Mawa Traoré : “Pourquoi j’ai pleuré”

Write on mardi, 18 juillet 2017 Published in Causerie Read 2469 times
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Après plusieurs années de silence, c’est le retour de Mawa Traoré sur le marché du disque. Avec la sortie d’un single intitulé ‘’Môgôdjougou’’, méchante personne en français.  Ainsi la chanteuse mandingue renoue avec les mélomanes par l’entremise de cette nouveauté aux sonorités world music. Une innovation voulue par le staff de l’artiste pour de nouveaux challenges. A travers cette causerie, Mawa Traoré donne les raisons de son éloignement des médias, son avis sur les artistes mandingues et évoque les grands chantiers de sa carrière.

• Pourquoi as-tu mis du temps pour sortir une nouveauté ?

- Je pense avoir fait ma part dans la musique ivoirienne, particulièrement pour imposer la musique mandingue. J’ai réalisé un travail de fond et je suis fière de ce que j’ai fait sur l’échiquier musical. C’est pourquoi, j’ai pris du recul pour que les jeunes chanteurs puissent avoir de la visibilité aussi dans leur carrière. Parce que si les médias doivent parler uniquement de Mawa Traoré, que deviendra la relève ? Mon absence était à dessein afin que certains jeunes fassent aussi leur preuve. 

• Mais cette relève mandingue est-elle vraiment à la hauteur ?

- Oui… Je peux citer Affou Kéïta, Mam Miss, Djètenin Fi, Petit Papou…et bien d’autres artistes.  Ils assurent bien la relève. Je pense qu’ils font leur petit-bonhomme de chemin. Néanmoins, je continue de leur prodiguer des conseils pour ne pas qu’ils se limitent aux animations des mariages et des baptêmes communément appelé ‘’djêmbé djêmbé’’. Parce que quand un artiste y prend goût, il ne peut pas avoir une grande carrière. Et il sera cantonné à la communauté malinké. J’ai dit également aux artistes mandingues d’aller à l’école. Ils doivent s’instruire car c’est un gros problème dans notre  corporation. Beaucoup d’entre nous ne savent pas s’exprimer en français dans les médias. Et ce n’est pas normal pour un artiste qui veut avoir une grande carrière. C’était pareil pour moi puisque je n’ai pas été scolarisée. Mais je n’étais pas complexée et j’ai engagé un enseignant à domicile pour m’apprendre à lire et à écrire. Et je continue de me former. 

• Ton nouveau single intitulé ‘’Môgôdjougou’’. Ce n’est pas anodin.

- Hum, en tout cas, ça va chauffer avec le single ‘’Môgôdjougou’’. En studio j’ai pleuré quand je chantais le refrain. Ça n’a pas été facile pour moi de terminer la chanson. Lorsque je pense à toutes les méchancetés que j’ai subies, je ne pouvais pas retenir mes larmes. Il a fallu l’encouragement de mon manager Chico Lacoste et l’arrangeur pour qu’on termine la séance d’enregistrement. 

• Pourquoi ce changement de style musical pour faire la world music ?

- Cela est venu lors d’une rencontre avec le zouglou Siro. Le binôme de Yodé m’a conseillé de faire une chanson dans le style world music. Parce que pour lui, j’en avais les capacités vocales. Et avec le soutien de mon manager Chico Lacoste, nous avons enregistré le titre chez Olivier Blé il y a deux semaines. Je suis vraiment satisfaite du résultat et je pense que les mélomanes vont également l’apprécier. 

• Est-ce la scène internationale que tu vises avec cette innovation ?

- Tout dépend de la volonté divine. J’ai mis toute mon énergie dans le single ‘’Môgôdjougou’’  pour atteindre de nouveaux objectifs, celui des festivals. Sinon, j’avais déjà fait plusieurs séries de spectacles live en Europe et aux USA et j’ai eu des prix dans certains pays. Dans ce milieu, je ne cherche pas à ressembler ou à faire comme un autre. Et je n’aime pas faire du tapage comme d’autres artistes mandingues qui voyagent maintenant vers l’Europe. Car la plupart d’entre eux y vont pour animer des fêtes ou faire du ’’djêmbé djêmbé’’ dans des mariages et baptêmes. 

