David Monsoh : “Arafat et Beynaud ne sont pas rentables”

Write on Monday, 02 January 2017 Published in Entrevue Read 1036 times
Rate this item
(0 votes)

David Monsoh était récemment à Abidjan. Le producteur était sur les bords de la lagune Ebrié pour voir la famille, les bureaux de sa chaîne de télévision et faire la promotion de l’album de son nouveau poulain congolais Héritier Watanabe. Il en a profité pour parler de la musique africaine, du Couper-décaler et des problèmes que les artistes africains ont pour entrer chez les majors en Europe. 

 

• Quel est l’objet de votre passage à Abidjan ?

- Je suis là pour voir la famille. Ma mère à 100 ans aujourd’hui et il est important pour moi de venir la saluer. Je suis également ici pour voir les bureaux de ma chaîne de télévision B.Black et voir ceux qui y travaillent. Je suis également là pour la promotion de l’album de mon nouveau poulain congolais Héritier Watanabe.

 

• Comment votre chaîne B.Black se comporte-elle aujourd’hui ?

- Elle se comporte très bien. Elle va passer bientôt en HD (Image Haute Définition). Il y a maintenant beaucoup d’abonnés. Bientôt, elle arrivera aux USA. Les artistes africains seront vus aux USA. La diaspora africaine aura la chance de regarder B.Black. C’est l’une des premières chaînes dirigées par un africain qui va arriver aux USA.

 

• La chaîne n’est pas véritablement connue à Abidjan et en Afrique ?

- C’est normal. La chaîne existe il y a à peine deux à trois ans maintenant. Il y a beaucoup de chaînes musicales et B.Black arrive en challenger. Tout doucement, elle est en train de faire son petit bonhomme de chemin. Les Ivoiriens sont en train de l’adopter. D’ici 2017, je vais faire plus de promo en Côte d’Ivoire pour l’imposer dans le cœur des Ivoiriens.

 

• Il paraît que vous interdisez aux artistes qui passent sur votre chaîne de faire diffuser leurs clips ailleurs ?

- Pas du tout. Ce sont des gens qui veulent se rendre intéressants qui racontent ces choses. Il y a aussi la force des réseaux sociaux. Un artiste doit être sur toutes les chaînes possibles. Il doit passer sur la RTI, sur Trace TV, sur NTV2, sur LC2, etc. En tant que producteur, je m’interdis de parler d’exclusivité de mes artistes sur ma chaîne. Je suis pressé de les donner à une autre chaîne. La preuve est là avec mon artiste Héritier Watanabe qui passe sur Trace Africa. L’artiste a besoin de se faire voir partout. Il n’y a jamais eu de problème. Ce sont des gens qui racontent des choses sur moi.

 

• Qu’en est-il du problème avec Serge Beynaud sur ce point ?

C’était un gros malentendu que Serge Beynaud n’avait pas perçu. Il a eu très peur et il s’est laissé guider par des gens. Il s’est retiré mais ce n’est pas bien grave. Sinon, je continue de le soutenir quand je peux.

 

• Comment vous est venu l’amour de la musique ?

- J’aime la musique et j’aime beaucoup danser. En arrivant en France en 1990, j’avais mal de voir que la musique africaine n’était pas jouée dans les boîtes de nuit et les artistes africains étaient paumés. Lorsque j’ai eu mon premier salaire, j’ai décidé de produire le premier album ‘’King solo’’ de Gadji Céli. Et je suis allé voir feu Gilles Obringer à RFI pour faire passer Gadji Céli. Il m’aide et m’envoie à Sono Disc où je deviens directeur artistique plus tard. Il fallait faire la promotion des artistes africains, parce que la diaspora africaine était énorme en France.

 

• Qu’est-ce qui explique que les majors et les médias européens ferment la porte à de nombreux artistes africains ?

