Bailly Spinto : “Je peux arrêter la musique et rien ne m’arrivera”

Write on Monday, 13 March 2017 Published in Entrevue Read 849 times
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Fêter ses 45 ans de carrière, c’est le projet que nourrit Bailly Spinto depuis quelques temps. Comment compte-t-il organiser cet évènement? Que deviendra sa carrière après ce concert géant ? Ce sont entre autres quelques questions abordées dans cette entrevue réalisée avec le rossignol de la musique ivoirienne dans sa résidence à Yopougon-Academie.

 • Salut l’artiste, comment organises-tu ta journée ?

 

- Ma journée est toujours bien remplie. Je ne chôme pas. J’ai des rendez-vous soit à ma résidence ou au centre-ville. Ces derniers temps, je bouge beaucoup à cause du projet de la célébration de mes 45 ans de carrière. Je rencontre certaines personnalités et potentiels sponsors de ce concert pour échanger avec eux.  

• Ici, c’est chez toi, tu n’es pas en location ?

- (Sourire) Oui, c’est ma résidence que j’ai pris le temps de construire. Je l’ai faite à la dimension de ma carrière. Parce que je dois avoir une villa digne de moi. Afin que les mélomanes qui m’ont soutenu pendant toutes ces années sachent qu’ils n’ont pas acheté mes disques pour rien. J’y ai aménagé il y a quelques mois. Et très bientôt, je vais la présenter officiellement aux Ivoiriens. 

• Et ton état de santé ?

- Je me porte bien par la grâce de Dieu. Ma carrière est aussi à un bon niveau. Chaque semaine j’offre des spectacles live privés pour lesquels je ne communique pas forcément. Le week-end dernier, j’ai presté pendant deux heures à  une soirée privée à l’invitation du Colonel Etienne Konan. Et je ne cesse d’être sollicité même dans les villes de la Côte d’Ivoire. Pendant l’année, je peux en faire une centaine, les soirées privées. Et cela me permet d’être contact avec un public sélect. Ce sont des personnes qui n’écoutent que ma musique. Et j’ai pu le constater dans ces soirées, c’est comme un karaoké. Car certains chantent avec précision mes chansons. C’est la joie pour un artiste. Le couronnement sera le concert de mes 45 ans de carrière qui aura lieu au mois d’octobre prochain. J’invite tous les mélomanes des quatre coins du monde à ce grand évènement. Et je souhaite que cela se fasse au Palais des Congrès du Sofitel Ivoire où on avait l’habitude d’offrir nos grands concerts à l’époque. 

• Est-ce la fin de ta carrière  après la célébration de ces 45 ans ?

 

- Noon, ce n’est pas la fin de ma carrière après ce concert. Je ferai plutôt un grand bilan. Parce que même la nouvelle génération apprécie ma musique. Je me retrouve entre trois générations qui m’ont connu au plan musical. Ça sera une grande fête pour la culture ivoirienne. Il y aura des artistes d’ici et d’ailleurs. Mon staff travaille pour réunir sur la scène Manu Dibango, Salif Keïta, Angélique Kidjo, Reine Pélagie, Nayanka Bell, Aïcha Koné, Eba Aka Jérome et Daouda le Sentimental. Et les zougloumen tels que Espoir 2000, Yodé et Siro, Soum Bill, Allan Bill, Yodé Coco, les Patrons…Et ‘’mes enfants’’ Bébi Philip et Serge Beynaud. Le parrain de l’évènement a déjà donné son accord. Quant à moi, je travaille avec un chorégraphe pour le ballet. Et il y aura une grande chorale avec près de 50 choristes. Pour l’arrivée de Manu Dibango, Salif Keïta, Angélique Kidjo, je vais les rencontrer à Paris après le spectacle de ma ‘’fille’’ Esmonde Koré, dont je suis le parrain artistique. Et je vais finaliser aussi avec l’arrangeur Freddy Assogba à Paris quelques morceaux de mon nouvel album de 12 titres qui sortira avant le concert. Vraiment, ça sera un moment inoubliable. 

• A quoi doit-on s’attendre concrètement à ce concert ?

- Je vais présenter les rescapés des orchestres avec lesquels j’ai commencé ma carrière. Les ‘’One Pouce’’, le premier groupe avec lequel j’ai débuté ma carrière. A l’époque notre batterie était en carton ou des armoires avec des musiciens tels que le guitariste Maxwell, Madisson Lee, le batteur Bob. C’est avec ceux-là que j’ai pris goût à la musique. Ensuite, j’ai continué ma carrière avec l’orchestre ‘’Les Fétiches’’  où il y avait N’Guessan Santa, Jojo, Tom Jagger, feu Ringo Starr, feu Pierre Antoine et feu Smith. Pendant le spectacle, je ferai des duos avec des chanteurs de plusieurs générations. Il y aura des témoignages des couples dont j’ai animé les mariages avec la chanson ‘’Taxi Sougnon’’. Sans dévoiler tout le contenu du concert, on a prévu une remise de trophées à certains mélomanes qui soutiennent ma carrière depuis des années. 

