Mon mari voulait me tuer

Write on lundi, 03 avril 2017 Published in Histoire d1 Vie Read 2225 times
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C’est, un jour, dans un restaurant que j’ai rencontré mon mari. Il m’a appris qu’il était veuf, sans enfants. Nous avions tous les deux plus de la cinquantaine. Je sortais d’une relation, avec deux enfants. Le premier a plus de 30 ans. Cet homme a su me redonner confiance, nous nous sommes mariés légalement sous la communauté de biens. 

Parlant de biens, nous en avions effectivement. Pour un souci de confidentialité, je ne peux les détailler, mais c’est dans l’immobilier. La gestion était faite par un cabinet que nous avons mis en place et confié à des spécialistes. Dans la réalité, ces biens m’appartenaient. Je les tenais de mon père (décédé) il y a quelques années, pendant une mission à l’étranger. Je suis la légataire universelle. Mon père n’a eu que des filles et je suis l’aînée. 

Pour la bonne marche de nos activités, mon mari a démissionné de son poste d’infirmier pour m’aider dans le fonctionnement de l’entreprise. J’ai approuvé l’idée. J’ai fait de lui mon adjoint, ayant mis son nom sur les documents. Les affaires marchaient très bien. Pendant les 3 premières années, ça allait. Nous passions parfois les vacances hors du pays, à la fois pour changer d’air et en profiter pour voir le monde. 

Au retour des vacances d’été en 2004, quelques jours après, j’ai été prise de nausées violentes. Je perdais du poids, mes ongles tombaient, mes cheveux disparaissaient par poignées. En quelques mois, je suis devenue méconnaissable. L’une de mes sœurs m’a conseillé de consulter dans une clinique. En décembre 2004, j’ai été opérée d’une tumeur à l’intestin. Mais après l’opération, j’allais de plus en plus mal. Les nausées ont repris dès mon retour de l’hôpital en janvier 2005. J’ai réussi à survivre malgré cela. Toutefois, j’en ai gardé des séquelles. J’avais des troubles neurologiques et une paralysie partielle. Je n’ai recouvré la santé qu’en 2006. Et cela, c’était après le divorce d’avec mon mari, le deuxième divorce de ma vie. 

Cette séparation a mis un terme à ce que je croyais être, il y a quelques années, un vrai mariage d’amour. Mais je me trompais. C’est pendant ma maladie que j’ai découvert le plan machiavélique de l’homme avec qui je vivais. Pendant les 3 premières années, ça allait bien entre nous. C’est au bout de la troisième que j’ai commencé à tomber malade régulièrement. Pendant ce temps, mon mari essayait de me faire signer des papiers, alors que je n’avais pas toutes mes facultés pour voir de quoi il était question. Il ne me donnait pas non plus d’autres détails. Un jour, je n’ai pas voulu signer quelque chose. Depuis lors, il a changé de comportement envers moi. Il ne me parlait plus pendant plusieurs jours. 

Etant donné que je ne me remettais pas après mon opération comme indiqué plus haut, le chirurgien m’a dirigée vers des médecins biologistes. Ils ont diagnostiqué un empoisonnement à l’arsenic. A ce moment-là, je vivais encore avec mon mari. Mon empoisonnement restait inexpliqué. Selon le rapport de l’expert psychologue, j’avais «été victime d’une intoxication chronique arsenicale à épisode suraigu». Les médecins ont saisi le Procureur. La police judiciaire a mené l’enquête dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par le parquet pour «empoisonnement avec préméditation et vol facilité par un état vulnérable.» Cela a conduit à l’arrestation de mon mari. Au terme de l’interrogatoire, il a tenté de justifier son acte en disant qu’il avait fait cela par amour, se sentant délaissé et qu’il voulait que je m’occupe de lui. Ce qui était faux, car il est ressorti que pendant ma maladie, il entretenait une relation adultère. J’ai eu bien du mal à croire qu’il avait pu me faire tant de mal. 

Mon mari m’a empoisonnée pendant plusieurs mois, entre 2004 et 2005 avec des cristaux d’arsenic provenant d’un insecticide agricole. Trois fois par semaine, il versait une dose de poison dans le repas du soir. Je ne pouvais pas le savoir, parce que l’arsenic est un élément chimique qui n’a pas d’odeur et de goût. Mais il est mortel. Mon mari voulait me tuer à petit feu. En cas de décès, il prenait le contrôle de la société. Suite à la détection du poison dans mon organisme et de ses aveux, il a été arrêté par la police judiciaire. Il a été mis en examen pour 

«tentative d’empoisonnement», jugé et condamné à 5 ans de prison. 

Pendant toute la période que j’ai vécu avec cet homme, je ne me suis aperçue de rien, alors que je me dirigeais en douceur vers la mort. C’est un homme avide d’argent, plein de projets utopiques dans lesquels il voulait m’entraîner. A chacun de ses mensonges, je voulais percer le mystère. Mais il me roulait dans la farine. J’ai failli l’emmener avec moi dans un voyage en Chine. Au dernier moment, j’ai tout annulé. Aujourd’hui, je me dis que cela m’a sauvé. Qui sait, je ne serais peut-être jamais revenue.