LES PATRONS : “Voici notre nouvelle vision”

Write on Friday, 18 November 2016 Published in Causerie Read 386 times
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Changer. Tel est le maître-mot qui caractérise désormais la carrière du groupe zouglou Les Patrons. Après avoir réaménagé son staff et s’être séparé de deux membres, Eric et Clem’So se donnent une nouvelle vision pour mener à bon port le navire Patrons. Avec l’ambition de jouer un jour au Zénith et à Bercy à Paris. Et cela passe par le succès de “Magie”, leur 4ème opus.

• Quoi de neuf Les Patrons ?

Clem’So : Le groupe se porte bien. On vient de faire sortir un nouvel album dont nous avons fait la présentation au cours d’un concert live dédicace le 4 septembre au Palais de la culture. L’album est baptisé Magie. C’est notre 4ème album et il comprend 14 titres. 

• Quel bilan faites-vous de ce concert un peu spécial ?

Eric : Ce n’est pas un peu spécial. C’était vraiment spécial. Puisque c’est la première fois que nous présentons directement notre nouvelle production au public avant sa sortie dans les bacs. C’était un spectacle un peu audacieux. Je dirai une prise de risque, car nous ne l’avions pas encore fait auparavant. On a osé et je puis vous dire que ça s’est plutôt bien passé. Dans notre schéma habituel, on sortait un album. On faisait la promo pour permettre aux fans de le découvrir avant d’aller à la phase concert. Cette fois-ci, on a fait l’inverse. Mais le public a répondu présent. 

• Clem’So, c’est quoi la magie ?

- Magie, c’est comme un prestidigitateur qui vient faire ses tours, son numéro et il laisse les spectateurs stupéfaits, étonnés… Pourquoi la Magie ? On dira qu’il y a eu plusieurs boulots dans cet album. Côté technique par exemple, on a travaillé avec de nouvelles têtes telles l’arrangeur Koudou Athanase, le joueur de kora de Salif Kéïta et l’arrangeur 2B de Boss Playa. Ils ont renforcé notre ancienne équipe composée de David Tayorault, Olivier Blé et Patché. 

• Eric….

- Oui, ça nous a vraiment fait du bien d’ouvrir un peu plus notre musique qui est déjà assez soft. On a fait d’importants featurings avec Jonas Rimbaud du Danemark et Marina Amori de la Suède. Ils sont tous de la Scandinavie. Et il y a aussi la magie des textes, des mélodies ! En Côte d’Ivoire, on a eu en featuring le vieux père Meiway, le génie de Kpalèzo. 

• Et vous êtes restés dans la même ligne de la sensibilisation, de la satire sociale ?

- Eric : oui mais cette fois, on a parlé beaucoup plus d’amour. Bien entendu qu’il y a différentes façons de le chanter. L’amour, c’est aussi la vie. Et pour nous qui sommes d’un pays qui sort de crise, on a aussi parlé aux dirigeants en nous mettant dans la peau du peuple. On a dénoncé des tares en disant que c’est de (nous-mêmes) notre faute si c’est comme ça. Et si c’est de notre faute,  c’est nous-mêmes qui pouvons trouver la solution. Pour couper court, on a demandé pardon à tout le monde dans le titre Côte d’Ivoire. 

• De Nègre noir à Magie, quel bilan faites-vous de votre parcours ?

- Clem’So : Il y a Nègre noir, Cœur blanc, Haut Niveau et Magie. Le bilan est largement positif. Du Wôyô à la publication de notre premier album, il n’était pas évident qu’on arrive à notre niveau actuel. Le public ivoirien nous a adoptés. On a gagné en maturité et on s’est fait des contacts. Dieu merci, on a su saisir notre chance et on continue de bosser. 

• Eric, tu as abandonné tes études pour la musique. Quel bilan personnel fais-tu ?

