Chuken Pat : Il prend position

Write on Monday, 20 February 2017 Published in Entrevue Read 629 times
Rate this item
(0 votes)

L’humoriste et marin Chuken Pat a été très touché par les bruits de bottes en Côte d’Ivoire, il y a quelques semaines. Il dénonce ce qui s’est passé et prône le dialogue. Comme cela aurait pu être le cas entre la Radio Nostalgie et Gondwana City, pour permettre aux chroniqueurs de l’After-work de participer à la 2ème édition du Festival du Rire d’Abidjan. N’empêche que Chuken s’est remis au travail. Il prépare un nouveau One-man-show. Et son retour sur la scène musicale avec un nouvel album.  

• Qu’est-ce qui vous occupe en ce moment ?

- Je suis là, je vaque à mes occupations quotidiennes. Je dois dire que j’ai été beaucoup préoccupé par la situation qui a prévalu il y a quelque temps au sein de notre armée nationale. L’ancien que je suis, je dirai à mes jeunes frères de savoir souvent garder raison et mettre balle à terre. La solution aujourd’hui, ce ne sont pas des coups de fusil. Je demande aussi à nos chefs militaires d’avoir le nez creux et le franc-parler vis-à-vis des militaires, sinon ce qui s’est passé récemment dans notre pays ne nous honore pas. 

• Comment vous avez ressenti personnellement ces événements ?

 

- Avec beaucoup de peine. Je suis déçu et choqué. Car je ne reconnais pas mon armée. C’est dommage que nous nous illustrions de cette façon. 

• Que reprochez-vous aux uns et aux autres ?

- Je ne reproche rien à qui que ce soit. Je suis en train de faire comprendre que nous sommes la grande muette, en tant que les garants de la sécurité des biens et des personnes, nous avons pour obligation de respecter la société. On ne doit pas faire peur à la population. Si pour un oui ou pour un non, on  doit prendre les armes, l’armée perd son essence. Cela n’est pas la solution. 

• Ok, revenons au showbiz. Vous avez manqué l’édition 2 du Festival du Gondwana à cause d’une dissension entre la Radio Nostalgie et Gondwana City ?

- Tout à fait. Je n’étais pas à la dernière édition, tout simplement parce qu’il y a eu un désaccord entre Nostalgie et l’équipe de production du festival. Les gens au niveau de la radio ont trouvé que nous sommes les chroniqueurs de la chaîne Nostalgie et que nous venons avec notre talent. 

• C’était quoi le litige ?

- Nous avons trouvé que certaines productions de Gondwana City sur canal étaient une copie de l’After- work que nous faisons à Nostalgie, notamment sur le parlement des chefs d’Etat Africains. Je pense à ce sujet qu’il y a eu un manque de communication entre les responsables de la radio et l’équipe  de Production de Gondwana. Ils ne se sont pas franchement parlé. Je crois qu’ils auraient pu trouver une solution équitable. Nous, chroniqueurs, apportons notre savoir-faire à tout événement en fonction de notre talent. S’il s’avère que nous avons signé un contrat avec une nouvelle maison, je crois que les gens devraient être plus regardants sur ce fait. 

• Vous vous sentez comme une victime ?

 

- Non, je ne me considère pas comme une victime. J’ai un contrat en bonne et due forme avec Nostalgie. L’équipe de Gondwana a jugé que nous sommes des talents et ils nous ont approchés. On a pris part à la 1ère édition du festival, tout s’est bien passé. A la 2ème édition les responsables de Radio Nostalgie ont proposé aux gens de Gondwana un accord, apparemment les choses n’ont pas marché.  Les gens là-bas à Gondwana ont jugé bon de ne pas nous associer à leur festival. Du coup, si Canal a un souci avec Nostalgie, nous chroniqueurs de cette radio ne sommes pas les bienvenus sur les productions de Gondwana. Je crois que c’était une frustration de la part des gens de l’équipe de Canal. Je souhaite donc bon vent au festival. Qu’il puisse  permettre aux autres artistes qui ont du talent de se faire connaître. L’aventure continue,  c’est sans rancune pour moi. 

• Vous avez failli cette année ne pas prendre part à Bonjour 2017 ?

- Je crois que pour avoir été l’un des cadres de cette émission, je ne voulais pas vraiment jouer. J’ai dit aux gens de la télé que je voulais autre chose. Je ne voulais pas faire office d’humoriste qui vient présenter des blagues et partir. A un certain moment de la vie, il faut savoir faire prendre un peu de recul. Les responsables de la télé m’ont demandé de revoir ma position. Ils ont fait tout pour que je puisse venir jouer. J’ai finalement accepté surtout que cette année la RTI a décidé de me rendre hommage en passant à l’écran mes skeches passés. 

• Qu’est-ce que vous, vous demandiez à la RTI ?

- J’avais surtout voulu présenter l’émission. Avec l’âge et l’expérience que j’ai aujourd’hui, je pense que les jeunes frères ont tout le loisir de faire convenablement l’émission Bonjour. 

• Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur le milieu des humoristes en Côte d’Ivoire ?

 

- C’est un milieu qui est en train de se perfectionner. Je tire mon chapeau à ces jeunes humoristes qui montent très fort et qui ont commencé a avoir de la cote un peu partout. Ça prouve qu’ils prennent ce métier au sérieux. Quand je vois des jeunes comme le Magnific, Ramatoulaye, Agalawal, Joël, que j’ai vu évoluer et les voir aujourd’hui à ce stade, c’est une fierté pour moi. Mais le milieu de l’humour en Côte d’Ivoire n’est pas structuré. N’importe qui se donne le titre d’humoriste. Alors que c’est un métier noble. Etre humoriste, nourrit son homme. Mais il faut d’abord y mettre du professionnalisme et travailler. 