- Le problème des artistes africains, c’est qu’ils chantent beaucoup en langue. Et quand c’est comme cela, cela réduit leur chance de signer avec les majors et passer dans les grands médias européens. Ces derniers exigent souvent aux artistes africains de faire leur musique à eux. C’est-à-dire qu’ils chantent en français par exemple. Ça m’agace pourtant d’écouter un artiste chanter en français. Je préfère écouter un artiste chanter en Lingala par exemple. Même si je ne la comprends pas. Je suis content de produire un artiste qui chante en Lingala. Si on opte pour la culture européenne, on risque de perdre nos valeurs africaines. Qu’est-ce que nous allons expliquer à nos enfants plus tard ? C’est quoi la musique africaine ? Salif Kéïta, malgré qu’il ait signé chez un major, chante quelque fois en Bambara, en gardant les instruments africains comme la kora.

 

• Mais les artistes comme Richard Bona, Lokua Kanza et autres qui chantent en langue ont signé avec des majors ?

- C’est un peu vicieux.  Lokua Kanza et Richard Bona ont du succès chez les Blancs, parce qu’ils chantent dans leur langue et un peu en français. Mais le public africain de base ne les écoute pas. Parce qu’il ne se retrouve pas en eux. C’est le cas de Magic System. Il marche au niveau de l’Europe, mais en Afrique, on ne les écoute plus. Et leur cote a baissé. Les magiciens ont épousé l’esprit européen.

 

• Quel est votre combat aujourd’hui ?

- Mon combat, c’est que la musique africaine arrive à un certain niveau comme la musique américaine. Je suis heureux, parce que quand vous arrivez aujourd’hui en France et aux Etats-Unis, les artistes essaient de copier la musique africaine. Ils rajoutent dans leur musique les instruments africains. C’est ce que je recherche. C’est pour cela que j’ai créé ma chaîne. C’est pour permettre aux artistes africains d’avoir plus de visibilité. Les Meiway, Gadji Céli n’avaient pas cette possibilité avant de passer sur les grandes chaînes européennes.

 

• Il y a quelques années la musique camerounaise, congolaise, ivoirienne avaient pignon sur rue en Afrique. Aujourd’hui, c’est la musique nigériane qui est en vogue. Qu’en pensez-vous ?

- Je suis content, parce qu’il faut au moins toute cette panoplie de créations de chaque pays pour revaloriser encore la musique africaine. Les Nigérians font leur temps. Les Ivoiriens continuent également de faire le leur avec le couper-décaler. Aujourd’hui, l’Afrique a besoin d’avoir des vrais chanteurs. On ne veut plus entendre de bruit dans les chansons. On veut avoir ceux qui chantent véritablement. Quand vous allez aux Etats-Unis, les vrais chanteurs, c’est ceux qui ont la loi.

 

• On remarque que c’est essentiellement les artistes congolais qui sont dans votre écurie. Pourtant en Côte d’Ivoire, il y a des talents. Qu’est-ce que vous attendez pour les produire ?

- Mais je continue de produire des talents en Côte d’Ivoire. Il y a un artiste ivoirien que je viens de produire du nom de No-Size. Vous avez sûrement entendu le refrain : ‘’la go-là a faim, oh ! La go-là a faim’’. Après Arafat et Serge Beynaud, je continue de produire les artistes ivoiriens. Mais il faut que je tombe sur des bons chanteurs.

 

• Continuez-vous de produire des artistes DJ ?

- Non, je ne compte plus les produire. Je pense qu’ils doivent retourner en cabine. Chacun a son métier. Les DJ ne marchent plus. Contrairement à ce que les gens pensent. Financièrement parlant, c’est un flop. Ils ne vendent pas et en plus, ils ne sont pas organisés. Ils sortent une chanson et deux jours après, une autre. Ils n’ont pas le temps de faire la promo. Ils sont tellement désordonnés que je n’ai plus envie de les produire. Par exemple DJ Arafat n’est pas rentable, Beynaud pareil. Certes, ils gagnent sur les spectacles. Mais ils ne sont pas rentables financièrement parlant. Les seuls qui ont marché, c’est Douk Saga et la Jet Set.

 

• Vous devriez travailler à un certain moment avec Bebi Philip. Qu’en est-il ?

