DECES MARIE LOUISE ASSEU/ Elle a pris tout le monde de court

Write on Saturday, 17 December 2016 Published in Les News Read 2157 times
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Le mercredi 7 décembre 2016, elle a pris tout le monde de court. Marie-Louise Asseu s’en est allée sans en donner les signes. Comme si elle voulait se cacher pour partir.

«Nous ne comprenons pas ce qui s’est passé. Son état s’est dégradé rapidement, en l’espace d’une heure. On a dû la mettre sous assistance respiratoire». C’est en ces termes que l’équipe médicale, qui suivait Marie Louise Asseu, s’est exprimée devant la brusque détérioration de la santé de l’actrice. La jeune dame qui était à son chevet depuis son hospitalisation à la mi-novembre était rentrée à la maison une heure plus tôt. Elle avait laissé la comédienne dans un état plutôt rassurant. Elle avait retrouvé des couleurs et reçu de nombreuses visites ce mercredi 7 décembre, dans une bonne ambiance. Tous ceux qui ont vu Marie Louise ce jour-là peuvent l’attester. Elle était malade mais pleine de vie et rien ne laissait présager son brusque départ.

Quand la jeune femme est revenue précipitamment à la clinique de l’Indénié qu’elle avait quittée une heure plus tôt, Marie-Louise venait d’être placée sous assistance respiratoire. Et rien, sur le visage du médecin ne laissait présager une issue heureuse. D’ailleurs, quelques minutes après, on ne manque pas de lui dire que ses chances de s’en sortir étaient infimes. En d’autres termes, la comédienne pouvait lâcher d’un moment à l’autre. Il était environ 19h. Ensuite, tout est allé très vite. D’abord, sa famille est arrivée ainsi que Mme Viera, DG du Burida qui a mis tout en œuvre pour les soins de la comédienne plusieurs jours durant. Mais à 21h10, Malou, comme on l’appelait, a rendu l’âme. Aussitôt, la nouvelle s’est propagée comme une trainée de poudre dans toute la ville d’Abidjan et même hors du pays. 

Le 21 novembre dernier, pour fêter ses 50 ans, Marie-Louise Asseu aurait bien voulu être entourée de toutes ses copines. Elle avait demandé (quelques jours auparavant) à ses amies de venir chez elle chacune avec un repas à partager ensemble. Mais le jour de son anniversaire, elle n’a pas pu être à la maison. Elle était allongée dans un lit d’hôpital, elle qui, ces derniers temps, tournait plusieurs films dont ‘’Beau Gosse’’ sa propre production. Une travailleuse acharnée qui a fini par être victime d’une extrême fatigue générale, d’un paludisme mal traité et d’une méningite. Il n’a jamais été question d’AVC comme la rumeur a fait croire. Une dernière scène qu’elle a tournée en prenant tout le monde à contrepieds.

Tout ça pour rien

 

Tous ceux qui ont connu Marie-Louise Asseu savent qu’elle fait partie des gens qui ne connaissent pas la grâce matinée. Quand elle traînait dans le drap le matin, c’est qu’elle ne se sentait pas bien. Cette femme aimait travailler. Elle était toujours debout avant tout le monde pour aller chercher le pain quotidien. Ces derniers temps, par exemple, elle tournait dans plusieurs films parallèlement. C’est une femme qui était toujours pressée car elle avait à courir.

Mais avait-elle le choix ? Dans un pays où l’art et les artistes doivent se débrouiller pour subsister, elle ne pouvait que courir chaque jour. Le potentiel extraordinaire qu’ont les artistes de ce pays n’a toujours pas trouvé, plus d’un demi-siècle après l’indépendance, le cadre et les structures adéquats pour se poser comme un maillon important de l’économie. Sans doute nos dirigeants s’y pencheront un jour. Sans doute aussi que les hommes d’affaires ivoiriens se rendront compte un jour de l’énorme richesse que cache l’art et notamment le cinéma ivoirien. Alors, ils pourront enfin investir dans le 7ème art pour faire enfin exploser le potentiel et cette richesse jusque-là étouffée par le manque de levier.

Depuis l’époque des Jean-Louis Koula (Adjatio), Désiré Ecaré (Visages de femmes), Gnoan Mbala (Bouka, Au nom du Christ), le cinéma ivoirien n’a pas cessé de se faire une place sur la scène africaine. Et, ces dernières années, il a engendré de nombreuses productions dont certaines rivalisent avec celles venues des autres pays du continent. Mais, alors qu’on espérait son explosion sur la scène internationale, c’est plutôt le Nigeria (deuxième puissance mondiale en matière de production cinématographiques), l’Angola, le Burkina, bien sûr l’Afrique du Sud très en avance et plus récemment le Ghana qui se présentent comme les grandes industries du cinéma de l’Afrique sub-saharienne. Parce que là-bas, le cinéma n’est pas qu’un simple jeu. C’est une affaire dans laquelle les hommes d’affaires investissent d’impressionnantes sommes d’argent. Résultat ? La qualité des productions est de loin supérieure aux autres.

