Jean Louis Koula: “ Pourquoi je ne serai pas au Fespaco “

Write on Monday, 23 January 2017 Published in Entrevue Read 201 times
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C’est désormais une certitude. La version filmée des Frasques d’Ebinto, le livre d’Amadou  Koné ne sera pas au Fespaco 2017 qui démarre fin février. Dans cet entretien, Jean Louis Koula, le réalisateur donne les raisons du blocage de son projet.

• Vous envisagez de porter Les frasques d’Ebinto d’Amadou Koné au cinéma. Où en êtes-vous avec le tournage après le premier clap qui a été donné à Jacqueville ?

- Je suis vraiment au regret de dire qu’actuellement la situation est bloquée. Pas qu’en tant que technicien, je ne suis pas prêt. Cela fait quand 25 ans que je travaille sur ce projet tant au niveau du découpage technique, qu’au niveau du planning, du casting en ce qui concerne le décor. Tout ce travail a été déjà fait. Mais on a besoin de financement pour pouvoir achever le film.

 

• Dans le cas d’espèce, qui cherche le financement ?

- Bien sûr que c’est moi en tant que producteur et réalisateur du film. Mais je vais vous expliquer comment fonctionne la production de ce genre. Depuis 2009, je suis en pourparlers avec l’auteur du roman pour le traduire au cinéma. Quand il a été d’accord, on a réécritle scénario ensemble. On l’a même traduit en anglais pour pouvoir intéresser d’éventuels producteurs américains. Pendant un an, j’ai cherché les financements. Mais ce n’est pas facile car les Américains ne connaissent pas l’Afrique. Le sujet peut les intéresser. Mais ils aiment dire qu’ils font la promotion des acteurs et comédiens connus. C’est ce qui vend aux Etats-Unis. Donc, s’ils vont t’impliquer dans ce film, il faut que les rôles principaux soient tenus par des acteurs américains. Dans le cas de ce film-là, ce n’est pas possible car c’est un sujet purement africain. Même si le sujet est universel. En plus, il se tourne en Côte d’Ivoire. Donc, de ce côté-là, je n’ai pas eu gain de cause Par le truchement d’un ami, j’ai pu rencontrer les responsables d’une structure qui s’occupe de la distribution. Ils ont lu le scénario et l’idée les a intéressés. Ils veulent s’impliquer dans le film pour faire une première expérience avec l’Afrique. Ils ont promis de m’aider dans la postproduction. Dans le cinéma, il y a trois étapes : la pré-production, la production et la postproduction. La postproduction est la dernière phase. Quand on a fini de tourner, les images sont déjà là et on fait le montage dans le studio. C’est après cette étape qu’on sort la copie définitive. Dans le cadre de mon film, la facture s’élève à plus de trois cent millions de FCFA. Ils vont faire le montage, tirer les copies et doubler le film en anglais.

 

• Et combien coûte au total le film ?

- Il coûtera au moins cinq cent millions de FCFA. Si les Américains prennent trois cent millions, il me restait à trouver 200 millions. Pour eux, si je trouve le financement ou quelqu’un qui va injecter de l’argent frais la production, eux, ils m’accompagnent.

 

• Pourquoi, ils ne prenaient pas tout en compte ?

- En fait, quand ils produisent un film américain, à la fin de l’année, ils ont des dégressifs sur les impôts. Alors que s’ils produisent un film africain, ce ne sera pas le cas. Mes partenaires américains ont été très clairs au départ. Si je trouve de l’argent, ils m’accompagnent.

 

• Où comptez-vous trouvez alors le reste du financement ?

- Je compte sur mon pays.

Quand je suis revenu à Abidjan, je suis allé voir le ministère de la culture et de la francophonie. Le ministre a dit qu’il m’octroyait 120 millions. Bien avant en 2009, j’avais déjà demandé au ministre qui était là de pouvoir me donner les moyens de pouvoir financer le film. Il m’avait dit qu’il n’avait pas les moyens de me donner 200 millions. Ce qu’ils peuvent faire, c’est de me donner 25 millions pour développer le film. C’était une subvention. Ce n’était pas un prêt. En ce qui concerne les 120 millions demandés au ministère sous l’ère Bandaman, le ministre m’a dit que c’était un prêt que je devrais rembourser sur trois ans. Je suis donc reparti aux Etats-Unis informer mes partenaires que j’ai eu un financement. C’est en ce moment qu’ils ont accepté de m’accompagner.

 

• Mais le compte n’y est pas encore, puisqu’il vous faut 200 millions et vous avez la promesse de 120 millions ?

- Mon salaire de réalisateur et de producteur, et ceux d’autres techniciens sont mis en participation. Je ne les paie pas maintenant. Ils sont payés après la sortie du film. C’est ce qu’on appelle la participation. Quand on calcule, cela avoisine déjà les 60 millions. On a des sponsors qui peuvent nous aider avec 20 millions pour compléter les 80 millions qui restent. Voilà comment tout est schématisé.

 

• Finalement, qu’est-ce qui bloque, puisqu’apparemment tout est bien clair ?

