewé des Woya.

- Ah oui ! Belle chanson !

(Il fredonne également) «Zouti mélissa, ho lala ... Ewé ! éwè ni nani...» Woya, c’était un groupe formidable. Je pense tout de suite au boss François Konian qui nous a quitté en 2016. Il a monté un groupe de main de maître. C’était une grande école qui a donné beaucoup de grands musiciens. Je pense à Marcelin Yacé ; on a découvert les Amy Bamba, Tiane, Angeline, Fredy Assogba, Marino, Billy Syncope, Manou Gallo. Tous étaient très performants. C’est vraiment dommage pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique de ne pas avoir conservé ce groupe qui était prometteur.

 

• A propos de cette culture ivoirienne, quand on pense à Dikaël Liadé, Billy Syncope, François Konian, Lago Liadé (Le père de Dickaël), Tantie Oussou, Marie-Louise Asseu, tous disparus l’année dernière, on peut se dire que 2016 a été une année noire ?

 

- C’est une page très triste. La Côte d’Ivoire a perdu beaucoup en une seule année. Il faut prier pour ne pas que cela se répète. Il faut également lancer un appel fort à l’état, au BURIDA, aux Associations qui sont en place. On m’a dit que l’UNARTCI existe encore, donc il faut qu’elle se mobilise. Il faut que toutes ces personnes se réunissent pour régler les problèmes de fond avant que les choses ne se gâchent.

 

• Tu veux dire quoi concrètement ?

- S’occuper des artistes. Je pense qu’il faut les suivre. Il faut un suivi sérieux. Pendant un certain temps, lorsque nous avons perdu les Joël C et d’autres artistes, il a fallu que nous suivions ces dossiers de près. Donc lorsque nous sommes arrivés au BURIDA, nous avons commencé à suivre de près les artistes. Parce qu’il y en a parfois qui souffrent de maladies et  qui les cachent. Donc il faut échanger avec eux et les mettre en confiance. C’est ainsi que nous avons mis en place une solidarité au sein de l’UNARTCI. Des artistes pouvaient venir se confier lorsqu’ils avaient des problèmes. Et ça restait très confidentiel. Et jusqu’à ce jour, quand bien même nous n’y sommes plus, ces informations sont restées confidentielles. Cette confidentialité, cette confiance entre ces artistes nous ont fait éviter des drames à l’époque. Nous les avons aidés à continuer à vivre. L’UNARTCI, c’était de l’assistanat, du genre «j’ai un problème de facture, un problème de loyer».

 

 

• As-tu payé des factures ?

- Oui, beaucoup. Mais ce n’était pas le plus important. Notre fierté, ce sont les autres actions qui permettent aux artistes de vivre. Nous avons aidé des artistes à sortir de prison, on a même réglé des problèmes de couple.

 

• Toi-même, cela t’a créé des problèmes dans ton couple ?

- (Rire) On sait de quoi on pale (Éclat de rire).

 

• Je n’écoute pas aux portes, mais il parait que tu es émerveillé par la chanson ’’Ziziglégnon’’ de Soum Bill ?

 

- Normal. J’ai vécu les faits lors de la crise postélectorale. Je sais de quoi il parle. Lui, il les retrace après constat. Moi, je parlerai des faits vécus. La preuve, je me retrouve ici à Paris. J’aime cette chanson parce je constate aussi qu’on commence à avoir la même façon de voir les choses. Il faut écouter Soum Bill. Ce n’est pas mauvais, ni méchant ce qu’il a dit. Il faut laisser aux artistes la liberté d’expression. Nous ne sommes pas des hommes politiques. Nous ne faisons que dénoncer les tares de la société pour le bien-être des populations. Ce sont aussi elles qui achètent nos œuvres et viennent à nos concerts. Nous avons donc le devoir d’être justes et francs avec elles. Donc, si Soum Bill a pensé qu’il était important d’attirer l’attention des uns et des autres dans cette chanson, c’est une belle initiative. Mais il ne faudrait pas que certaines personnes interprètent à tort les propos des artistes, parce qu’ils sont de tel ou tel camp politique. Ils doivent comprendre qu’à un certain moment, nous, les artistes, pouvons donner notre avis.

 

• Un avis donné parfois par affinité ?

- Non ! On donne notre avis, non pas parce qu’on aime la gueule de quelqu’un. On le donne par amour de notre pays et parce que nous souhaitons que les choses marchent. Nous n’avons pas le droit d’appeler à l’insurrection ou appeler à une quelconque désobéissance civile. Nous ne faisons que dénoncer.

