Ardiouma Soma : “Le FESPACO, un espace de mise en relation”

Write on dimanche, 04 juin 2017 Published in Entrevue Read 361 times
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Ardiouma Soma est le délégué général du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) depuis décembre 2014. À ce titre, il était l'invité spécial de la 33ieme édition du festival International de cinéma ‘’Vues d'Afrique’’ de Montréal qui s'est tenu du 14 au 23 Avril 2017. L’occasion pour lui de faire avec nous le bilan de la biennale de Ouagadougou qui a pris fin il y a plus d'un mois, avec pour invité d'honneur la Côte d'Ivoire.

• M. Ardiouma Soma bonjour !

- Bonjour ! 

• Le délégué général du Fespaco est à Montréal ?

Je suis là dans le cadre du partenariat entre le Fespaco et le festival international ‘’Vues d'Afrique’’ de Montréal. C'est un jumelage de longue date. On participe à leurs événements. Ils participent à nos événements. Je suis là aussi parce que c'est l’occasion de rencontrer  des cinéastes, des partenaires et échanger des idées autour de la promotion et de l'industrie du cinéma. 

• Parlant de promotion, qu’apporte le Fespaco aux films africains primés ?

- Le Fespaco est un espace de révélation d'œuvres cinématographiques de qualité, de contact entre réalisateurs, entre réalisateurs et producteurs et aussi entre réalisateurs et partenaires au développement cinématographique. Le Fespaco, c'est aussi un marché pour vendre films, projets et produits cinématographiques. Et au Fespaco, on essaie activement de développer le volet économique à travers le MICA (Marché  International du Cinéma Africain). 

• Je vais essayer de préciser ma question. Je sais que vous attendez aussi les critiques. Que deviennent exactement les films primés au Fespaco... ?

- Au Fespaco, comme dans beaucoup de festivals, on crée les conditions pour le développement de l'industrie notamment au niveau de la distribution et de la programmation. Et les résultats sont encourageants. Ces films passent facilement dans les salles de projection sans attendre uniquement des festivals pour être vus. Aujourd’hui, il y a une circulation des films qui passe chez nous. Même si les salles ferment sur le continent, on a des chaines de télévisions qui prennent le relais avec un pourcentage raisonnable. 

• Ce qui peut être inquiétant, c'est de constater que l'Afrique, c'est 54 états avec autant de télévisions nationales et un marché de près du milliard d'habitants... le Fespaco devrait être quand même le porte-étendard pour permettre déjà la diffusion des films primés sur le continent...

- Tout à fait ! Et les efforts sont faits pour que ces films là aient leur marché sur place. Non seulement dans les pays où ces films sont produits, mais aussi dans le reste des pays du continent africain. Le Fespaco lui-même n’est pas un acteur direct de vente ou de distribution. Mais plutôt un espace de mise en relation. Ce que nous devons davantage renforcer avec tous les acteurs commerciaux qui gravitent autour du cinéma. 

• C’est une bonne idée. Mais arrivez-vous à réunir tous les DG de ces chaines nationales au Fespaco?

- L’idéal serait effectivement d’inviter tout ce beau monde. Et nous tendons vers cet idéal. Déjà, il faut rappeler que le MICA reçoit les différents centres nationaux de cinéma. Parce qu’il est important qu’on puisse amener le politique aussi à s’investir davantage. Nous avons travaillé aussi afin que soit présentes au Fespaco des sociétés privées qui travaillent dans le domaine de la diffusion des contenus cinématographiques. Notre ambition, c’était de pouvoir inviter un nombre important de chaines de télévisions africaines. Nous avons lancé des invitations. Peut-être que nous n’avons pas eu tous les moyens nécessaires pour faire des prises en charge. Mais nous allons continuer à travailler sur ce volet là. 

• C’est étonnant que vous parliez du manque de moyens, quand on pense que le Fespaco aura bientôt 50 ans et est avant tout l’un des festivals les plus populaires au monde…

- (Rires) Il n’y a jamais suffisamment de moyens pour piloter un gros festival. C’est quand même un festival qui se tient en Afrique. Sur un continent en développement avec beaucoup d’autres priorités. On a besoin de beaucoup plus de moyens pour aller vite. Il faut continuellement se battre pour que l’industrie de l’audiovisuel, qui représente aujourd’hui un potentiel assez énorme pour le développement de nos pays, puisse avoir un peu plus de moyens. 

• Au-delà des priorités, on constate quand même qu’un évènement comme la CAN (Coupe d’Afrique des Nations), qui draine à peu près autant de monde qu’au Fespaco, mobilise, au niveau des sponsors 50 fois plus de moyens que vous. Cette année, le Fespaco a su mobiliser 50 000 personnes au stade pour son ouverture. Sont-ils simplement plus malins ?

- Je crois qu’il y a des efforts qui sont faits. Ça commence à venir. Particulièrement cette année, nous avons noté une augmentation du volet sponsoring des sociétés privées aussi bien au niveau du Burkina qu’ailleurs sur le continent. On est loin d’atteindre le niveau de popularité du football, mais on y travaille. Nous sommes sur la bonne voie… 

• Est-ce qu’avec le temps, l’encrage étatique au Fespaco n’est pas devenu un handicap ?

 

- Vous savez que le fait aussi d’être adossé à l’Etat a permis de tenir la biennale de façon suivie, continue et régulière. Car l’apport de l’Etat est, quelque part, une garantie pour les différents pourvoyeurs de fonds qui soutiennent le Fespaco. 

• Il y a eu des critiques aussi sur la non sélection de certains films. Est-ce que cet apport n’a pas d’influence sur la sélection de certains films ?

 

- Pas du tout. ! Je peux vous assurer que la sélection des films relève uniquement de l’autorité de la direction du festival, qui met en place de façon autonome son comité de sélection pour retenir les films. Et les films retenus, le gouvernement l’apprend en même temps que tout le monde. Et je pense que c’est ça qui fait la pérennité du festival et l’adhésion des cinéastes. 

• Pour terminer, quel bilan faites-vous de cette édition du Fespaco 2017 avec la Côte d’ivoire comme pays invité d’honneur ?

- Ça va être difficile de faire un bilan de la participation ivoirienne. Cela revient avant tout aux cinéastes ivoiriens de le faire. Je peux juste dire que la Côte d’ivoire a su honorer l’invitation qui lui a été faite avec une très forte délégation des hommes du cinéma et de l’audiovisuel ivoirien. Avec une forte adhésion aussi du politique jusqu’au très haut niveau. Avec la présence de SE Allassane Ouattara, président de la république ivoirienne de Côte d’ivoire, qui a remis avec le président du Faso l’Étalon d’or de Yennenga. C’était la première fois que cela arrivait au Fespaco. Cela a honoré le Fespaco. Ça a honoré le Burkina Faso avec notamment la création du village Akwaba. Et cette présence a contribué au succès du fespaco 2017. Et le bilan dans l’ensemble a été satisfaisant. Le prochain fespaco sera celui du cinquantenaire. Les réflexions vont débuter bientôt. Nous sommes ouverts. Et nous attendons vos suggestions à vous aussi.

 

Par Dramane K. Denkêss à Montréal

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