WALIB BARA, DG du Bureau burkinabè du droit d’auteur : “On va négocier avec la Côte d’Ivoire”

Write on Monday, 20 March 2017 Published in Entrevue Read 478 times
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Wahabou Bara, plus connu sous le nom Walib Bara, est l’actuel directeur général du bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA). C’est un passionné de la culture qui se définit «comme un agitateur culturel». Il démarre dans le show-biz  à radio Canal Arc-en-ciel à Ouaga en 1999. Quand il arrive au Burkina Faso après son baccalauréat obtenu au lycée classique de Bouaké. Le jeune ‘’diaspo’’ apprend auprès de ses ainés comme Yaya Popsi (paix à son âme) de la structure JC Consulte, Kader Cissé avec l’émission Prestige…

Après, Walib Bara gère les plans-médias de nombreux artistes. Il est aussi chargé de communication du studio Abazon de l’artiste Smockey et du Festival Ouaga Hip Hop. Le promoteur culturel est également désigné président du Bureau Export de la musique burkinabè. Jeune loup intrépide et solitaire,  Walib monte Vision Parfaite, son label en 2010. En 2015, il est élu secrétaire général de la confédération nationale de la culture. Le 1er mars 2014, il publie son livre : «Management des artistes musiciens au Burkina Faso : amateurisme, conflit d’intérêt et défit de professionnalisation». Le 29 juin 2016, Wahabou Bara alias Walib Bara est nommé directeur général du bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA). Il est titulaire d’une licence en sociologie et d’une maitrise en administration et gestion culturelle. C’est donc un homme du sérail qui est à la tête du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA). 

• Comment se porte le bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) ?

- On a hérité d’un BBDA où il y avait d’une fracture sociale au niveau du personnel. Il y a des directeurs de service qui n’adressaient plus la parole à leurs chefs, et des chefs de services ne disaient pas un simple bonjour à leurs agents… Parce qu’il y a eu une grosse crise que le BBDA a connue depuis le 30 octobre 2015. Il fallait travailler déjà à recoller les morceaux. Je pense qu’on est sur cette voie-là à travers un audit organisationnel et financier qu’on a commandité. Il devrait déboucher sur un plan stratégique sur trois ans pour remettre la maison sur les rails. Pour l’instant, nous travaillons à redorer l’image de la maison avec le concours de tous les agents et à oublier les petites querelles intestines. Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. 

• De l’extérieur, on se dit que c’est facile. Maintenant que tu es dedans, qu’en est-il ?

- Quand on est dehors, on se dit que la répartition des droits n’est pas assez équitable. Cela s’explique par le fait que le Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) ne communique pas. Une chose est d’avoir une petite somme après la répartition. Une autre est de savoir pourquoi, on a eu cette somme-là. Lorsque le créateur a une explication rationnelle, cela peut atténuer sa colère. C’est ce qu’on s’évertue à faire. Il y a aussi des employés qui sont entrés au BBDA avec le niveau CEPE ou BEPC et qui ont travaillé pendant 10 ou 15 ans à la gestion de la chose collective. Mais il y a eu absence de plan de carrière. Ces gens sont touchés par la démotivation, la sclérose… Ils ne trouvent plus de challenge dans le travail. Tout le monde sait que la gestion collective ne s’apprend pas à l’école. C’est dans la pratique, l’expérience. Voici des gens qui ont acquis de l’expérience mais qui ne sont pas valorisés. Donc, il faut remotiver tous ces agents-là. A l’extérieur, il faut avoir le bon discours avec les créateurs pour qu’ils comprennent la clé de répartition, la politique de distribution… Il faut donc beaucoup communiquer. 

• Le BBDA arrive-t-il à rétribuer les créateurs ?

- Tout à fait. Le principe du droit d’auteur, c’est qu’il faut qu’il y ait d’abord l’adhésion. Quand on a une œuvre, il faut adhérer à la maison. Et quand il y a adhésion, il faut une licence d’exploitation de l’œuvre. Quand il y a exploitation de cette œuvre, il faut qu’il ait perception. Dès qu’on perçoit, on entre dans le principe de répartition avec les passes d’affectation. L’auteur d’une œuvre traditionnelle a un coefficient 5 et celui d’une œuvre de musique moderne est affecté d’un coefficient 1. L’esprit de coefficients est en conformité avec la politique nationale de la culture qui a été adoptée en 2009, dans l’optique de promouvoir les identités du terroir. C’est normal qu’on privilégie plus ou moins ces musiques-là qui valorisent l’identité nationale de notre culture. 