- Quand tu es dans ce qui te passionne, tu ne dois pas regretter. Regretter, c’est douter, c’est ne même pas penser ni vouloir. On peut regretter dans la mesure où on estime qu’on a fait une erreur. Mais ce n’est pas une erreur dans la mesure où la musique nous permet d’aider nos familles, de vivre. Et en plus, ça nous plaît. Du coup, je suis content, je suis fier et je dis merci à Dieu et tous ceux qui nous permettent de faire cela. 

• Avant cet album, vous étiez avec la structure Dream Maker. Que s’est-il passé pour que vous rompiez le contrat ?

- Eric : cela fait plus d’un an déjà. Je crois qu’on ne va pas revenir là-dessus. Je vais juste dire que c’était professionnel. C’est juste une question de vision. Nous sommes une famille de longue date. Chacun connait chez l’autre. Nous sommes des frères. Mais du point de vue boulot, chacun fait ce qu’il a à faire. Ce n’est pas nouveau. 

• N’est-ce pas parce que vous avez atteint un certain niveau que vous ne voulez plus travailler avec eux ?

- Eric : Pas du tout. Tout le monde commence quelque part et puis après chacun peut avoir ses visions, ses choix. C’est comme ça la vie. 

• Au sein du groupe Les Patrons, on soupçonne Eric de vouloir faire une carrière solo…

Eric : Ah bon ? Pourquoi depuis Nègre noir, on ne m’a pas prêté cette intention ? Quand on est dans un placard obscur, on ne s’occupe pas de toi. C’est de bonne guerre que les gens s’intéressent à moi. 

• Eric a-t-il l’intention d’évoluer en solo ou pas ?

- C’est non ! Ce n’est pas mon intention. J’ai plutôt l’intention avec tous ceux avec qui on travaille de faire l’Olympia, le Zénith, Bercy… à Paris. Voilà une intention, une volonté qu’on partage. Ça, c’est un souhait positif. Mais je ne peux pas avoir une intention négative par rapport à mon groupe. Ça  n’a pas lieu d’être et ce n’est pas mon cas. 

• Clem’So, quelles sont vos relations avec Vino et Dodo La Joie qui ne sont plus avec vous ?

- Ils sont là. Chacun vaque à ses occupations. Tranquille. Chacun sait où chacun est. Et chacun travaille. Ils sont là, ils sont en bonne santé. 

• Vous vous appelez ?

- Clem’So : Non. 

• Une guerre fratricide ou une guerre froide ?

- Clem’So : Il n’y a pas de guerre. C’est arrivé, c’est arrivé. Chacun de nous a sa mentalité. C’est-à-dire que chacun sait comment diriger sa vie. Sinon, il n’y a pas eu de guerre, de palabre entre nous. On reste des frères. 

• Eric, en gros, c’est quoi la vision du groupe ?

- Ce n’est pas sortir des albums et rester toujours à la même place. Dans la vie, on évolue. Donc on travaille en fonction. Il faut s’entourer de personnes adéquates pour faire le travail qu’il faut. C’est ce qu’on appelle être professionnel. On aspire à mieux que ce qui est et on se bat justement pour ça. On veut mettre en place une nouvelle manière pour faire notre carrière. 

• Quels sont les moyens que vous avez mis en place pour aller vers ce cap-là ?

- Eric : psychologiquement, il faut être responsable. Il faut aussi être très mature, très humble, très sage et surtout travailleur. Ça, c’est le premier moyen. Et spirituellement, il faut avoir la foi. Une grande foi. Ce sont ces moyens d’abord qui font appel à d’autres moyens. Et c’est ce que nous sommes en train de faire : programmer des choses comme faire des dédicaces qui sont des choses qu’on n’a pas pour habitude de faire. Aller vers d’autres pays ou collaborer avec des personnes qui se trouvent dans d’autres pays. Postuler pour des festivals et tout. Se créer des contacts  avec certains agents qui vont nous permettre d’avoir une route un peu plus élargie. On est obligé d’aller vers ça. 

