Charly Parker : “Voici le secret de Magic System”

Write on mercredi, 07 juin 2017 Published in Causerie Read 1145 times
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Charles Kouadio alias Charly Parker, est un nom connu dans le show-biz ivoirien. Après plus de 20 ans dans le milieu, il n’est pas heureux. Explications.

• Quand es-tu entré dans le show-biz ?

- Ça doit être en 1990 ou 1991. J’avais entre 20 ou 21 ans. Je détenais un atelier d’électronique et une sono. Avant mon entrée à Canal+Horizons, j’avais déjà produit le groupe Groove Makers. 

• Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans le show-biz ?

- Bon, j’ai été d’abord DJ. Et c’est avec ma sono que j’animais les anniversaires. Avec Groove Makers, j’ai débuté commencé par le management aux côtés de Blanchard Koffi auprès de qui j’ai tout appris. C’est comme ça que j’ai commencé à aimer le show-biz. Quand les Groove Makers ne se sont pas entendus avec leur producteur, ils sont venus me voir pour que je leur donne un coup de main. On était tous à Adjamé et c’est comme ça que j’ai produit leur deuxième album intitulé Petit à petit. J’avais un peu d’argent et je suis allé voir David Tayorault qui a été très gentil avec moi. C’était en 1994. 

• Avec 1er Gaou, on t’a aussi vu aux côtés de Magic System. Quel était ton rôle exact ? Coursier ou manager ?

- Bon, en ce temps-là, j’étais avec Groove Makers. On s’est rencontré une ou deux fois dans les shows des compagnies de cigarettes. Magic System m’a approché et m’a demandé de les aider. Quand on est rentré à Abidjan, ils sont revenus me voir à la maison et m’ont encore posé le problème. Auparavant, j’avais connu Jaguen Aboué, Angelo Kabila… qui venaient me voir à Canal+. Un jour au cours d’une de nos virées, j’ai exposé le cas Magic System qui cherchait un producteur. Kabila m’a fait savoir qu’il avait son parrain, Abdoul Kanté et qu’il allait le contacter pour voir comment on allait pouvoir ‘’pousser’’ les enfants. Abdoul Kanté a été favorable à notre doléance et il a décaissé l’argent. Kabila était son bon petit alors, il l’a pris comme producteur de Magic System. Et moi le manager général. On était en 1998. C’est comme ça que tout est parti avec 1er Gaou qui a engendré tout le gros succès que Magic System connait aujourd’hui. Le coup de pouce d’Abdoul Kanté a été déterminant dans la carrière des Gaou. 

• Finalement, Kabila est devenu le producteur-manager de Magic System. Comment as-tu été évincé?

- Non, je n’ai pas été évincé. A vrai dire, il n’y a pas eu de problème entre nous. Magic System a beaucoup tourné en Afrique après 1er Gaou. Au cours d’un gombo en France, Kabila est parti avec eux. A leur retour, il y avait encore beaucoup de dates à honorer. Ça devenait infernal. Alors, j’ai dit à Kabila qu’il fallait que je me concentre sur mon boulot. Il m’a dit qu’il n’y a pas de problème. Il m’a réglé ce que le groupe me devait et on est resté en contact. Sinon, il n’y a pas eu d’histoire ni de palabre entre nous. 

• Après l’épisode Magic System et Canal+, tu as décidé de devenir producteur à temps plein…

- Ouais, j’ai produit de nombreux artistes dont Mulukuku DJ, Erickson le Zoulou, Les Marabouts, Gninguin Gninguin, Les patrons… J’ai également managé beaucoup d’artistes. 

• Après plus de 20 ans dans le show-biz, quel est ton bilan ?

- Franchement dit, je dirai que mon bilan est à la fois positif et négatif. Avant on avait la tête en l’air. Mon bilan est donc positif côté management et négatif côté production. J’ai quand même boosté les carrières de Fitini, Dezy Champion, Lato Crespino… Je suis allé dans la production d’artistes par passion. Ce n’était pas pour le business. J’ai commencé à en faire un business à partir du groupe Les Patrons. Malheureusement, ça s’est terminé en queue de poisson. J’étais en co-production avec Dr. Sylvestre Emmou. C’était sa société qui distribuait l’album et six mois après, la société a été fermée. Dans ces conditions, qui va me restituer mon argent, capital et bénéfice compris ? J’ai organisé un concert pour Les Patrons, on s’est encore tiraillé là-dessus. Côté management, j’ai pu avoir un peu d’argent avec lequel j’ai réalisé certaines choses. 

• Quoi par exemple ?

- J’ai monté des maquis et des boîtes de nuit. J’ai aussi acheté ma maison. Donc, j’ai un chez moi. Ce n’est pas rien. C’est d’ailleurs l’argent du management que je prenais pour produire d’autres artistes. 

• Pourquoi, il y a toujours eu un problème dans la production avec toi ?

- Là, vraiment, je ne sais quoi dire. Comme je l’ai dit plus haut, je le fais d’abord par passion. Mais vous savez, les comportements des artistes au commencement quand ils viennent me voir sont toujours différents de quand ils ont un petit succès. Au départ, je me mets en tant que grand-frère ou vieux-père. Il y a même des documents qu’on signe. Mais arrivé à un moment, on remarque qu’il y a un changement de comportement de l’artiste envers son producteur. En gros, les artistes se croient toujours plus malins. Même si vous commencez ensemble dans la galère, si un jour quelqu’un d’autre leur propose gros, ils cherchent à faire des palabres au premier producteur et ils vont avec celui qui leur propose mieux. 