- Bon quand je arrivé en juin 2015, les services financiers du ministère m’ont fait savoir que compte tenu du fait qu’ils n’avaient pas assez d’argent, ils allaient scinder la somme en deux. Ils allaient me remettre 50 millions immédiatement et les 70 millions qui restent, seront versés dans l’exercice 2016. Ce qui me compliquait déjà la tâche. En fait, en long métrage, la production se fait de façon linéaire. Quand ça démarre, c’est 8 semaines de tournage sans interruption. Quand ils m’ont donné les 50 millions fin 2015, je ne pouvais pas engager la production puisque je n’avais pas tout l’argent. Mais j’ai tout de même démarré la pré-production à savoir la réalisation des décors, les costumes, chercher les accessoires et la location de certaines matériels techniques.   Je suis revenu des Etats-Unis en mars dernier. J’ai été voir le FONSIC (Fonds de soutien à l'industrie cinématographique), qui finance les films au ministère de la culture et de la francophonie. Les responsables du fonds m’ont fait savoir qu’ils ne peuvent me donner la 2ième tranche de mon prêt que si je justifie l’utilisation de la première. Ce qui est normal. J’ai un producteur exécutif qui supervise les dépenses. Et j’ai aussi engagé deux comptables qui travaillent au quotidien sur ces détails-là. Donc, apriori, il n’y a pas de problème sur la justification de l’utilisation du fonds. J’avais au moins 700 pièces à justifier. J’ai trouvé que ce serait long comme travail. j’ai proposé alors d’aborder les grands chapitres et le reste, ils vont jeter un coup d’œil sur les justificatifs pour qu’on gagne en temps. Ils m’ont dit non. Ils m’ont demandé d’envoyer tous les pièces comptables. Il y avait trois cartons de pièces comptables que je suis allé déposer en compagnie de mon comptable au FONSIC. La dame qui nous a reçus, a dit ok. 10 jours après, elle m’appelle et m’informe que le ministre veut me voir.

 

• Ah bon?

- On s’y rend. Je fais le point au ministre et la dame dit qu’elle n’est pas d’accord avec certaines dépenses qu’on a faites qui  ne sont pas dans le cadre du film. Mme Koné, la sécrétaire du Fonsic a dit qu’on a pris en location des bureaux, acheter une camionnette pour transporter le matériel et enfin payer l’électricité et l’eau. J’ai répondu en disant ceci : une production ne se fait pas dans la rue, il me faut un siège pour cela. Le décorateur travaille sur quatre décors : Jacqueville, Ayamé, Adiaké et Grand-Bassam. Il y a beaucoup de reconstitutions à faire. On est obligé de construire des chambres pour qu’on puisse mettre de la lumière. Le décorateur avait besoin d’une camionnette pour transporter le matériel d’un lieu à un autre. En louant la camionnette, elle nous revient cent mille FCFA par jour. En trois mois de tournage, on va payer 9 millions de CFA. On a donc acheté une camionnette à 4 millions. Ce qui nous fait une économie de 5 millions. Une fois le tournage terminé, on revend la camionnette car on n’en aura plus besoin. Où sont les dépenses superflues ? La dame me dit que si nous étions une société, on devrait avoir un bureau. J’ai aussi répondu que même si j’avais des bureaux et s’ils sont utilisés dans le cadre du film, ils sont facturés dans la dépense du film. C’est comme ça partout. Comme la discussion devenait houleuse, le ministre y a mis un terme. Et il demandait là où était le problème. La dame a fait savoir que si on fait apparaitre cette dépense sur la facture de la BNI qui détient les fonds, elle ne va pas payer, car il y a bureau et camionnette. Le ministre a dit d’enlever les termes conflictuels. Et à la place, on met décor, costumes pour que le dossier soit propre et acceptable. Le ministre a tranché. J’ai été voir Mme Koné, deux jours après. C’est encore les mêmes problèmes qu’elle me pose. Et Mme Koné la secrétaire du fonds m’a posé encore d’autres conditions. On devrait déposer les rushes du film pour qu’on paie la 2ième partie. Je lui dis que je n’ai pas fait le film donc, je ne peux pas avoir les rushes. On a fait le premier clap en mai dernier. Mais après à, on n’a pas eu l’argent. Je suis resté jusqu’en juin. Les Américains à qui j’avais donné le mois d’avril comme date démarrage ont commencé à s’inquiéter. J’ai répondu à une réunion d’urgence à New York pour leur faire le point. J’ai aussi écrit au ministre pour lui faire le point de ma rencontre avec les Américains. Mais je n’ai pas eu de suite. J’ai été obligé de voir la marraine (Mme Henriette Dagri Diabaté) qui est intervenu…

 

• Et après l’intervention de la marraine ?

- J’ai eu une réunion avec le ministre en septembre dernier. Il m’a rassuré que tous les blocages étaient levés. Et qu’on allait me donner les moyens pour terminer le travail. Pour qu’on soit prêt pour le Fespaco 2017. Or le 31 octobre, on arrêtait de recevoir les films qui vont être sélectionnés pour le Fespaco. Après la réunion avec le ministre, ça a trainé encore jusqu’en décembre. C’est dans cette attente que j’ai reçu une lettre du FONSIC me signifiant que compte tenu de la clôture du budget 2016, ils ne sont pas en mesure de financer le film cette année. Le financement est donc reporté sur le budget 2017. J’étais un peu étonné. Il y a des choses que je ne comprends pas puisque j’étais déjà programmé depuis septembre 2016. Si j’étais vite informé, j’aurais pris mes précautions. J’ai fait une année aux Etats-Unis sans pouvoir travailler. Je donne des cours de cinéma là-bas. Mais je ne peux pas prendre l’engagement de donner des cours et puis venir en Côte d’Ivoire pour tourner pendant huit semaines. Donc l’année 2016-là, je n’ai pas travaillé du tout. A Abidjan je fais des dépenses puis je travaille avec un personnel administratif. Il y a le loyer du bureau. Aujourd’hui j’ai une grosse dette sur le dos.

 

• Finalement, c’est raté pour le Fespaco 2017 ?

- Oui! Depuis le 31 octobre,  tout est arrêté. Mais moi, j’étais déjà inscrit au mois de juin. Mais pour retenir le film, il faut que j’envoie des images. Ce qui n’a pas été possible.

 

 

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