Les moyens colossaux mis dans le cinéma nigérian, par exemple, permettent la qualité des décors, la qualité des images. Et les acteurs n’ont pas à se plaindre puisqu’ils sont bien payés. Mais les acteurs des bords de la lagune ébrié, eux, continuent de galérer, se contentant des cachets dérisoires qui ne suffisent même pas à payer le loyer.

On comprend donc pourquoi des grands talents comme Marie-Louise Asseu sont obligés de courir chaque jour, sans repos, pour trouver des gombos (entrées d’argent). Elle a bossé cent fois plus que certains acteurs ailleurs. Mais jusqu’à sa fin, elle n’a pas gagné le centième de ce que certains touchent ailleurs avec un seul film. Pauvre cinéma ivoirien !

 

M. Jésus

 

 

Akissi Delta inconsolable

Depuis quelques jours, Akissi Delta est inconsolable. Avec le décès de Marie-Louise Asseu, elle a perdu une amie de longue date. ‘’Ma Famille’’ et le cinéma ivoirien ont également perdu une grande actrice.

 «Mais, toi-même, tu es très fatiguée ! Tu as besoin de te reposer, tu travailles trop». C’est ainsi que Marie-Louise Asseu parlait à Delta il y a quelques semaines lorsque cette dernière est allée lui rendre visite pour s’enquérir de sa santé. Pourtant, c’est pour elle qu’Akissi s’inquiétait, puisque Marie-Louise lui avait dit qu’elle ne se portait pas bien. Et c’est d’ailleurs pour ça que, depuis quelque temps, elle ne pouvait pas participer au tournage de ‘’Ma Famille’’. Mais, en bonne mère de famille toujours prête à s’occuper de la santé des autres, Malou lui a conseillé, ce jour-là, de boire du lait de soja. «Tu vas voir, ça va te faire du bien», lui disait-elle.

Quelques semaines plus tard, mercredi 7 décembre dernier, tout allait pourtant basculer. Alors qu’elle venait de rentrer du tournage du jour, comme chaque soir depuis leur dernière rencontre, Delta demande à Kouadio (Port d’Abobo) «As-tu déjà appelé Malou ?» Cinq minutes après, Kouadio la rassure : «Elle va mieux, j’ai eu la jeune dame qui est auprès d’elle». Mais quelques instants seulement après, Delta reçoit un appel de Séry Sylvain (PCA du Burida) qui lui annonce que Marie-Louise vient de rendre l’âme. Stupeur ! Malou est morte ! Akissi se met à crier de douleur. On apprendra plus tard que sa tension artérielle est montée de façon inhabituelle. Depuis, Delta ne sort pas.

Près d’une semaine après, elle ne s’est toujours pas remise de la disparition de Marie-Louise. «Je viens de perdre une grande amie, une sœur…» dit-elle les larmes aux yeux. Elle commence alors à évoquer leurs années passées à l’époque, à Koumassi, quand Marie-Louise vivait encore en famille.

Mais Delta n’a pas perdue qu’une amie. Avec le décès de Malou, c’est la série ‘’Ma Famille’’ qui perd une de ses pièces maîtresses. Dans le scénario de la deuxième saison, en effet, elle occupe une grande place. Du début à la fin, elle est présente. Du coup, Akissi se retrouve aujourd’hui doublement touchée par cette disparition. Elle va devoir reprendre tout le scénario et trouver une autre actrice pour remplacer Malou. Un gros souci de plus pour ‘’Ma Famille’’. «Je ne sais pas comment faire. Mais pour le moment, je n’ai pas la tête à ça. Je ne veux pas parler de ça maintenant», dit-elle.

Elle va devoir également tourner à nouveau plusieurs séquences, même celles dans lesquelles Malou n’apparaît pas. Car dans les dialogues de ces séquences, on peut entendre des choses comme «Vous avez vu ce que Malou a fait !... » ou «Où est passée Malou ?» C’est un vrai casse-tête auquel Delta devra faire face quand elle se sera remise de la disparition de son amie. Une grande actrice au caractère bien trempé pour qui elle a écrit un scénario sur mesure, en tenant compte de tout ce qui fait la personnalité de Marie-Louise, sa manière de parler, son impétuosité, etc.

Mais, même si elle parvient à remplacer Malou, il manquera toujours dans la famille cette petite maman toujours prête à engueuler les autres membres qui refusent d’aller à l’hôpital quand ils ont un bobo. Louise mettait un point d’honneur à s’occuper des problèmes de santé. Mais ça n’a pas suffi pour la sauver (elle-même) de la mort.

M. Jésus

 

Maï La Bombe dévastée

S’il y a une actrice qui était une amie très proche de Marie-Louise-Asseu, c’est bien Maï La Bombe. Depuis la nuit du 7 décembre, et la disparition de Malou, elle est dévastée. Elle a mal, elle ne cesse de pleurer. Pour elle, la douleur de la mort de son amie est insupportable. «Cette douleur, je ne sais pas comment la surmonter. Pour la surmonter, il faut que je l’accepte. Mais comment l’accepter ?» se lamente-t-elle.