 

- Je l’avais contacté à un certain moment. C’est un arrangeur et aussi un chanteur. On n’a pas eu le temps de bien négocier. Aujourd’hui, il a sa carrière et il fait son petit bonhomme de chemin. Je préfère produire ceux qui ne sont pas encore connus. Comme c’est le cas aujourd’hui avec Héritier Watanabe.

 

• Avez-vous toujours Fally sous contrat ?

- Oui ! Il est toujours sous contrat avec moi. Tant qu’il n’a pas levé l’option avec moi, il sera toujours sous contrat avec moi.

 

• De quelle option s’agit-il ?

- Ce sont trois albums fermes et deux autres en option. Tant qu’il ne lève pas les deux options, il m’appartient toujours. Il doit m’écrire pour dire qu’il a trouvé mieux ailleurs et qu’il ne veut plus travailler avec moi. Tant qu’il ne le fait pas, le contrat avec lui, est toujours valable. Je ne vais pas l’attaquer en justice. Depuis 4 ans, il n’a pas encore sorti d’album. J’attends qu’il sorte un nouvel album pour réagir.

 

• Vous gardez toujours de bons rapports avec lui ?

- Depuis qu’il est allé chez Universal, je ne l’ai plus jamais revu. Cela fait aujourd’hui 4 ans que Fally et moi, nos chemins ne sont pas encore croisés.

 

• Quels sont les meilleurs moments que vous gardez des artistes que vous produisez ?

- C’est quand je produis un artiste qui sort de nulle part et le lendemain il remplit une salle. Quand je passe dans la rue et que je vois des gens écouter les artistes que j’ai produits, je suis heureux. J’ai accompli ma mission. Ce sont des moments inoubliables.

 

• Vous avez commencé à produire les artistes depuis 1990. Cela fait aujourd’hui 26 ans. Quels sont les voyages qui vous ont le plus marqué durant ces 26 ans ?

 

- Oh, c’est lorsque je suis allé aux Etats-Unis pour assister aux cérémonies des Grammy Awards. Et avoir été être près des artistes comme Beyoncé.

 

• Attendez-vous une décoration de la part de l’Etat ivoirien ?

- Noon ! Si les mélomanes reconnaissent ma valeur, c’est tant mieux. Je n’attends rien de l’Etat ivoirien pour qu’il me donne une décoration. Ce que j’attends de l’Etat, c’est de bien structurer le BURIDA pour permettre aux artistes de bien vivre de leur art.

 

• Vous êtes toujours en train de bouger. Avez-vous du temps à consacrer à votre famille ?

- Oui ! J’ai toujours un moment à consacrer à ma famille. Mes voyages sont toujours courts. Je fais souvent une semaine, voire dix jours. Et je reviens auprès de ma famille. Je les amène à la piscine.

 

• Combien d’enfants avez-vous ?

- J’ai deux garçons et une fille.

 

• Les gens racontent que vous êtes homosexuel. D’où vient cette rumeur ?

- Les gens pensent que être homosexuel permet de réussir. Qu’ils aillent essayer et après qu’ils viennent avec leur expérience expliquer. Aujourd’hui, quand tu es à un certain niveau, les gens sont obligés de raconter n’importe quoi sur toi. Soit tu es un dealer de drogue, soit tu es escroc ou un voleur. Qui on connait qui est un homosexuel et qui a eu de l’argent ? Il n’y en a pas. Ceux qui pensent que la vie est facile en allant donner ses fesses ou allant se pavaner, qu’ils aillent essayer et qu’ils viennent nous expliquer après. 

 

• Que pensez-vous des homosexuels ?

- Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Je suis qui pour juger quelqu’un ? Nous sommes dans un monde libéral où chacun vit sa vie comme il l’entend.

 

• Quel est votre leitmotiv ?

- Mon leitmotiv, c’est le travail. Je souhaite que les gens retiennent de moi que je suis un travailleur. J’exhorte la jeunesse au travail.

 

 

Par Patrick Bouyé 

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.