• A côté des auteurs, il y a le cas des droits voisins qui n’étaient pas encore effectif dans plusieurs pays africains. Qu’en est-il au Burkina Faso ?

Au Faso, les droits voisins sont une réalité. Sur une œuvre musicale par exemple, on a les auteurs-compositeurs et les interprètes. Les droits voisins sont alloués à trois catégories de bénéficiaires : les artistes interprètes, les producteurs et les éditeurs. C’est effectif, les droits voisins sont payés au Burkina et c’est toujours dans le mois de septembre. 

• Quelle est ta stratégie pour lutter contre la piraterie au Burkina Faso ?

Il n’y a aucun pays qui a pu trouver la solution magique contre la piraterie. On essaie de travailler à la sensibilisation des uns et des autres. Au BBDA, on a mis en place un comité national pour la protection des œuvres littéraires artistiques (CNPOLA) qui définit la politique de lutte contre ce fléau. 

• Qu’est-ce qui est fait contre les pirates ?

- Pour l’instant, la répression n’est pas encore à l’ordre du jour. Les uns et les autres n’ont pas encore cerné la bonne définition de la piraterie. On travaille donc à la sensibilisation. 

• Y a-t-il encore la distribution d’œuvres musicales au Faso ?

- Comme dirait l’adage : la nature a horreur du vide. Si on arrive à mettre en place des mécanismes de distribution des produits licites, on freinera plus ou moins l’entrée des produits illicites. Donc il faut travailler à améliorer le circuit de distribution de nos œuvres dans toutes les disciplines. 

• Qu’en est-il de la copie privée?

- L’esprit de la copie est la question d’une rémunération qui vient plus ou moins récompenser l’injustice  faite aux différents créateurs. C’est une sorte de redevance qui est perçue sur des supports censés faire des reproductions et reprographies. On a les photocopieuses, les scanners, les clés USB, les ordinateurs… Sur tout ce qui est capable de stocker des images et des sons, nous appliquons la copie privée dessus. Ce sont les services des douanes qui s’en chargent. Il y a deux perceptions qui sont faites : la rémunération pour copie privée (RCP) qui concerne tout ce qui est stocké et la rémunération pour reprographie des œuvres (RRO) qui englobe la photocopie et reprographie des livres… Cette perception-là es faite en collaboration avec la douane. 

• Le hic, c’est le destinataire. Comment les créateurs perçoivent ces droits sur la copie privée ?

- Au BBDA, on se base sur ce qu’on appelle la reproduction sonore des cinq dernières années. On a des informations recueillies auprès des radios, des tenanciers de bars, d’hôtels… On est en train de développer une application pour suivre la traçabilité de ces œuvres-là. Le problème, c’est qu’il n’y a pas une harmonisation des logiciels au niveau des radios. 

• Comment  l’auteur arrive-t-il alors à percevoir l’argent de la copie privée ?

- Il faut d’abord être membre du BBDA et se déclarer dans une des catégories  suivantes: auteur-compositeur, interprète, producteur et  éditeur. Quand le BBDA perçoit l’argent, il le repartit selon le pourcentage alloué à chaque catégorie après déduction des frais statutaires de la maison. 

• Tous les artistes ont-ils droit au même montant sur la copie privée ou comment se fait la répartition ?

 

- Tout se fait sur la base de la diffusion de l’œuvre et des informations fournies par la douane. Quand les données arrivent au BBDA, elles sont mises dans un logiciel qui se charge de faire la répartition. 

• Comment la répartition se fait quand il s’agit d’un artiste étranger dont l’œuvre est vendue ou diffusée au Faso ?