• Après 45 ans dans la musique, qu’est-ce qu’elle t’a apporté ? 

- La musique m’a apporté beaucoup. Je ne me suis pas amusé avec mes gains. Je suis fier de moi. Mon bilan est positif. Je suis un artiste accompli. Je peux arrêter la musique et rien ne peut m’arriver. Et moi, je vis comme un artiste hollywoodien dans ma résidence avec vue sur la lagune. J’admire cette vaste étendue d’eau avec les bateaux, les yachts et les pirogues qui passent tous les jours. J’y vis dans la discrétion mais il est important que les mélomanes sachent l’environnement dans lequel leur artiste réside. Puis qu’ils m’ont consacré plusieurs fois numéro 1. Ils doivent savoir que l’argent des CD achetés a servi à une bonne cause. 

• Quel est ton secret ?

- (Il rit) Il n’y a pas de secret. J’ai su respecter les objectifs que je me suis fixé dans ma carrière. Ce n’est pas souvent évident mais il faut se faire violence sur soi. Pour faire des sacrifices face à certaines situations et assurer un avenir meilleur à ses enfants, sans oublier ses vieux jours. Je remercie également mon épouse Florence qui n’a cessé de me soutenir. C’est ma force et la clé de la grande dimension de ma carrière. 

• Tu aurais récemment refusé une offre de Sony Music qui voulait signer avec toi ?

- Bon, les responsables de Sony Music m’ont contacté pour le lancement de leurs activités en Côte d’Ivoire. Je n’y suis pas allé parce que je n’avais pas le temps. D’ailleurs, ce n’est plus ma priorité, parce que je n’ai plus besoin de ça. Il y a eu un temps dans ma carrière où je devais réaliser un duo avec Johnny Hallyday, des stars américaines et européennes. Nous avons bataillé pendant des années auprès de ces majors, mais cela n’a pas été possible. Dans la vie, il faut avoir des objectifs. Nous construisons une carrière pour être dans un environnement décent. Et avoir une dimension de vie à l’instar des stars européennes. Quand tu réussis ce challenge, tu ne fais plus la cour aux maisons de disques telles que Sony Music, Universal et autre majors. De toutes les manières, l’argent qu’ils te donneront sont tes avances sur royalties afin que tu t’achètes une grosse villa ou que tu réalises ce qui te tient à cœur. Mais j’ai déjà une résidence qui me convient et j’ai pris de l’âge. Je ne leur ferme pas la porte, seulement, je préfère laisser la place aux jeunes, afin qu’ils jouent leur chance avec ces majors. Franchement, je ne sais pas qu’est-ce qu’ils pourront apporter à ma carrière. Peut-être, ils peuvent m’emmener en Chine qui sait (il ironise) Si les CD se vendaient, je serais multimilliardaire avec tous les succès que j’ai enchainés. Les artistes comme Meiway et bien d’autres font également du bon travail. Leurs albums sont de belle facture. Mais les finances n’accompagnent pas leurs efforts. (Il hausse le ton) C’est à quel niveau, Sony Music va faire sa distribution des CD ? Comment les mélomanes peuvent acquérir les œuvres de leurs artistes ? Si c’est au plan local, il y a un gros problème de distribution des CD sur le plan national. Comment pourront-ils pas rentabiliser leurs investissements avec la piraterie qui a miné le terrain ? Sinon, l’arrivée de Sony Music est aussi un bouffée d’oxygène pour les artistes mais je suis inquiet face à l’ampleur des œuvres piratées. 

• En tant que doyen, abordes-tu souvent la question de la piraterie avec les dirigeants du Burida ? 

- (Il cherche et il hésite) Je ne veux plus trop parler du Burida. Chacun fait son expérience. Il y a une nouvelle équipe qui est installée, on verra à la fin de son mandat. La piraterie est un mal profond. La Côte d’Ivoire n’est pas un si grand pays pour qu’on ne puisse pas circonscrire cette affaire de piraterie. Au moins, on pouvait freiner ce fléau que de le laisser à ciel ouvert au vu et au su de tous. Quand je vois tout ça, cela me fait peur. La seule chose que je retiens, c’est une volonté politique qui peut éradiquer la piraterie des œuvres musicales et rien d’autre. Sinon, ce sont les mêmes autorités qui aident financièrement les artistes. 