• Eric fait partie aujourd’hui des meilleurs chanteurs zouglou. Récoltez-vous les fruits de ce talent-là ?

- Eric : il faut qu’on dise merci à Dieu. Partir de zéro à un point même si c’est un, c’est déjà  quelque chose. Les Patrons, ce n’est pas l’immédiat. C’est la durée, la constance et une carrière à peaufiner. C’est avec cette patience, cette confiance et tout ce travail que les choses viennent comme ça doit venir. Naturellement. A petits pas. Avec tout ce que nous avons eu, on ne peut pas se permettre d’insulter la confiance de ceux qui nous ont soutenus. On leur dit plutôt merci. 

• Quel est votre jugement sur le zouglou 25 ans après ? Pourquoi a-t-il du mal à s’imposer sur le plan international ?

- Clem’So : Je pense qu’il y a eu les créateurs du zouglou, ceux qu’on appelle les doyas du zouglou. Ensuite sont arrivés les Yodé et Siro, Espoir 2000, Magic System et la nouvelle génération. 25 ans ou 30 ans après, il y aura toujours la relève. 

• Aujourd’hui, l’essentiel n’est pas qu’il y ait la relève ou pas. L’artiste zouglou se dit qu’il peut avoir une carrière internationale. Comment faire ?

- Eric : Justement c’est de cela qu’on parlait un peu plus haut. Il n’y a pas de solution miracle. Il faut se battre. On est né  et on a trouvé que Dieu nous a déjà tout donné. Maintenant, comment s’en servir ? Il faut trouver cette tactique-là. Il nous faut donc la motivation et la conviction. 

• Donne-nous ta recette !

- Eric : Ma recette ? C’est de travailler et de savoir s’entourer. Avant que le manager ne soit ton ami, il faut que ce soit quelqu’un qui a envie que tu progresses. On fait beaucoup d’amalgames dans ce sens-là. Parfois on est dans beaucoup d’affinités inutiles et on oublie l’essentiel. Pour moi, on travaille ou on ne travaille pas. Même si on est familier à son directeur au quartier, une fois au travail, on dira M. le Directeur. Il faut vouloir ce dont on a envie et s’entourer de personnes qu’il faut. 

• Qu’est-ce qui explique alors le blocage du zouglou au niveau international ?

- Eric : le zouglou est quand même à un niveau respectable. Il y a Magic System qui marche bien à l’international. 

•  Tout le monde est d’accord que Magic System a dilué son zouglou pour conquérir le marché international. Est-ce cela la potion magique ?

- Ça ne s’appelle pas diluer son zouglou. 

• Si, ce n’est pas du zouglou pur et dur...

- Bon, chacun a son opinion là-dessus. Je vais apporter une précision. Pour que la banane plantain devienne foutou, il faut la piler. Il n’y a rien qui ne subit  de transformation. Je n’ai pas envie d’utiliser le mot diluer. Je dirai donc améliorer. Si ce que tu fais depuis fait que tu es toujours à la même place juste parce que tu veux être là, eh bien, il n’y a pas de problème. Tu seras là. Si tu veux apporter un plus à ce que tu fais depuis parce que tu veux qu’on t’écoute de l’autre côté, tu feras ce qu’il faut pour qu’on t’écoute de l’autre côté. Comme ça, ceux qui savent que tu existes t’écouteront. Et ceux qui ne savent même pas que tu existes t’écouteront aussi. La musique a le droit de traverser toutes les frontières. Sinon, il s’agira de faire de l’alloukou au village et tu restes au village. Et les gens du village te diront : ne va pas chanter à Abidjan. C’est un peu ça. 

• Clem’So ?

- Je suis tout à fait d’accord avec Eric parce qu’il faut un brassage culturel pour faire avancer le mouvement. On ne peut pas rester chez nous ici et prétendre que le mouvement puisse avancer. 

Par Omar Abdel Kader 

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