 

• OK ! Cette question va te faire sourire, mais je la pose tout de même : Nous sommes un certain nombre de personnes à ne pas connaître tes débuts dans la musique ?

- (Sourire) Non, mais tout le monde sait que j’ai commencé à chanter dans les cars.

 

• Pas moi !

 

-          Je ne te crois pas. Je le faisais après les matches, dans les vestiaires. Mais je le faisais déjà au quartier avec mon petit groupe. On utilisait de vieilles casseroles ou de vieilles marmites comme instruments. On tapageait dans le quartier à Koumassi. J’ai transféré cette ambiance à l’école pendant les récréations ou lorsque l’instituteur n’était pas encore arrivé, j’entretenais les amis de la classe. C’est à ces moments-là que je me suis rendu compte que j’avais la possibilité d’être artiste-musicien. C’est à cette période qu’au niveau du football je suis monté rapidement en équipe première. A 16 ans, j’évoluais déjà avec les Gbizié Léon, Boé Norbert, Dié Fonéyé, Koffi Kouadio Dino Zoff, Gnon Richard et autres. Ils m’encourageaient, cela permettait de détendre un peu l’atmosphère avant les matches. La concentration, c’est bien, mais il faut qu’elle soit dosée. Lorsque vous dépassez la dose de la concentration, vous n’arrivez même plus à faire les gestes les plus simples. Donc la partie ambiance dans le car servait à tout cela. Et ça faisait du bien au club. Avant mon arrivée au Stella en 1978, le club n’avait jamais été champion de Côte d’Ivoire. Je suis arrivée au cours de la Saison 78-79. On a été Champion de Côte d’Ivoire et on l’a été en 1981, en 1984. L’équipe a été championne de Côte d’Ivoire avec moi à trois reprises.

 

• On va dire Gadji La Chance ?

- Oui, Gadji La Chance, on peut le dire comme on appelait notre gardien de l’époque Kouamé La Chance (rire). Lorsqu’il était battu, il était toujours sauvé par les poteaux. Après donc cette époque glorieuse avec le Stella-Club d’Abidjan, j’ai eu envie de connaitre le football professionnel. J’avais 29 ans, j’étais capitaine des Eléphants de Côte d’Ivoire. J’avais envie de d’autres sensations. Je n’ambitionnais pas de faire une grande carrière. Mon rêve était de découvrir le monde professionnel en Europe. J’ai signé à Sète où j’ai fait trois bonnes saisons à l’issue desquelles j’avais été contacté par le Paris Saint-Germain.

 

• Je n’ai pas eu vent de ton passage au PSG ?

- J’avais juste été contacté à l’époque où Francis Borelli était le président de PSG. Malheureusement, mon Club qui m’a pris au Stella à moins que rien, a exigé un prix exorbitant. Le PSG a abandonné le projet surtout que j’étais étranger. Il y avait un quota de deux étrangers par club à cette époque. Mon club ne voulant pas baisser le prix, cela m’a cassé moralement et j’ai décidé de retourner en Côte d’Ivoire. Je suis allé à l’ASEC.

 

• Pourquoi n’es-tu pas retourné au Stella ton club formateur ?

- (Rire) Non, là je ne pouvais pas retourner au Stella. L’équipe n’avait pas les moyens de me payer et de me faire travailler dans de bonnes conditions. Je venais de France où il y a des installations de qualité. Ce que mon club formateur n’avait pas. J’étais professionnel. Ce n’était pas possible, soyons réaliste. Mais il faut dire que c’est l’ASEC et l’Africa qui avaient fait la démarche pour me prendre. J’ai choisi l’ASEC Mimosas parce qu’il y avait un projet qui m’intéressait et que de l’autre côté il y avait Simplice Zinsou avec qui j’étais en duel depuis le Stella. Il ne me supportait pas et usait de son réseau de journalistes pour me casser. Finalement, le choix de l’ASEC a été une réussite. Nous avons fait trois ans sans défaite. Du jamais vu au pays.

 

• C’est là que tu te dis : enfin il est temps de se consacrer à la chanson ?

- Jusque-là, je faisais les deux. Je chantais pendant que je jouais au football. C’était une manière pour moi de préparer ma reconversion dans la musique. Parce que j’avais toujours dans un coin de la tête, l’idée de faire carrière dans la musique. Mais avant cela, je faisais des chansons à la gloire des équipes de l’ASEC et des Eléphants. C’est lorsque j’ai arrêté définitivement le football après Sénégal 92 que j’ai décidé de me consacrer entièrement à la chanson.

 

De notre correspondant à Paris,

 

Carino De DIMI

 

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