• Donc c’est un échec programmé des actions de Gbi de Fer en charge de la lutte contre la piraterie du Burida ?

- Pas forcément. Gbi de Fer est mon ‘’petit’’. Certes, il a du caractère et de la fougue, mais il peut être refroidi par les pirates (Rire). Mais on verra, s’il n’est pas corruptible, il peut réussir la mission que le Burida lui a assigné. S’il est corrompu, il ne pourra pas (rire). 

• Tu es un exemple de longévité et de régularité, quels conseils donnes-tu à la nouvelle génération de chanteurs ?

 

- Il faut mettre du sérieux dès que tu commences ta carrière. Les premiers cachets que tu reçois, tu dois penser à épargner pour tes projets. Il faut éviter le tape à l’œil. Tout ce bruit est inutile. La priorité pour l’artiste, c’est le logement. Pour éviter toute angoisse, c’est de construire ta maison. Même si c’est une maisonnette, le plus important, il faut en être le propriétaire. A partir de là, tu auras moins de soucis. Et j’interpelle les artistes de toutes les catégories, ils doivent se battre pour réaliser ce projet. Au plan musical, ces jeunes peuvent également interpréter mes chansons en couper-décaler, rap…Il y a de très belles mélodies qui peuvent les inspirer dans les compositions. J’ai réalisé un duo avec Lato Crespino, Dj Lewis et j’attends d’autres propositions de collaboration. Sinon, c’est de la musique ivoirienne de ma génération que les chanteurs Naïja s’inspirent. 

• Que penses-tu des SOS pour venir en aide à certains artistes en difficulté ?

- Bon, c’est au début de la carrière que tu dois penser à faire la fondation de ta vie artistique. Afin d’éviter au soir de ta vie, que les gens pleurent parce que tu n’as rien laissé comme héritage. Ou bien ce sont des cris de cœur pour te venir en aide et à ta famille. Je dis non à cela. Cependant, les gens doivent savoir qu’un artiste n’est pas forcément né pour être riche. Malheureusement, les gens ne voient que l’argent lorsqu’ils aperçoivent un artiste. Un artiste n’est pas obligé d’avoir de l’argent. C’est l’art qu’il produit, si cet art n’a pas de bonnes retombées, ce n’est pas un drame. Un artiste reste un artiste et c’est ça qui est l’artiste. La création de ses œuvres est déjà un grand travail. Et c’est ce qui le fait. Et parfois, les charges que les artistes supportent sont énormes que ce, que l’on imagine. Son cachet est reparti sur plusieurs choses. Et il ne lui reste pas grand’chose pour lui-même. Et beaucoup ont vécu ou vivent ce genre de situation. C’est pourquoi, je ne voudrais pas qu’on blâme certains chanteurs de n’avoir rien fait avec leur fortune. Je disais à un ami qu’en Côte d’Ivoire, tu peux être un très grand artiste-chanteur, mais si tu ne te prends pas au sérieux, tu resteras à la traine. Sinon, il y a de très bons artistes ici. Alors je demande aux artistes de penser à eux-mêmes d’abord. Et je ne voudrais pas que leurs cachets soient uniquement  consacrés à payer des loyers. Je félicite Alpha Blondy, Tiken Jah, Aïcha Koné, Ismaël Isaac, Nayanka bell qui ont des résidences. Ils font la fierté des artistes ivoiriens. 

• Tu seras en France le 11 mars prochain, c’est quoi ton deal avec la chanteuse Esmonde Koré ?

- J’ai vu Esmonde Koré débuter sa carrière. Elle a fait les chœurs pendant près de 20 ans en Côte d’Ivoire, avant d’aller en France. Elle a accompagné sur scène Johnny Halliday et bien d’autres stars européennes. C’est l’année dernière au cours d’un spectacle à Paris, qu’elle m’a parlé de sa volonté de m’avoir comme parrain artistique à son concert. Puisque je soutiens tous les artistes ivoiriens de France, pourquoi ne pas apporter ma contribution à la carrière d’Esmonde. Je demande à mon public de venir massivement le 11 mars prochain à Asnières-Sur-Seine pour le concert-dédicace de l’album ‘’Sourire’’ de ma ‘’fille’’ Esmonde.  Après, on se donne rendez-vous pour la sortie de mon nouvel album et le concert de mes 45 ans. Merci à Top Visages qui est resté top dans le visage.

 

Par Charly Légende

 

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