- Dans les organismes de gestion collective, il y a les conventions de réciprocité. C’est-à-dire qu’on applique les mêmes procédés de répartition aux artistes nationaux qu’aux artistes étrangers. Il y a de nombreux artistes étrangers qui sont déclarés au BBDA. Quand un artiste burkinabè joue en Côte d’Ivoire, le BBDA le fait savoir au Bureau ivoirien du droit d’auteur (BURIDA) qui saisit l’organisateur du spectacle pour percevoir les droits. Après ces droits sont reversés au BBDA. C’est la même chose qui se passe quand un artiste ivoirien joue au Faso. Mais il faut reconnaître que ces accords de réciprocité ne sont pas très dynamiques. On est en train de travailler à les redynamiser. Au Fespaco 2017 où la Côte d’Ivoire était invitée d’honneur, nous avons engagé des négociations avec Mme Vieira, la directrice générale du BURIDA. Sous l’égide de l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), nous allons faire un atelier sur ces questions de réciprocité. Nous avons profité de l’occasion pour signer un accord de réciprocité entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Mas il faut déjà saluer la Côte d’Ivoire qui a versé en 2016 les droits des artistes burkinabè qui ont exécuté des prestations en Côte d’Ivoire. Nous devons suivre l’exemple ivoirien. 

• Quel est le plan social qui est fait au BBDA pour les artistes ?

- Je pense à tous ces artistes qui sont décédés en 2016. Jusqu’à présent, la culture est toujours le parent pauvre de notre politique de développement. Dans le fonctionnement, 5% des frais statutaires sont reversés au titre des œuvres sociales. Mais la demande est tellement forte que ça ne suffit pas du tout. Il y a des artistes qui ont porté le flambeau du Burkina à l’international, car un artiste est avant tout un ambassadeur. Aujourd’hui, ces artistes sont dans un environnement de précarité. Comme vous le savez, les succès artistiques sont très saisonniers. Ça peut marcher aujourd’hui et demain, ça ne marche plus. Au BBDA, nous avons institué pendant la rentrée du droit d’auteur, un fonds d’aide aux membres âgés (AMA). A défaut de leur donner un fonds de retraite, il faut rétablir cette justice sociale. Nous avons lancé une souscription à tous les Burkinabè qui ont pu contribuer à l’occasion de cette soirée à hauteur de 18 millions de francs CFA. A partir de 2017, à chaque trimestre, nous allons verser un forfait à tous les anciens de plus de 55 ans. 

• A t’entendre, la tâche est immense. Comment vas- tu faire pour y arriver ?

- Il n’y a rien à faire que de pédaler. A droite comme à gauche, il y a des précipices, alors, nous devons pédaler pour aller tout droit. On doit travailler à montrer le côté économique de la culture, d’où la question des industries culturelles créatives. 

• Revenons à toi. Es-tu élu ou nommé ?

- Je l’ai dit à l’entame de cet entretien. J’ai été nommé le 29 juin 2016 en Conseil des ministres. 

• Il y a eu des grincements de dents après ta nomination. Parce que certains gens ont estimé que tu es juge et partie puisque tu es producteur d’artistes, auteur et éditeur. Si tu dois gérer les droits d’auteurs, n’y a-t-il pas conflit d’intérêt ?

- Ah, non. L’article 30 de la loi 032 du 29 décembre 1999 est clair  sur la question. Dès qu’on devient employé du BBDA, toute sa production intellectuelle appartient au BBDA. Aujourd’hui, je ne suis ni auteur, ni producteur ni éditeur. 

• Le syndicaliste que tu étais pourra-t-il agir au BBDA ?

- Nous n’étions pas syndicalistes. Nous étions des forces de proposition même si je reconnais que la marge entre les deux est mince (rire). Pour nous, le droit d’auteur doit être un outil de gestion de risques des industries culturelles créatives. Il faut que l’auteur ou les créateurs puissent être épanouis dans ce qu’ils font. Il faut écouter les uns et les autres. Il faut aussi privilégier une large concertation. La porte de mon bureau est toujours ouverte, que ce soit sur rendez-vous ou pas. Nous avons hérité d’un BBDA post-insurrectionnel, où il y a des revendications tous azimuts. 

• On dit que ta nomination est ta part de gâteau par rapport à la lutte ?

- Je ne pense pas que ce soit une part de gâteau par rapport à la lutte. Même si c’est un gâteau qu’on m’a offert, il est compliqué de le manger, à plus forte raison de le digérer (rire).

 

Par Omar Abdel Kader

 

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