• Avec toi, quel a été le véritable problème avec les artistes ?

- C’est la trahison ! Ce n’est pas que je suis voleur ou malhonnête envers les artistes. Non, ce n’est rien d’autre que la trahison. C’est aussi de l’ingratitude envers ma personne. 

• As-tu des regrets aujourd’hui ?

- Oui, je regrette. Si j’avais pris mon argent pour faire autre chose comme monter d’autres maquis et boîtes de nuit, je n’allais pas avoir des problèmes aujourd’hui. J’ai pris cet argent pour faire des artistes et j’ai été remercié en retour en monnaie de singe. Il y a des contrats qu’on a signés hein ! Quand tu vas aller porter plainte, on va commencer à gâter ton nom ou les gens vont venir te demander pardon. Alors, moi, j’ai préféré tout laisser tomber. Sinon, il y a des producteurs qui convoquent des artistes en justice. Mais ça ne va nulle part. 

• Avec toi, on remarque qu’il y a toujours des couacs. Le dernier cas l’est avec Akobo Poussière dont on te refuse la paternité de la production. Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Vous voulez parlez de Martial N’dri. Moi, je suis allé rencontrer les membres d’Akobo Poussière à Yamoussoukro. Je leur ai demandé s’ils avaient un producteur. Ils m’ont dit non. Cependant, ils ont effectivement approché un producteur et ils ont signé un contrat. Mais cela fait six mois qu’ils  sont là et que c’est avec leur maquette qu’ils ont réalisée eux-mêmes qu’ils tournent. Et ce dernier prend des pourcentages dessus. Donc  ils l’ont appelé et lui ont fait savoir qu’ils ne veulent plus travailler avec lui et il a accepté. Ils se sont séparés et moi je viens six mois après, je récupère les enfants, je les mets en studio et je fais tout. Quand ça commence à marcher, le monsieur revient pour dire que c’est son groupe. Je lui dis ok mais qu’il envoie les preuves. 

• Où en es-tu avec lui ?

- C’est fini. Il m’a rencontré et il s’est excusé. Mais il m’a demandé à faire trois spectacles avec le groupe. On a signé et il a produit ses trois spectacles. On vient de finir un maxi single de trois titres, dont le titre phare s’appelle Le bekrou qui veut dire : on s’abaisse. 

• Et avec Yabongo Lova ?

- Yabongo, c’est mon petit. Mais c’est son producteur qui a fait qu’on a failli se fâcher. Je ne veux pas trop entrer dans les détails pour éviter les histoires. J’ai fait ce que j’avais à faire. Le reste, je me suis retiré. Yabongo et moi, on se voit tout temps. 

• Ne vois-tu pas que ça fait un peu trop que ton nom soit toujours mêlé à des histoires?

- Je ne suis pas un producteur. Je suis un manager. Souvent les gens m’accusent à tort. Par exemple, Mike le Bosso est parti en France et a laissé Yabongo Lova pendant plus d’une année au pays. Yabongo m’a appelé pour l’épauler et c’est ce que j’ai fait. Et comme il y a des problèmes avec Mike, alors, ça s’est déporté sur moi. Alors que moi, je n’y suis pour rien. Comme ça commençait à se corser, je me suis retiré. Je ne veux pas d’histoire. 

• Qu’est devenue ta boîte de nuit ?

- J’avais le Café Cacao  à Abidjan. C’est l’argent que j’ai gagné avec le Café Cacao que j’ai produit des artistes et ça n’a pas marché. Mais la boite a dû fermer parce qu’il y a eu un malentendu entre le propriétaire du local et moi après que le bail d’exploitation de cinq ans a expiré. L’affaire était en justice et j’ai gagné le procès. 

• Ton nom traîne trop dans les malentendus… Tu es toujours dans les histoires de justice ?

- C’est maintenant que j’ai compris que quand, on traite une affaire, il faut le faire en présence d’un huissier. J’ai certainement commis des erreurs de jeunesse. Mais ce que je mets à mon profit, c’est que moi au moins, je fais quelque chose. Si je ne faisais rien, personne n’allait parler. Dans la vie, il faut oser alors moi, j’ose. Je ne veux pas qu’on se foute de moi ou que je sois mouton de quelqu’un. 

• Quel est ton état d’esprit actuel par rapport au show-biz ?

- Je suis déçu du show-biz. Je n’ai pas eu ce que je voulais vraiment dans le milieu. Aujourd’hui, on ne peut plus faire de la production à cause de la piraterie. En Côte d’Ivoire, c’est difficile parce que le gouvernement ne s’occupe pas du secteur. Il y a trop de laisser-aller. On a bien envie d’aider les jeunes mais, on ne peut pas. Tu vas dépenser ton argent inutilement parce qu’il y a la piraterie. Il est difficile de faire la promotion d’un artiste sur nos chaines nationales de radio et de télévision. Dans les autres pays africains, les médias sont plus accessibles comparativement à ce qui se passe en Côte d’Ivoire.

 

Par Omar Abdel Kader

 

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