• Vous parlez de professionnalisme ?

 

- Oui, il faut accepter de bosser et bosser. Avoir la jugeote et la suite dans les idées. C’est très important. 

• Vous envisagez en outre de réorganiser ce secteur ?

- Oui, bien entendu. A ce sujet nous allons bientôt nous retrouver. On entend convoquer une réunion avec notamment la présence des Adama Dahico, Gohou, Gbi de fer, ainsi que nos ainés dont Bamba Bakary. Pour ensemble trouver un cadre qui va régir notre milieu. Afin que l’on puisse exercer cette activité en Côte d’Ivoire avec beaucoup de professionnalisme. On y mettra un texte en place avec l’approbation de tout un chacun. On va aussi mettre sur pied une structure qui, au-delà de ce que nous faisons déjà, va nous permettre d’atteindre le marché extérieur. Pour ne pas qu’on nous prenne pour des amuseurs publics. C’est bien beau de faire l’humour ici, mais il faut savoir s’exporter. Nous  devons être constants pour que la jeune génération qui viendra après nous puisse nous prendre en exemple. 

• Avec la floraison des jeunes humoristes, on constate un retrait de certains cadres ?

- Non je ne pense pas, on est souvent tous ensemble. Nous avons la chance de constituer une belle famille. Ça dépend aussi des activités de tout un chacun. Moi, j’essaie d’être dans le moule. 

• On en vient à votre dernier One-man-show qui a été un fiasco, qu’est-ce qui n’a pas marché ?

 

- Il y a eu grosse erreur de programmation. Je n’ai pas approuvé cela et je n’ai pas manqué de le dire. Franchement, ça m’a laissé un souvenir amer. 

• Qu’est-ce qui s’est passé ?

- On était en pleine coupe du monde 2014, le promoteur a fait tout précipitamment. Il n’a pas eu du tout le nez creux. La période n’était pas bien choisie. Le jeune promoteur s’est obstiné à maintenir la date. On a vu le résultat que cela a donné. Ce n’est pas ce maigre public qu’on attendait à mon One-man-show. Voyez-vous l’organisationnel était déjà fait avant même que je ne voie clair dans la chose. Comme mon image était déjà engagée, il fallait que je m’y mette. Mon staff et moi, on est en train de réfléchir, on va caler une prochaine date pour faire plaisir aux fans qui attendent. 

• On ne vous aperçoit plus dans le milieu de l’humour alors que vous êtes musicien à la base marine et membre des cols bleus de la marine ?

- Les cols bleus de la marine après un moment de disette ont été remis en selle. Nous venons d’acquérir de nouveaux matériels. De temps en temps, on verra la silhouette de Chucken Pat avec les cols bleus de la marine. 

• Chuken et la carrière musicale, c’est du passé ?

- Pas du tout. Je sors bientôt un album. Sur cette œuvre il y aura 6 chansons et 2 ou 3 blagues. Ça sera la musique et l’humour. 

• L’après retraite de l’armée, vous y songez ?

- C’est vrai, je n’ai plus beaucoup encore à faire dans l’armée. Dans quelques années, on fera valoir nos droits à la retraite. La retraite j’y pense. Personnellement, je suis en train de mettre des choses en place pour être à la retraite à l’abri de tout besoin. 

• Vous êtes humoriste, chanteur, militaire et chroniqueur. Comment faites-vous pour concilier toutes ces tâches ?

- Ça fait plusieurs arts à ma corde (rire). Pour ne pas dire plusieurs cordes à mon art. Je pense que c’est un don de Dieu et je dis merci à Dieu. C’est aussi une question d’organisation. Dieu me donne toujours la force nécessaire pour bien m’organiser. 

• A quel niveau situez-vous  aujourd’hui votre carrière d’artiste?

- Il faut être constant pour que demain on puisse dire que c’est un professionnel de la chose. Je permets au public qui est le seul juge de dire  de moi ce qu’il sait et ce qu’il attend de moi. J’ai encore beaucoup à revendre. Le public est le seul juge. 

• Qu’est-ce qui a souvent manqué à votre carrière ?

 

- L’organisationnel surtout, c’est très important. Un artiste doit se doter d’une structure, un staff pour gérer sa carrière. Si tu ne l’as pas, tu ne pourras pas faire une bonne carrière professionnelle. 

• L’année 2016 fut une saison très difficile pour les artistes ivoiriens, avec des décès en cascades ?

 

- Pour 2017, je demande au seigneur de mettre sa main gracieuse sur les artistes. Afin qu’ils puissent véritablement jouir de leur art. Que le mal qui nous a endeuillés durant l’année 2016 soit totalement brisé. Nous demandons  au seigneur de nous assister. Je dis toujours quand Dieu te donne l’occasion de vivre, il faut être positif, toujours heureux, éviter de garder rancune et être dans le ton du partage. Je n’aime pas voir les gens tristes. Je ne garde pas de mauvais souvenirs. C’est pour cela que je refuse de prendre des rides. Parce que quand tu es rancunier, méchant, tu vieillis et moi je refuse cela.

 

Par Inzah D.

 

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.