• Qu’est-ce qui est prévu après la sortie du single ?

- Dieu merci, nous avons un très bon retour depuis la sortie du single ‘’Môgôdjougou’’, de la part des mélomanes. Nous allons réaliser le clip dans les jours à venir. Et par la suite, je sortirai un autre single avant de lancer le concert de mes 20 ans de carrière au Palais de la culture. Sinon en réalité, j’étais découragée de sortir des œuvres. Je profite de vos colonnes pour m’excuser auprès de mes mélomanes. Et je remercie tous ceux qui m’ont soutenue pendant ce moment difficile. 

• L’histoire de ‘’Môgôdjougou’’ est-elle liée au show-biz ?

- (Rire)Tout le monde connait les réalités de l’univers du show-biz. Je ne sais plus quoi faire, puisque Dieu m’a déjà envoyée dans ce milieu donc je ne peux plus reculer. Je suis obligée de faire avec. Plusieurs artistes sont venus  solliciter mon coaching. Malheureusement, une fois, qu’ils sentent que leur cote monte un peu, c’est fini, ils s’en vont. Mais cela ne m’empêche pas de continuer à  aider d’autres personnes. Parce que c’est dans ma nature de faire du bien. Donc, l’histoire de ‘’Môgôdjougou’’ concerne tout le monde. Chacun peut s’y retrouver, car c’est la suite de ma chanson ‘’Bimôgôlou’’ 

• Peux-tu raconter quelques cas que tu as vécus ? 

- (Elle réfléchit) Bon, je ne citerai pas de noms. J’avais des amis, je leur ai rendu des services. En ma présence, ces personnes parlent bien de moi et me font des éloges. Mais dès qu’on se quitte, elles vont me dénigrer chez d’autres personnes avec des mots méchants. Et tous ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas rancunière.Bien au contraire, j’ai toujours demandé pardon à tous ceux que j’offense par inadvertance. Et lorsque je constate que telle personne me boude sans que je ne sache la raison, je l’appelle pour en savoir davantage. Afin que je sois tranquille. 

• Peut-on savoir ce que la musique t’a rapporté jusque là?

-  Il y a ma fondation ‘’Mawa Traoré’’ qui fait des dons. Ce que la musique m’a rapporté est immense. Je ne peux pas énumérer dans les journaux. Sinon, je serais une prétentieuse. Alors, je préfère être discrète. 

• As-tu des regrets dans ta carrière ?

- Oui, j’ai des regrets. J’ai été plusieurs fois trahie et déçue. Mais je me confie toujours à Dieu, qui me fait grâce de surmonter tous ces regrets. 

• As-tu déjà pensé à arrêter la musique ?

- Je suis très croyante donc, tout ce qui m’arrive, c’est la volonté de Dieu. Quand une situation m’arrive, je ne regarde ni à droite ni à gauche. Je bénis le nom de Dieu, je me confie à lui. Et je lui demande sa grâce pour que je puisse continuer mon chemin. 

• Y a-t-il des situations que tu souhaites ne plus revivre ?

- Bien sûr! En toute sincérité, il y a plusieurs mauvaises situations que j’ai vécues dans ma vie. Si elles devraientse présenter à nouveau, je supplie Dieu de mes les épargner. 

• Entre-temps ton époux avait quitté la maison, comment as-tu vécu ces moments ?

- Je n’aime pas étaler ma vie privée dans les journaux. Je préfère aborder des sujets concernant mon travail pour éviter une interprétation de mes propos. Dans la vie, toute chose peut te trahir sauf ton travail. Et comme c’est le travail qui paye, je suis concentrée sur mon travail pour bien le faire. A propos de mon mari, j’ai entendu beaucoup de commentaires de part et d’autre. Je n’ai jamais répondu. Certes dans les débuts, cela me faisait pleurer lorsque j’apprenais ces méchancetés à mon égard. Maintenant je suis aguerrie. Bien au contraire, c’est quand on parle plus en mal de moi que je suis davantage sollicitée pour des spectacles.

 

Par Charly Légende

 

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